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Égalité pro : les quotas, c’est surcoté !

Lundi 8 mars, à l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, qui a rassemblé des milliers de personnes à travers toute la France, le groupe LREM a déposé une proposition de loi censée mettre fin au phénomène de plafond de verre. 

Pour les député·e·s de la majorité présidentielle, l’instauration d’un quota de 30% de femmes dans les 10% des postes à plus grandes responsabilités des grandes entreprises d’ici 2027 serait une option permettant d’avancer vers l’égalité.  

Pourtant la réalité est toute autre. 

Parce que plus souvent en contrats précaires, plus souvent au chômage, plus souvent à temps partiel, plus souvent dans les métiers les moins bien rémunérés, les femmes sont durement impactées par la crise économique qui est venue aggraver ces inégalités face à l’emploi.

Paradoxalement, alors que les femmes sont majoritaires dans l’enseignement supérieur et la recherche, notamment en licence et en master,  et davantage diplômées du supérieur, elles gagnent 25% de moins que les hommes.  Et à poste et à temps de travail égal, l’écart de salaire entre les hommes et les femmes s’élève à 9%.

Les inégalités à l’œuvre dans l’emploi trouvent leurs explications dès la formation. L’orientation révèle les déterminismes sociaux qui pèsent sur l’école et de ce qui se joue dans la société. 

En effet,  les stéréotypes de genre mènent à la création de filières scolaires, professionnelles et universitaires considérées comme “féminines” ou “masculines”.  Ces filières débouchent sur des métiers dits “féminins”, fortement dévalorisés souvent peu payés. 

Les femmes sont surreprésentées dans les filières du “care” (entretien, aide soignantes, éducatrices). À la rentrée 2018, 86% des places dans les formations paramédicales et sociales étaient occupées par des femmes. À l’université,  on va avoir 70% de femmes en langue, lettres et sciences humaines ; 64% en médecine, pharmacie et 60% en droit, économie et AES. 

Les réformes successives de l’enseignement supérieur et à travers elles l’autonomie des universités notamment, ont eu pour conséquence la mise en concurrence des établissements,  l’absence de cadrage national dans le contenu des formations. De fait,  nous observons une érosion de la valeur des diplômes et donc de leur reconnaissance dans le monde de travail.

Cela a une réelle répercussion sur les femmes, le diplôme obtenu ne vaut pas la même chose sur le marché de l’emploi que celui des hommes.  Or, le rôle d’un diplôme est bien celui d’attester de compétences, et devrait donc donner le droit à des conditions de travail et un salaire correspondant. 

Face à cette situation, c’est d’un véritable cadrage national des diplômes, budgétaire et pédagogique, dont nous avons besoin pour avancer vers l’égalité. Le  cadrage national des diplômes doit permettre de garantir , une fois entré sur le marché du travail, des droits associés à un niveau d’étude. C’est pour cela qu’une échelle de salaire en fonction de la qualification des salarié·e·s doit être définie nationalement ou au sein des branches.  

Avec le capitalisme et le patriarcat qui marchent main dans la main, viser le haut du panier comme proposé par le groupe LREM à l’Assemblée Nationale n’est pas ce qui va faire avancer le schmilblick, c’est bien en profondeur qu’il faut agir.