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Danielle Casanova, héroïne communiste de la Résistance

Il y a cent neuf ans jour pour jour naissait Vincentella Perini dans une petite maison Boulevard des Fossés au bout de la ville d’Ajaccio. Et si son nom ne vous dit rien, c’est sans doute parce que c’est en tant que Danielle Casanova qu’elle devint pour beaucoup une héroïne et qu’elle entra durablement dans l’Histoire de la République Française.

En 1990 le journaliste Pierre Durand débutait son livre Danielle Casanova : l’indomptable en disant qu’il était temps de « déchirer le voile de l’oubli » car même si pour bon nombre de camarades en Corse et sur le Continent la mémoire et l’héritage de Danielle sont encore bien vivaces, pour beaucoup trop de jeunes elle ne représente rien de plus qu’un nom de rue ou de navire. Et c’est parce que l’on ne doit pas oublier cette femme dont la vie aurait pu inspirer les plus grands blockbusters américains que j’ai décidé d’écrire cet article en son honneur.

Une enfance républicaine

Le combat politique de Vincentella semble commencer dès son plus jeune âge. Petite fille d’un juge de paix et d’une paysanne qui dit-on ne parlait que le corse, fille d’instituteurs profondément républicains, elle est élevée dans la pure tradition républicaine et semble très attachée à celle-ci.   

« Nous étions du « Clan Landry » rappelle Emma Choury, l’une des sœurs de Danielle, le « clan républicain », qui s’opposait au « Clan François Pietri », celui de la droite. Nous portions une pochette rouge. Les enfants du « clan » adverse arboraient une pochette mauve. De communiste il n’était évidemment pas question. »

Mais c’est en 1927 qu’elle entre réellement et entièrement dans le monde politique. En effet celle qui avait quitté Marseille et le Lycée Longtemps – ou elle y préparait le concours Normal Supérieur – pour commencer des études dentaires à Paris, devient malgré l’omniprésence des ultra-réactionnaires « Camelots du Roi » une membre importante de l’Union Fédérale des Étudiants.

C’est au sein de cette organisation qu’elle commence à se faire appeler « Danielle » et qu’elle fait la connaissance de Laurent Casanova, celui qui allait bientôt devenir son mari. Elle est alors déjà une militante infatigable et une propagandiste hors-pair, selon les dires de son futur époux.

Son engagement au MJCF

En 1928 Danielle intègre le Mouvement de la Jeunesse Communiste de France, ce qui lui permet de découvrir le milieu ouvrier et d’élargir sa façon de penser. Très vite elle convertit et encartes ses proches, Laurent d’abord, puis ses sœurs dont Emma Perini qui deviendra Emma Choury après son mariage avec Maurice Choury en 1936. Alors qu’elle termine avec ses études de dentistes, la native d’Ajaccio intègre le Comité Central de la MJCF en 1932 avant de rentrer dans l’Histoire trois ans plus tard en participant à la fondation de l’Union des Jeunes Filles de France.

« C’est en cette fin d’année 1935, alors que se rassemblaient les forces du Front Populaire, qu’elle s’est révélée à nous, notre Danielle.

Nous étions là 400 ou 500 jeunes filles, frais bouquets de nos provinces, au congrès constitutif de l’Union des Jeunes Filles de France, à Paris. Danielle a parlé. Toutes nos joies de jeunes filles, toutes nos peines, tous nos espoirs, elle les portait dans son cœur généreux. Et en l’écoutant nous prenions conscience de nous-mêmes.

[…] Nous l’aimions parce qu’elle était belle et bonne et que nous retrouvions en elle, le meilleur de nous-même. »

Héroïnes d’Hier et d’Aujourd’hui : Une vie, un exemple… Danielle Casanova, Editions de l’Union des Jeunes Filles de France

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Prise par la guerre

Malheureusement en 1939, la France entre en guerre contre l’Allemagne et le 28 août de la même année le gouvernement profite du Pacte Germano-Soviétique pour interdire l’Humanité qui la veille avait pourtant publié la déclaration de Maurice Thorez devant les députés communistes :

« (…) Si Hitler, malgré tout déclenche la guerre, alors qu’il sache bien qu’il trouvera devant lui le peuple de France uni, les communistes au premier rang, pour défendre la sécurité du pays, la liberté et l’indépendance des peuples. »

Malgré cette intervention pourtant claire, le PCF est dissous, puis interdit le mois suivant alors que tous les journaux étiquetés communistes sont réduits au silence.

Et le 28 septembre de la même année, à 19 heures, Danielle Casanova s’empresse de rassembler l’Union des Jeunes Filles de France de leur foyer de Montreuil. Debout sur un banc, Danielle prend la parole devant environ cent-cinquante jeunes femmes, elle harangue la foule avec talent.

Elle parle aux mères, aux femmes, aux filles, aux sœurs de soldats tout en fustigeant la politique de répression déjà menée par le gouvernement français. Dès lors toutes les membres de l’UJFF n’eurent de cesse que de dénoncer les actions et la politique menée par le Ministre de l’Intérieur Sarrault.

Alors que dorénavant le communisme est passible de la peine de mort et qu’à Paris de plus en plus en plus de militants communistes et / ou syndicalistes se font arrêter, Danielle s’occupe activement de la publication clandestine de l’Avant-Garde. Son statut de clandestine ne s’arrange évidemment pas en Juin 1940 lorsque les troupes du Troisième Reich écrasent les armées françaises. Dans la précipitation, Georgette Cadras et Danielle Casanova quittent Paris – sauvant ainsi les archives du PCF – pour Bordeaux.

« A L’exemple des révolutionnaires de 1793 et des héroïques communards de 1871, face à l’ennemi de l’intérieur et de l’extérieur, les paysans de France et d’ailleurs sont appelés à forger leur nouvelle destinée (…) Le Parti communiste, guide sûr et éprouvé du peuple, ne faillira pas. »

Tract rédigé sous l’occupation par Danielle Casanova

Une résistante de la première heure

Durant plus d’un an et demi Danielle est sur tous les fronts. Elle organise des manifestations pour la libération des prisonniers, elle travaille à la publication de l’Humanité, elle lance le Trait d’union des familles de Prisonniers de Guerre, écrit dans La Relève, elle revient même à Paris pour aider à organiser la Résistance qui n’en est encore qu’à ses balbutiements.

« A Paris fin 1940, début 1941, plusieurs manifestations de milliers de femmes eurent lieu. Jamais je ne pourrai oublier la joie que ressentait Danielle quand on venait lui en donner les résultats.

Elle voulait absolument être au moins une fois dans une de ces manifestations, mais les mesures de prudences lui interdisaient ce plaisir. Pourtant un jour elle dérogea à cette règle et m’entraîna à une station de métro assez proche du lieu de la manifestation. A L’heure prévue pour la dislocation, Danielle est sur le quai avec les braves femmes du peuple de Paris ; ses yeux brillent, elle sent que la manifestation a réussi. »

Georgette Cadras, Héroïnes d’Hier et d’Aujourd’hui : Une vie, un exemple… Danielle Casanova, Editions de l’Union des Jeunes Filles de France

Tous les témoignages nous dépeignent une Danielle courageuse, qui n’a peur ni des allemands, ni de la Gestapo, mais elle est malheureusement arrêtée le 15 Février 1942 près du Pont Mirabeau. D’abord interrogée à Paris, elle passe ensuite quelques jours à la Prison de la Santé ou elle laissa de mauvais souvenirs à ses geôliers et de très bons à ses camarades.

« Pour nous aider à supporter cet enfer, nous avons eu les femmes. Elles nous faisaient vis-à-vis. Le printemps à peine né, Danielle, Danielle Casanova, de sa cellule du 4e d’où elle pouvait observer tout le quartier des femmes, donna un signal : toutes les vitres des fenêtres des femmes volèrent en éclat. Elles pouvaient ainsi se parler, se donner des nouvelles, nous parler, chanter. Punies, battues, mises au cachot, rien n’y fit, elles s’obstinèrent et lassèrent les allemands qui renoncèrent à remplacer les vitres. »

Camille Samson, Héroïnes d’Hier et d’Aujourd’hui : Une vie, un exemple… Danielle Casanova, Editions de l’Union des Jeunes Filles de France

Danielle Casanova quitte ensuite la santé pour le Fort d’Internement de Romainville.

« Nous ne sommes jamais tristes. La souffrance n’attriste pas, elle donne des forces. Quand ils ont fusillé Georges, Félix, Arthur, nous avons connu la plus grande douleur qui soit. Le jour où nous aurons nos oppresseurs ils paieront cher tout cela ».

Écrit-elle à ses proches bien que tiraillée par la faim et le froid.

Déportée à Birkenau

Puis le 21 Janvier 1943, la corse alors âgée de 34 ans est comme beaucoup d’autres femme transférée à Birkenau aussi connu sous le triste nom d’Auschwitz II. Ses études en soins dentaires lui permettent de remplacer la dentiste du camp morte du typhus quelques jours plus tôt. Là-bas celle qui a reçu le matricule 31655 pratique près de 80 interventions par jour, utilise ses nouvelles relations pour favoriser les françaises du camp, en les mettant à des postes moins atroces et en les soignant dès qu’elle pouvait.

Dans cet enfer moderne la brune rentre également en contact avec le réseau de résistance du camp, elle essaie de se tenir informée de l’avancée de la guerre et ce tout ce qui se passe. Malheureusement elle ne peut rien faire contre l’horreur des camps nazis, ses camarades tombent les unes après les autres et au printemps 1943 la jeune femme tombe malade du Typhus et une forte fièvre finit par l’emporter le 10 Mai 1943.

Que retenir de cette Histoire, de cette vie extraordinaire hormis le fait que la mémoire de Danielle Casanova dépasse les clivages politiques. Cette dernière est bien plus qu’une résistante, qu’une communiste, qu’une féministe.  Danielle Casanova c’est la Corse, libre et farouche, c’est la France républicaine et fière, c’est le Socialisme humain et aimant… Bref un modèle pour une jeunesse qui ne doit surtout pas l’oublier.