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INTERNATIONAL

Fillon: impérialisme franco-français et contradictoire

Si François Fillon s’inscrit au plan économique dans l’idéologie néolibérale, il se réclame, pour ce qui est de son positionnement en politique étrangère de l’héritage du gaullisme.

Selon le chercheur Pascal Boniface, « la politique étrangère française est principalement clivée entre les gaullo-mitterrandistes, d’une part, et les atlantistes ou occidentalistes (néoconservateurs), d’autre part. Elle ne divise pas les socialistes de gauche des républicains de droite ; ce clivage traverse ces courants politiques. François Fillon (…) s’inscrit clairement dans une optique gaullo-mitterrandiste », pour laquelle la France « doit faire preuve d’autonomie pour faire avancer ses propres solutions et, en ce sens, ne pas se limiter à reprendre les arguments des États-Unis »[1].

La volonté affichée de traiter avec tous les États

Cette attitude se traduit notamment dans son approche des relations avec la Russie. Fillon s’est ainsi déclaré à plusieurs reprises favorable à la levée des sanctions pesant sur ce pays suite au rattachement de la Crimée. Concernant la Syrie, le candidat a salué l’intervention militaire russe dans le pays et refusé de qualifier de « crimes de guerre » les violences à Alep-est. Dans des termes rappelant les grandes heures de George W. Bush, Laurent Fabius avait déclaré vouloir « punir » Bachar Al-Assad, et le gouvernement Hollande s’est obstiné à poser le départ du président syrien comme préalable à toutes discussions de paix. Fillon a quant à lui proposé de « mettre autour de la table toutes les personnes qui peuvent arrêter ce conflit sans exclusive, et donc y compris ceux qui commettent des crimes aujourd’hui ».

Touche d’idéalisme pour un homme se revendiquant de la realpolitik, Fillon a également plusieurs fois exprimé sa volonté de renouer avec le rôle de la France comme « protectrice des chrétiens d’Orient » face au « totalitarisme islamique », ce qui explique en partie son positionnement sur la Syrie.

L’indépendance vue comme une compétition d’impérialismes

Autre facette de sa ligne « gaulliste », au sujet des Etats-Unis et de l’OTAN, Fillon a déclaré que « le commandement intégré ne doit pas être synonyme d’une dépendance vis-à-vis des Etats-Unis, alors que la vocation de la France est de parler à tout le monde, y compris aux Russes et aux Iraniens ». Une position qui tranche avec l’atlantisme assumé de Hollande et Sarkozy, mais qui peut surprendre de la part de celui qui avait défendu la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN en 2009. Fillon renoue ainsi avec son passé souverainiste, mais prend également acte de l’accession à la présidence des Etats-Unis de Donald Trump, qui a menacé de remettre en cause l’implication de son pays dans l’Alliance atlantique.

Mais cette prise de distance verbale avec les Etats-Unis ne doit pas tromper sur le fait que Fillon souhaite « redonner son rang » à la France, en utilisant des leviers tels que son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU ou sa force nucléaire. S’éloigner de l’impérialisme états-unien pour renforcer l’impérialisme français, donc.

Des positions contradictoires

Plusieurs contradictions apparaissent dans le programme de politique étrangère de François Fillon : sa volonté de maintenir les opérations extérieures de la France va rapidement entrer en contradiction avec l’affirmation d’indépendance vis-à-vis des Etats-Unis, l’aide matérielle de ces derniers étant indispensable à la projection militaire française à l’étranger. La position de défenseure des chrétiens d’Orient risque quant à elle de contredire la volonté affichée de parler à tous les Etats et, plus grave, d’introduire une perspective religieuse dans la perception et donc la gestion des conflits dans la région.

Néanmoins, si quelques grandes lignes de ce que pourraient être la politique étrangère de Fillon se dessinent, la concrétisation de celle-ci en cas de victoires aux élections présidentielles reste très incertaine, la politique étrangère consistant, « en grande, partie à réagir à des événements internationaux non prévus, à la lumière desquels des facettes nouvelles des décideurs apparaissent».

 

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde