Avant Garde | Rédaction
Vivre ensemble

Encore une fois les femmes en premières cibles !

Impossible de ne pas remarquer la lame de fond réactionnaire qui a frappé le discours politique ces derniers mois. Pendant que l’extrême droite fait son grand retour, les femmes sont parmi les premières à subir ce recul des consciences et des droits.

Reculs à l’international…

Alors que les polonaises ont dû faire face en septembre 2016 à une tentative d’interdiction totale de l’avortement, dans un pays où il est déjà limité par des conditions drastiques, le peuple turc a dû faire face à un projet de loi qui prévoyait l’annulation des condamnations de certains auteurs d’agressions sexuelles sur mineur s’ils épousaient leur victime.

Quelques mois plus tard, la Russie dépénalisait à une très large majorité les violences domestiques, au nom des « valeurs familiales ». C’est donc dans un contexte international très largement défavorable aux femmes et à leurs droits que Trump est élu fin janvier à la tête des Etats-Unis. Accusé d’agressions sexuelles et remarqué pour ses propos réactionnaires, particulièrement à l’encontre des femmes, il a signé un décret interdisant le financement d’ONG qui permettent aux femmes d’avorter. Ces ONG avaient permis d’éviter plus de 11 000 décès maternels en 2016.

…Comme en France

La France n’est cependant pas en reste dans ce déchaînement de violences misogynes. Revigorée par les « manifs pour tous » de 2013, la droite réactionnaire française s’est remise en mouvement. C’est là encore le droit des femmes à disposer de leur corps qui a été remis en question. Après la large victoire de François Fillon – qui avait affirmé être contre le droit à l’avortement – aux primaires de la droite, une partie de la droite organise une marche favorable à son interdiction.

Les polémiques sexistes sont, au cours de l’année 2016, bien souvent allées de pair avec une islamophobie féroce, qui a conduit à l’arrestation de femmes sur la plage au cours de l’été, sous le prétexte qu’elles étaient un peu trop habillées. Le burkini était alors l’objet de toutes les passions, alors que de nombreux responsables politiques, principalement des hommes, décidaient quasi unanimement de libérer les femmes d’un vêtement qui, pour eux, ne pouvaient qu’être imposé. Alors que sur la plage la police forçaient des femmes à se déshabiller sous peine de contravention, on apprenait que 27 % des français déresponsabilisaient les violeurs si leur victime portait une tenue jugée « sexy ».

Si le sexisme est banalisé dans les discours politiques et les textes de loi, il se traduit également bien trop souvent par des attaques plus pernicieuses : l’arrivée de Laurent Wauquiez à la tête de la région Auvergne-Rhône Alpes s’est traduite par une baisse de 30 % des subventions au planning familial. En Ile de France, où le pass contraception a été supprimé, l’offensive est aussi idéologique : après avoir fustigé depuis le début du quinquennat une éducation nationale qui serait favorable à la « théorie » du genre, c’est directement à l’éducation des enfants que s’en prennent les élus de droite. Une  brochure qui évoquait les différentes formes de sexualité a été interdite de diffusion. La région met ainsi en danger non seulement la construction saine du rapport des lycéens au sexe, mais contribue aussi à l’invisibilisation des personnes homosexuelles ou transexuelles (LGBT+).

Mais les féministes continuent le combat!

Si cette situation est alarmante, les mobilisations féministes qui se sont construites donnent à espérer : du maintien en Pologne du droit à l’avortement bien que limité, à l’abrogation du projet de loi amnistiant les agresseurs en Turquie, des femmes se sont levées pour refuser que leurs droits soient bafoués et leur vie mise en danger. Au lendemain de l’investiture de Trump, des marches des femmes ont rassemblé plusieurs millions de personnes pour rappeler que malgré l’élection du milliardaire ultra réactionnaire à la tête du pays, des forces vives continueraient à donner de la voix pour le droit de tou•te•s.

La lutte féministe étant indissociable des revendications pour le droit des immigré•e•s, des personnes trans, de la lutte contre les discriminations racistes mais aussi contre la casse des droits sociaux et du travail, c’est le combat contre un système inégalitaire tout entier qui devra être mené. Alors que les élections présidentielles sont déjà l’occasion pour beaucoup de candidats de diviser la population sur les questions d’immigration ou de sécurité, les partisan•e•s du progrès social devront faire entendre leur voix et exiger la justice et l’égalité.