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Gauche et droite face à la question des transports : l’exemple de Toulouse

Les élections municipales approchent à grands pas. Cette échéance électorale est une de celles qui mobilise le plus les électeurs, la commune tant l’échelon local qui inspire le plus confiance aux français·e·s. Loin de la démagogie du tous pourris, ou du dégagisme dénonçant l’élite politique contre le peuple, l’analyse des politiques municipales est un très bon exemple de la pertinence du clivage gauche-droite.

Les communes, rempart face aux politiques d’austérité

En 2015, sous la présidence de François Hollande, la loi du 16 janvier 2015 relative à l’organisation des régions est adoptée. Cette loi, combattue par les communistes, a entrainé notamment la fusion des régions et donc un éloignement des lieux de décisions des citoyens.

Dans ce contexte, réaffirmer l’importance des collectivités territoriales est primordial, ce qui passe par une réhabilitation des communes, échelon de base des divisions administratives du territoire. En effet, dans un contexte d’ultralibéralisme, de baisse du pouvoir d’achat et de paupérisation de la société, les communes peuvent servir de rempart contre ces logiques, malgré une baisse des dotations globales de financement qui amenuisent toujours plus leurs marges de manœuvre. Gaby Charroux, maire communiste de Martigues prenait la parole à l’Assemblée nationale le 31 mai 2016 à ce sujet : « Les baisses cumulées pour la période 2014-2017 devraient atteindre 28 milliards d’euros, dont 11 milliards pour le seul bloc communal. Ces réductions massives ont pour conséquence soit de contraindre les maires à augmenter la fiscalité pesant sur les ménages ou les entreprises, soit d’augmenter le coût ou de baisser le niveau des services rendus aux habitants. »

Pour autant, les compétences des mairies demeurent importantes : transport, urbanisme, logement, environnement, gestion des écoles primaires… Autant de domaines où les élu·e·s sont amené·e·s à faire des choix politiques importants, qui ont des conséquences directes sur la vie des citoyens·ne·s.

Les communes peuvent donc faire encore office de « filet de sécurité » face à la dégradation générale des conditions matérielles d’existence des classes populaires.

L’exemple de Toulouse : de la volonté politique à la conquête sociale

En faisant un zoom sur la question des transports à Toulouse, il est aisé de se rendre compte qu’effectivement, d’une équipe municipale à une autre, les conditions de vie peuvent s’améliorer, ou se dégrader.

Dans la ville rose, des majorités de droite se succèdent de 1971 à 2008, année où les toulousain·e·s élisent une coalition de gauche composée du PS, du PCF, du MRC, et des Verts.

Sur la question des transports, et suite à une mobilisation de la jeunesse, impulsée par le Mouvement des Jeunes Communistes de France, Bernard Marquié, (PCF), adjoint aux transports, lance le Tarif Jeune.

Il s’agit d’une tarification unique, portant l’abonnement comprenant Métro, Tramway et Bus, à 10 € par mois pour l’ensemble des moins de 26 ans. Revendication de la jeunesse, cette tarification permet de rendre concret le droit à la mobilité pour les jeunes, particulièrement la jeunesse populaire, n’ayant pas les moyens d’avoir recours aux solutions individuelles de déplacement.

En milieu rural, ou urbain, le manque de transports en commun ou leur coût trop élevé sont autant de freins à l’accès aux études, à l’emploi, à la culture, aux loisirs… Mener la bataille pour l’accès de toutes et tous aux transports répond à un enjeu social fort. Enfin, faciliter et garantir l’accès aux transports en commun est un choix politique permettant de lutter concrètement contre le réchauffement climatique.

Le retour de la droite, et la fin du Tarif Jeune

Toulouse est une ville qui historiquement vote à gauche, excepté au moment de choisir son édile. La parenthèse de gauche n’aura duré qu’un mandat au Capitole. 2014 voit donc le retour de la droite à la mairie.

Très vite, et avant même d’être élu, Jean-Luc MOUDENC, le candidat de la droite enchaînait les déclarations libérales, confirmant les inquiétudes des organisations de jeunesse, de l’ensemble de la gauche toulousaine, et des associations d’usager·e·s. « La régie publique est la pire des solutions », martela le futur maire lors de sa campagne.

Une fois élue, l’équipe municipale remis en question différentes mesures de justice sociale mises en place par l’ancienne majorité. Sur la question des transports, sous couvert de « Tarification sociale », le Tarif Jeune est enterré. La logique a été d’opposer les jeunes les un·e·s contre les autres, en prenant en compte le revenu de leurs parents. Même si le maire communique alors sur une réforme juste, c’est bien une tout autre préoccupation qui motive la majorité municipale. La fin du Tarif Jeune cache en réalité une hausse générale du tarif, et symbolise une volonté de faire payer davantage un service public aux usager·e·s l’utilisant.

Suite à une campagne impulsée à nouveau par le MJCF, accompagné du Mouvement des Jeunes Socialistes, et de l’UNEF, la mairie revoit son projet, et la casse est limitée. Finalement, l’abonnement augmente de 50 % pour l’ensemble de la jeunesse, avec une exception pour les étudiant·e·s boursier·e·s.

Mars 2020 : quelle tarification jeune pour se déplacer à Toulouse?

L’échéance des prochaines élections approche, les candidat·e·s et leurs programmes se dévoilent peu à peu. La liste d’union de la gauche, portée par Nadia PELLEFIGUE investie par le Parti Socialiste, soutenue par le mouvement Une Nouvelle Énergie, le PCF et le PRG, a publié récemment son projet sur la question des mobilités. « Les tarifs actuels comportent un certain nombre d’injustices et ne sont pas insuffisamment incitatifs pour encourager l’usage des transports en commun. » peut-on lire sur le site de la candidate.

Pour les jeunes, la gauche rassemblée propose le retour au tarif unique de 10 € par mois pour les moins de 26 ans, étudiants ou non. Ce tarif de 10 € sera modulable à la baisse selon les revenus des jeunes.

Si la dynamique autour de Nadia Pellefigue semble progressivement prendre de l’ampleur, le rassemblement de la gauche lui, est à poursuivre. Une partie du projet reste également à construire, notamment sur les questions touchant la jeunesse. Le MJCF 31, dans une résolution approuvée par l’ensemble de ses militant·e·s en octobre 2019, annonce avoir l’ambition d’amener les propositions du Mouvement au cœur des débats « pour que les besoins et aspirations des jeunes aient leur place dans cette campagne. »

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