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INTERNATIONAL

Entretien avec Royner Toledo Montero, jeune communiste cubain

Royner Toledo Montero est membre du conseil national de l’Union des jeunes communistes de Cuba, il était invité en France par le Mouvement des jeunes communistes de France dans le cadre de la préparation de l’envoi d’une délégation de jeunes communistes français à Cuba. Nous avons pu nous entretenir avec lui pour échanger sur le processus révolutionnaire cubain et la jeunesse cubaine.

Soixante ans après la victoire de 1959, où en est la Révolution cubaine aujourd’hui ? Quelles sont les raisons de sa longévité ?

Soixante après, Cuba continue à être un pays socialiste démocratique, où prime la légalité socialiste et le respect des lois : où tout citoyen bénéfice de ses droits et de la liberté d’expression ; où les inégalités entre femmes ou les discriminations raciales font partie du passé ; où toutes et tous ont le droit d’aller gratuitement à l’école ou à l’hôpital, d’exercer la profession de leur choix.

Les jeunes de Cuba, qu’ils soient membres de l’UJC ou non, se considèrent comme communistes, socialistes et ont une participation active dans la vie sociale.

Cette longévité est due au fait que l’État cubain stimule les organisations sociales et de masse, qui proviennent d’un long processus historique et regroupent les grands secteurs de la population et les incorpore dans les tâches d’édification, consolidation et défense de la société. C’est pourquoi Cuba avance dans un processus de perfectionnement institutionnel et d’approfondissement du contrôle citoyen comme fondement de notre société, afin d’atteindre un développement durable et de justice sociale.

C’est le peuple qui décide, qui prend possession des lois ; pas l’État en tant que tel. Notre système est réellement autonome. Il est fondé sur une riche histoire de luttes pour l’égalité et la solidarité, à laquelle il faut ajouter les questions d’indépendance et de souveraineté, de lutte contre les discriminations raciales. Tout cela s’obtient par l’unité, qui est notre maître-mot.

La guerre de Dix ans, en 1868, a échoué à obtenir l’indépendance pour une seule raison : le manque d’unité. Nombreux étaient ceux qui voulaient commander. L’indépendance véritable a été obtenue en 1959 car nous avions un leader : Fidel Castro, ainsi que toute la « génération du Centenaire », des jeunes comme nous : Julio Antonio Mella, Rubén Martínez Villena, Che Guevara, Camilo Cienfuegos. Tous portaient les idées du maître José Martí, ainsi que celles de Marx et Lénine. Quand la révolution triomphe, Fidel commence à apporter une réponse aux six problèmes fondamentaux de Cuba à l’époque : le chômage, le logement, la santé, l’éducation, l’électrification et les transports. Débute alors un processus où c’est le peuple qui assume la responsabilité du processus de transformation, qu’il considère donc comme lui appartenant et qu’il protège jusqu’à aujourd’hui.

Aujourd’hui, c’est le peuple qui dirige, la jeunesse y compris. Encadré par des organisations bien sûr, mais c’est lui qui dirige et a permis 60 ans de révolution.

Il y a pourtant eu des moments difficiles…

En 1991, avec l’effondrement de l’URSS, l’aide soviétique disparaît. Ce fut un grand retour en arrière, nous ramenant au sous-développement. Des mesures ont alors été prise pour assurer en priorité l’alimentation du peuple. Ce sont les jeunes qui assument cette tâche, en créant des contingents pour la production agricole.

En 1995 débute un processus de batailles d’idées pour répondre à la situation et environ 150 programmes de la Révolution sont créés sur un temps court, pour s’attaquer à des problèmes spécifiques dans des domaines tels que le travail, la culture, les universités ou les transports. Par exemple, pour répondre au problème des transports et de leur impact sur les études supérieures, des antennes des universités ont été ouvertes dans les municipalités. Sur le plan culturel, des groupes de musique locaux ont été formés et les brigades d’instructeurs José Martí, ont amené la culture dans les écoles, sur les lieux de travail ou dans les zones les plus éloignées. Sur le plan de l’innovation, les Brigades techniques de jeunesse ont eu pour but de créer et renforcer nos propres moyens de subsistance. Ces dernières existent toujours, d’autres ont disparu une fois le problème résolu. C’est le cas de la Tarea Alvaro Reynoso, qui permettait aux travailleurs des usines de canne à sucre fermées de bénéficier de se former tout en étant payés par l’Etat.

Le mouvements de jeunesse se renforcent donc à cette époque. C’est cette implication qui explique le maintien de la Révolution.

Le 24, la nouvelle Constitution a été votée, remplaçant celle de 1976. Quel a été le rôle de la jeunesse dans son élaboration ?

Les jeunes ont joué un rôle actif dans ce processus, comme le peuple tout entier. Pendant un an entier, les discussions ont été menées dans tout le pays, où chacun a pu exprimer librement son opinion, ses amendements.

Les jeunes d’aujourd’hui sont différents de ceux de 1976 ou de ceux de la génération historique. Il y a eu de nombreux développement et changements depuis, notamment technologiques. Mais ils restent attachés aux idées socialistes. Les jeunes ont ainsi beaucoup soutenu la diversité de genre, discuté du changement climatique et de comment préserver la nature et les animaux. Leur opinion a été écoutée et respectée.

L’actualisation du modèle économique, actée dans le nouveau texte, est dirigée vers les jeunes, pour répondre à leurs besoins. C’est pour cela que les jeunes ont désormais accès à des choses dont ne disposions pas pendant la période spéciale. C’est le cas d’internet, qui se développe rapidement à Cuba, pour leur permettre de se connecter au monde.

Quels défis se posent aujourd’hui à la jeunesse cubaine ?

Le principal défi est lié aux agressions des Etats-Unis contre Cuba, c’est celui des réseaux sociaux et du consumérisme qui se développe. Les Etats-Unis ont presque totalement écarté l’option d’une attaque militaire contre Cuba. Ils se concentrent donc sur la jeunesse. Les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas vécu la période spéciale, n’ont pas connu la Révolution de Fidel en tant que telle. La stratégie est donc de leur changer la pensée. Le défi est que réussir que ces jeunes, qui sont étudiants et pas encore militants, restent attachés à nos conceptions socialistes et révolutionnaires. Car le consumérisme peut nous affecter grandement.

Concernant les marques, elles restent plus accessibles à celles et ceux qui peuvent voyager à l’étranger. Il y a quelques années, il était courant de voir des vêtements avec le drapeau des États-Unis. Nous avons étudié ce problème et y avons répondu idéologiquement, en produisant localement des vêtements et accessoires avec le drapeau cubain. Désormais, on voit beaucoup moins de drapeaux états-uniens.

Le développement d’internet pose question : qu’y voient les jeunes ? La contre-révolution peut passer par là. L’UCI [NdlR : université de science informatique de la Havane] a mené une étude sur le sujet, pour déterminer quel contenu à la fois supérieur et attrayant offrir aux jeunes. Nous avons créé des pages et des comptes qu’ils peuvent suivre. Nous répondons aux attaques en discutant, en menant un affrontement idéologique, pas personnel, sans agressivité. La FEEM (Fédération des étudiants de l’enseignement secondaire) joue un grand rôle dans ce domaine, car ce sont surtout des jeunes de cette catégorie d’âge qui sont concernés. Nous disposons également de l’Université des sciences informatiques (UCI), qui produit des logiciels et des équipements et qui bénéficie de l’actualisation du modèle pour s’améliorer.

Il faut parler aux jeunes du contexte national et international. Nous leur expliquons ce qui arriverait à Cuba si les Etats-Unis arrivaient à leurs fins au Venezuela. Nous sommes un pays sous blocus et le Venezuela nous a beaucoup aidé. C’était aussi le cas du Brésil, mais Bolsonaro a récemment expulsé nos médecins, ou leur a demandé de déserter. Certains l’ont fait, mais ils rentrent maintenant à Cuba car leur qualification n’était pas reconnue. Le chant des sirènes s’est dissipé.

Il y a quelques changements positifs. Le Mexique nous demande une aide médicale. Les médecins cubains en missions de solidarité sont souvent jeunes. Ils n’exercent pas dans les grands hôpitaux mais dans les zones les plus reculées des pays où ils exercent.

Le blocus perdure et freine notre développement économique. Les négociations commerciales doivent passer par des pays tiers, car les Etats-Unis peuvent sanctionner les gouvernements et entreprises qui voudraient négocier avec nous. C’est ce qui se passe avec le Venezuela. Nous avons de très bonnes relations avec la Chine, qui est aussi un pays socialiste, d’où nous importons beaucoup de biens et équipements. Il serait plus simple de commercer avec des pays latino-américains, mais les restrictions des Etats-Unis nous en empêchent.

C’est pourquoi l’UJC mène un travail approfondi dans les écoles, de personne à personne, avec les étudiants mais aussi avec les professeurs, qui font partie de la nouvelle génération. Car la jeunesse est très large : elle comprend les enfants, les adolescents et les jeunes, tous les secteurs de la société. Il est donc facile pour l’UJC, en tant qu’organisation, de nous adresser à eux et de mener un travail politique et idéologique.

Un message pour les jeunes de France ?

Mon message est qu’il faut être unis. C’est l’unité qui permettra d’atteindre vos objectifs. Si nous voulons le socialisme, il nous faut être ensemble, pas dispersés. Comme le disait José Martí, “il nous faut avancer en formation serrée, comme les filons d’argent au cœur des Andes”. Il faut défendre la cause socialiste, car seul le socialisme permettra d’en finir avec les inégalités.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde