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L’économie collaborative: quelles réalités ?

Sous couvert de modernité, de nombreux responsables politiques, économistes et autres experts, grands défenseurs de l’entreprenariat, vantent les mérites de l’économie dite “collaborative” ou “de partage”. Au-delà de la communication qui en est faite, de quoi parle-t-on quand on évoque cette “nouvelle” forme d’économie?

La commercialisation des rapports sociaux

Il faut d’abord prendre le temps d’analyser la phase dans laquelle se trouve le capitalisme. Le développement de nouveaux réseaux de communication via Internet a permis l’émergence de nouveaux moyens de production et surtout de nouveaux marchés. Ce sont les besoins sans cesse croissants de services (communication, transports, livraison, logement, etc…) qui, captés par des sociétés, correspondent à des débouchés nouveaux. C’est sur ceux-ci que se construit le modèle économique dont on parle, et c’est donc à partir de ceux-ci que des marges sont effectuées par ces mêmes sociétés.

Ainsi, des interactions anciennement non marchandes entre les citoyens, mais dont la nécessité se développe rapidement, sont désormais monétisées. Le covoiturage a remplacé le stop au bord de la route par exemple. Il devient désormais très simple de mettre en relation des personnes d’horizons totalement différents pour leur faire effectuer une transaction marchande. Les entreprises proposant ce type de services, en prenant une commission, sont clairement à la recherche d’un profit. La commission perçue, autour de 15% du montant de la transaction, va bien au-delà du simple paiement de l’infrastructure, minimaliste, des quelques employés et locaux ; ces entreprises ne mettant à disposition aucun outil de production.

Une nouvelle façon d’exploiter la force de travail

En effet c’est ici le travailleur qui détient et entretient le moyen de fournir matériellement le service. En ce sens il ne fait pas que vendre sa force de travail, mais dans le même temps une partie de la plus-value générée par sa production ne lui revient pas. Il s’agit donc bien d’un modèle capitaliste reposant sur l’exploitation du travailleur, sans que celui-ci soit considéré juridiquement comme un  salarié. Ce cadre de l’économie collaborative regroupe une multitude de situations, qui ne sont pas toujours à mettre sur le même plan. Si le modèle de fonctionnement est le même, les utilisations de ce modèle par les producteurs de services varient. Effectivement, de l’automobiliste qui propose un trajet sur Blablacar, au chauffeur Uber, en passant par le locataire qui sous-loue son logement sur AirBnB ou l’étudiant qui livre des repas en vélo, on remarque bien une forte hétérogénéité.

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De l’occasionnel au professionnel

Tout d’abord, certaines utilisations sont occasionnelles et ne constituent pas une activité professionnelle. C’est le cas des covoitureurs ou de ceux qui louent leur logement. Bien que des dérives soient possibles, en particulier dans le cas des locations immobilières, le modèle n’est pas officiellement conçu pour cela. Il s’agit davantage ici de ne pas perdre d’argent sur un trajet pour les uns et souvent de permettre le paiement du loyer à la fin du mois pour les autres… Dans ce dernier cas, s’il s’agit du propriétaire d’un immeuble par exemple, cela reste tout de même relativement aisé d’en tirer un profit réel. En revanche il en est autrement dans le cas des VTC type Uber, ou des livraisons de repas à domicile. Les travailleurs sont ici réguliers, soumis à une subordination et à des règles précises, et bien que cela ne rapporte pas énormément d’argent, leur activité est professionnelle, quand bien même elle se cumule parfois avec une autre. D’ailleurs les VTC comme les livraisons de repas n’ont pas été inventées sur le modèle de l’économie collaborative, il existe au préalable des sociétés qui emploient des salariés pour cela.

Des profits garantis sur l’activité humaine

Finalement, ce que l’on peut retenir de commun à toutes ces situations, c’est que systématiquement, le producteur du service est faiblement rémunéré. Il y a bien sûr à ce sujet une distinction forte entre celui qui est considéré comme entrepreneur sans l’être vraiment (Uber, etc…) et celui qui utilise un site internet pour remplir sa voiture de temps en temps. Mais dans tous les cas, les plateformes qui font les intermédiaires entre les individus concernés, elles, emmagasinent des profits. D’une part, comme vu plus haut, elle n’ont pas à se soucier de l’essentiel de l’entretien de l’outil de production, et d’autre part, si elles ne réalisaient pas de profit, on n’assisterait pas à un tel développement de cette économie dite de “partage”.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde