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Derrière le miracle vaccinal israélien, les réalités de l’occupation de la Palestine

Depuis maintenant plusieurs semaines, la presse française ne cesse de louer la stratégie vaccinale d’Israël. Et à raison, puisqu’au début du mois d’avril 2021, un petit peu plus de 60% de la population israélienne a reçu deux doses de vaccins. Néanmoins, cette campagne vaccinale rapide et rondement bien menée a mis trois mois avant de toucher les travailleurs palestiniens, alors même qu’en Cisjordanie l’augmentation brutale du nombre de cas a poussé l’Autorité palestinienne à imposer un nouveau confinement. Il semble évident que cette relative lenteur n’a rien d’anodin et qu’elle s’inscrit parfaitement dans la politique d’apartheid défendue par le Benjamin Netanyahu depuis plus de dix ans. 

Une gestion chaotique de la crise sanitaire

A la mi-mars 2021, la Palestine ne disposait que de 60 000 doses, un nombre tragiquement aux 4,685 millions de Palestiniens qui peuplent la région. Si l’Etat israélien a consenti à fournir environ 5000 doses, il l’a fait uniquement sous pression de l’OMS et des Nations Unies et il a par ailleurs refusé de s’occuper de la vaccination des Palestiniens sur les territoires occupés. 

Ironie du sort, pour justifier ce refus, Israël a mis en avant les accords d’Oslo et donc l’indépendance de l’Autorité palestinienne, arguant qu’elle est la seule à pouvoir organiser et gérer la vaccination sur son territoire. Une stratégie de défense hypocrite, qui est rapidement rattrapée par la réalité du colonialisme et de l’impérialisme israélien. 

Même si les organisations de défense des droits de l’homme ont tenu à rappeler ce point, tout en mettant en avant l’article 56 de la quatrième Convention de Genève qui précise que la puissance occupante doit travailler avec les autorités locales pour « combattre la propagation des maladies contagieuses et des épidémies », Israël préfère rester sur ses positions, alors même que le 3 janvier 2021, l’Organisation mondiale de la santé estimait qu’au moins 159 034 Palestiniens avaient été testés positifs au Covid-19 à Jérusalem-Est et dans les territoires occupés. 

Territoires occupés dont les habitants semblent livrés à eux mêmes. Pourtant Israël dispose d’un stock immense de vaccin, en mars dernier ils disposaient d’au moins 7,5 millions de doses Pfizer.

« Le programme de vaccination contre le COVID-19 d’Israël dévoile la discrimination institutionnalisée qui définit la politique du gouvernement israélien vis-à-vis des Palestiniens. Si Israël se félicite d’une campagne de vaccination qui bat des records, des millions de Palestiniens vivant sous contrôle israélien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza ne recevront pas le vaccin ou devront attendre bien plus longtemps : parfaite illustration du fait que la vie des Israéliens a plus de valeur que celle des Palestiniens. » 

– Saleh Higazi, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International.

En attente des doses de vaccins promises par la Chine et l’agence mondiale de la Santé, la Palestine est donc dans une situation critique. Alors qu’au départ le virus circulait plus en Israël qu’en Palestine, la campagne de vaccination massive de leur voisin a inversé la donne. Le non respect du confinement et du port du masque par de nombreux Palestiniens n’a fait qu’accélérer la circulation du Covid-19 au point qu’aujourd’hui le peu d’hôpitaux dont dispose la Palestine sont saturés. 

La vaccination de 100 000 travailleurs palestiniens en Israël, entre action politique et coup de com’

Le 19 février 2021, une réunion entre les ministères de la Santé palestinien et israélien avait convenu du fait qu’Israël vaccinerait 100.000 Palestiniens travaillant sur son sol dans les semaines ou les mois à venir. D’abord annoncée par l’Autorité palestinienne, cette initiative a mis quelques jours à l’être également par le Ministre de la Santé israélien. 

Celui-ci ayant alors mis en avant le fait que les va-et-vient de travailleurs palestiniens pouvaient « avoir un impact sur la morbidité des Israéliens ». Alors que le pays est cité en exemple dans le monde entier pour sa politique vaccinale rapide et rondement bien menée, il ne s’agirait donc pas de gâcher tous les efforts effectués et qui ont notamment permis à Benjamin Netanyahu et au Likoud d’arriver en tête de la dernière élection législative en date. 

Fuyant le chômage qui fait rage en Palestine et constituant une forme de sous-prolétariat, les Palestiniens et les Palestiniennes travaillant en Israël sont de plus en plus nombreux. D’après le Bureau Central Palestinien de Statistiques, à la fin de l’année 2019, on comptait 130 000 Palestiniens employés en Israel, parmis eux plus de la moitié (65%) travaillent dans le secteur de la construction, le reste dans l’agriculture et les services. On estime également qu’au moins 27 000 d’entre eux travaillent sans permis, cela représente plus de 20% des travailleurs palestiniens. 

Cette main d’œuvre à bas coûts qui ne dispose de presque aucun droits sociaux, est très recherchée par le patronat israélien. Ainsi ces travailleurs palestiniens, légaux ou illégaux, participent activement au bon fonctionnement de l’économie israélienne. C’est sans doute parce qu’il ne peut pas se priver de cette « armée de réserve de travailleurs », que l’Etat Hébreux a accepté de vacciner plus de 100 000 travailleurs palestiniens. 

Effectuée par la Croix-Rouge israélienne dans des banlieues ou des zones industrielles, la vaccination des Palestiniens travaillant en Israël a débuté depuis maintenant plusieurs semaines. De plus en plus nombreux, ces derniers sont essentiels au bon fonctionnement de l’économie du pays et leur vaccination est également une façon de sécuriser cette dernière. 

Depuis maintenant plusieurs semaines, Israël met en avant cette campagne vaccinale à destination des Palestiniens, mais dans le domaine de la santé et le milieu associatif, nombreux sont celles et ceux à ne pas se contenter de cette action. 

« Sur le plan épidémiologique, nous serons couverts. Mais sur le plan éthique, cela ne suffit pas : nous devons nous assurer que tous les Palestiniens sont vaccinés ». 

– Ronni Gamzu, Directeur de l’Hôpital Sourasky de Tel Aviv dans “Le Monde” 

A l’image de nombreux autres pays pauvres, la Palestine ne disposera pas d’assez de vaccins avant plusieurs mois. Dépendante d’autres pays, comme la Chine ou la Russie, qui a déjà fourni de nombreuses doses de Sputnik V, la Palestine semble encore bien loin d’une sortie de crise. Elle reste surtout soumise aux décisions du voisin israélien qui, comme on a pu le voir tout au long de la pandémie de Covid19, n’hésite pas à utiliser la santé comme un moyen de pression politique.