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Social-Eco

Contrat d’engagement : précariser pour mieux régner

Évoqué le 12 juillet et disparu depuis, le contrat d’engagement devait être présenté par le premier ministre le 4 novembre.

Ce devait être la grande mesure sociale du quinquennat en direction d’une jeunesse particulièrement touchée par la crise sanitaire. Aujourd’hui l’exécutif tâtonne : que faire du Revenu d’Engagement annoncé avec fracas lors de l’allocution présidentielle du 12 juillet dernier ? 

Macron cherche encore la dernière note d’une politique de jeunesse réduite à peau de chagrin. Et pour cause : loin de répondre à la pauvreté grandissante de la jeunesse, le Revenu devenu Contrat d’Engagement s’annonce dans la suite des politiques cache-misères mise en place ces trente dernières années. 

A droite, rien de nouveau

Derrière la diversité des mesures mises en place depuis les années 1990 pour lutter contre la pauvreté des 16-25 ans, les principes directeurs des politiques sociales de la jeunesse restent inamovibles. 

En maintenant un âge minimum d’accès au RSA à 25 ans, les gouvernements successifs imposent une forme de minorité sociale aux jeunes issus des classes populaires. En chômage longue durée, souvent dans l’incapacité de financer des années d’étude coûteuses et prenantes, ceux-ci n’ont pas d’autres choix que de se tourner vers des dispositifs en deçà des aides sociales normalement proposées. 

Contrat CIVIS puis Garantie Jeune, Service Civique ou stage d’insertion professionnelle : au-delà de fournir une main d’œuvre peu coûteuse dans des secteurs d’activité sous dotés, ces statuts conditionnent également l’aide sociale à une série d’activités d’intégration de soi sur le marché de l’emploi. 

Le Contrat d’engagement s’inscrit dans la même démarche : initialement prévue à 2 milliards d’euros, l’enveloppe allouée a d’ores et déjà été réduite au quart de la somme. 

Pour environ 500 euros mensuel sur une période allant de 12 à 24 mois le jeune concerné devrait démontrer sa capacité à s’intégrer sur le marché de l’emploi. Depuis le 12 juillet le revenu d’engagement se sera ainsi transformé en contrat : l’aide proposée est conditionné à une forme de « bon comportement » d’un jeune chômeur infantilisé et fliqué, immédiatement suspecté d’assistanat. 

Mettre une jeunesse au pas

Stage, formation, mise en situation professionnelle, service civique, mission de solidarité à l’étranger, garantie jeune et maintenant contrat d’engagement. 

Les dispositifs proposés se suivent et se ressemblent pour ne répondre qu’à l’unique objectif de verser une aide minimale en échange de l’engagement du jeune concerné dans une série de procédures visant à l’insertion professionnelle. Afin de rendre quelque peu lisible ce parcours du combattant le gouvernement ne propose rien de moins que de développer une application mobile pour faciliter les échanges entre le jeune et son conseiller et maintenir la logique du « droit et des devoirs ». 

Face à l’engorgement actuel des agences Pôle Emploi et des Missions Locales, est évoquée la possibilité d’associer le privé à un plan d’embauche. Le son de cloche est clair : le coupable du chômage des jeunes, c’est le jeune lui-même, au mieux par incompétence, au pire par fainéantise. Il s’agit alors de redoubler d’effort dans la mise en place de suivis individuels contraignants plutôt que d’ouvrir de véritables accès aux études et à l’emploi pour la jeunesse. 

Le contrat d’engagement devient une nouvelle mesure à vocation occupationnelle en imposant aux jeunes les plus en difficultés un statut en deçà des normes sociales préexistantes. 

La jeunesse comme terrain de jeu du néolibéralisme

En refusant à la jeunesse l’accès à des droits sociaux inconditionnels Emmanuel Macron en fait le ballon d’essai de politiques néolibérales anti-sociales. 

Privés d’un emploi digne et rémunérateur, « l’engagement » des jeunes devient la condition d’obtention à un minimum de subsistance. Ceux-ci doivent construire, par le biais d’un suivi individuel, non plus des compétences et des connaissances au service d’un travail producteur de richesses, mais bien une série de savoir-être propres au marché du travail capitaliste. 

On marchandise une forme de performance de soi sur le marché de l’emploi tout en imposant un revenu dérisoire. Plutôt que de lutter contre la pauvreté, ces politiques publiques de jeunesse en reproduit les causes. Plutôt que d’investir dans la création d’emplois dignes ou dans l’accès à la formation, on resserre l’étaux de modalités d’exploitation toujours plus brutales. 

Revendiquer un salaire et un travail digne pour la jeunesse revient alors à protéger les droits au travail de toutes et tous.