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Pourquoi la hausse de la CSG n’est pas (que) un problème de pouvoir d’achat

La baisse des cotisations chômage et maladie prélevées sur les salaires a été compensée par une hausse de la CSG à l’assiette plus large. Cette dernière entraîne des pertes nettes pour les retraités, mais le problème posé est bien au-delà.

Des ministres en service après vente

Depuis plusieurs semaines, sous l’impulsion des députés de la majorité qui se plaignent des retours négatifs dans leur circonscription, les ministres multiplient les interventions pour justifier la hausse de la CSG. La ministre du Travail a ainsi déclaré sur BFM faire le choix de la solidarité intergénérationnelle.

Toujours sur BFM le premier ministre tient un discours sensiblement identique.

Si les ministres déploient autant d’énergie à vendre la mesure, c’est que le poids électoral des retraités est particulièrement important. C’est aussi que s’attaquer à ces derniers est particulièrement mal perçu dans l’opinion publique.

Des calculs pas convaincants

L’argument que les 40% des retraités avec les plus faibles pensions ne sont pas touchés peine à faire mouche. Les 60% restants sont loin de rouler sur l’or. Pour un couple le seuil est de 22100 euros de revenu fiscal de référence. Rapporté par individu et par mois c’est un seuil à 920€. Pour les individus seuls ce cap est à 1200€ mensuel.

L’argument de la compensation par l’exonération de la taxe d’habitation peine également à calmer la colère des retraités. D’une part cette dernière n’interviendra qu’en 2020, la baisse de cette année ne compensera les pertes subies que dans 10% des cas. D’autre part le montant de cette taxe n’est pas basé sur les revenus, et son montant est fortement variable selon les habitations, ce qui rend la compensation bien aléatoire.

Une méthode de financement douteuse

L’objectif de cette mesure est de faire reposer le financement de la protection sociale sur une assiette plus large que les salaires, et de rendre plus rémunérateur le travail. Ce qui est à la fois faux et stupide.

C’est premièrement faux, parce que si la CSG a effectivement une assiette plus large que les cotisations, une partie de son assiette ne permet pas d’élargir le financement. Si la CSG touche les revenus du patrimoine et les produits des placements, elle touche également les revenus de remplacement, dont les allocations chômage et les pensions de retraite. C’est ici que la notion de financement disparaît. Imposer les retraites pour payer les retraites ce n’est pas du financement. Il s’agit ni plus ni moins que d’une baisse des pensions. Nulle solidarité intergénérationnelle donc, une simple baisse des pensions.

L’autre aspect est la stupidité de ce mode de financement. Les cotisations permettent de saisir les richesses à la source, au moment de leur production. Que ce soit la part dite patronale, ou celle salariale, il s’agit d’une portion de la valeur issue du travail. Ce dernier est la seule source de production de valeur, au sens économique, le reste de l’assiette de la CSG porte donc en réalité soit sur les fruits de la solidarité (retraites, allocations, etc.) soit sur les fruits de l’exploitation (revenu du patrimoine, produits de placement, etc.).

Une politique pour le capital

Outre les baisses de redistribution que cela représente, la CSG permet également le profit sur une part de cette valeur, que ne permet pas la cotisation. La réelle solution pour financer la protection sociale est d’augmenter la valeur des cotisations, et donc les salaires, puisque les cotisations sont indexées sur ces derniers. Ce qui représente l’avantage d’augmenter le pouvoir d’achat des salariés, sans baisser celui des retraités.

Avec la réforme du code du travail, la suppression de l’ISF, la flat tax sur les revenus du capital, et la baisse des cotisations, la hausse de la CSG fait partie des cadeaux du gouvernement aux capitalistes.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde