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FRANCE

Grand débat, entre concessions, poursuites et mesures symboliques, les annonces de Macron

Le Président de la République devait s’exprimer lundi soir pour effectuer une série d’annonces tirées du grand débat. L’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris l’a obligé à reporter ses annonces, qui ont tout de même finies dans la presse le lendemain.

Une communication contrariée et quelques concessions

Le report le jour même de l’incendie de la diffusion des annonces du Président déjà enregistrées s’imposait sûrement. Les images de l’édifice plusieurs fois centenaires dévoré par les flammes auraient rendu l’exercice du monologue présidentiel encore davantage déconnecté qu’il l’est habituellement. Le report le lendemain au profit d’une rapide allocution sur la reconstruction (en cinq ans !) de la cathédrale s’imposait probablement moins. Le renvoi à une date indéterminée pour tenter de recréer à nouveau l’attente alors que le contenu des annonces prévues est dans toute la presse n’était probablement pas nécessaire. Il faut reconnaître au président de la République qu’après avoir épuisé son Premier ministre dans des discours pour ne rien dire la semaine dernière qu’il avait réussi à faire attendre son allocution, le coup du sort qui l’a privé de son effet doit être difficile à avaler.

Dans leur contenu, les annonces représentent, un mélange de continuité, de concessions et de mesures à forts impacts symboliques.

Du côté de concession, on note la réindexation sur l’inflation des pensions de retraite les moins élevées (jusqu’à 2000 €). L’annonce fait suite à la ponction sur les pensions opérés par le gouvernement en les désindexant de l’inflation, amputant ainsi directement le pouvoir d’achat des retraités. La mesure est également électorale, ces derniers votent davantage que le reste de la population et leurs voix s’étaient massivement portées sur Emmanuel Macron lors de l’élection présidentielle en 2017.

Autre concession, un moratoire sur les fermetures d’écoles et d’hôpitaux. Une victoire pour des milliers de personnes mobilisés depuis parfois plusieurs mois contre ces fermetures qui sont généralement annonciatrices du déclin durable d’un territoire privé ainsi des services publics les plus élémentaires. Une annonce dont la confirmation reste à voir tant cet objectif paraît antagoniste avec celui de la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires. Il faut enfin également savoir dans quelles conditions ces services publics pourront rester ouvert. Pour les écoles, les effectifs seraient limités à 24 élèves par classe de la grande section au CE1, une annonce qui si elle venait à se confirmer poserait la question des moyens alloués pour la mettre en œuvre.

En forme de demi-concession, le Président de la République envisagerait de faire évaluer les conséquences de la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune. Loin du rétablissement demandé par une très large part de la population, mais qui change des affirmations péremptoires d’inutilité de cet impôt et d’exclusion de son rétablissement.

La poursuite du projet présidentiel

Du côté de la poursuite du projet présidentiel, on trouve bien évidemment la suppression d’une partie des députés. Cette suppression, portée depuis longtemps par Emmanuel Macron, devient une réponse aux demandes des gilets jaunes par un effet magique “grand débat”. Si l’antiparlementarisme est effectivement présent dans la mobilisation des gilets jaunes, et plus largement dans le pays, il a été en grande partie nourri par la marginalisation de l’Assemblée nationale depuis le début du quinquennat. Difficile également d’y voir une réponse à une crise de la démocratie représentative, la réduction de cette représentation ne renforcera probablement pas la légitimité de l’institution parlementaire. Le gouvernement et la présidence de la République en ressortiraient en revanche grands gagnant. Cette réduction s’accompagnerait toutefois d’une dose conséquente de parlementaire élus à la proportionnelle du moins en pourcentage, même à 25 % s’ils ne restent que 400 députés, ça n’en fait que 100 élus à la proportionnelle.

Toujours dans la continuité, les baisses d’impôts devraient se poursuivre, l’impôt sur le revenu serait ainsi abaissé. Une réponse à “l’exaspération fiscale” que manifesteraient les Français. L’impôt sur le revenu est toutefois un curieux choix puisque c’est l’un des plus redistributifs avec son fonctionnement par tranche de revenu. En prétendant répondre à un “ras-le-bol fiscal” le Président accentue encore davantage l’injustice fiscale.

Des annonces symboliques et des oublis

Une troisième série d’annonces symboliques complète ces premières annonces. Pas de référendum d’initiative citoyenne, mais les conditions drastiques du référendum d’initiative partagé pourrait être assouplies. Un référendum d’initiative citoyenne serait toutefois mis en place, mais cantonné à des sujets locaux. Toujours en réponse à un procès en élitisme des instances démocratiques, une assemblée de 300 citoyens tirés au sort pourrait être mise en place pour réfléchir autour de la future révision constitutionnelle.

La suppression de l’École nationale d’administration serait envisagée ainsi que peut être celle de l’École nationale de la magistrature. La première est devenue au fil du temps un symbole d’une élite technocratique, symbole renforcé par le passage par cette école de quatre présidents sur huit, trois ayant de toute façon effectué leur scolarité avant la création de l’école. Cette suppression s’accompagnerait d’une refonte des conditions d’accessions à certains corps d’élite de la haute fonction publique, comme l’inspection générale des finances, le Conseil d’État ou la cours des comptes.

On comprend moins la volonté de suppression de l’école de la magistrature, régulièrement critiquée par la droite qui l’accuse d’être un nid de gauchistes formant des juges laxistes, elle n’a pas vraiment constitué un débat sur les rond-points. Pas certains non plus que les centaines de gilets jaunes condamnés depuis le début du mouvement ait trouvé les juges particulièrement laxistes ou gauchistes.

Deux oubliés semblent se dégager de ce qui serait les annonces présidentielles. La première est la question écologique totalement absente, alors que la pression monte sur le sujet et que la France s’avère pour l’instant incapable de tenir ses engagements de réduction des émissions de CO2. L’autre, c’est les jeunes et l’éducation, leur mobilisation éclaire en décembre avait été durement réprimé, pourtant pour des centaines de milliers d’entre eux, la suppression de l’ENA ou l’ENM ne changera rien à leur parcours scolaire, qui est marqué par les frustrations générées par la sélection à l’entrée de l’université et les manques de moyens de plus en plus criants dans les établissements.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde