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Israël : une stratégie de communication pour cacher la colonisation

Chaque année, l’Organisation des Nations Unies dépose au moins vingt motions appelant Israël à mettre un terme au blocus de la bande de Gaza ou encore à stopper la colonisation des territoires palestiniens. Accusé de possibles « crimes contre l’humanité » par cette même organisation en 2019, l’État hébreu soucieux de l’image qu’il renvoie au reste du monde a emboîté le pas à des pays du Proche et Moyen Orient comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar en lançant de grandes campagnes de « Soft Power » dans le but de laver sa réputation et de véhiculer l’image de pays aussi magnifique qu’attractif.

“Pinkwashing” : politique d’ouverture sur fond de conservatisme

L’une de ces campagnes repose avant tout sur le Pinkwashing. En effet, depuis maintenant plus d’une dizaine d’années, l’État israélien s’affiche comme étant clairement « Gay-Friendly » à tel point qu’aujourd’hui Tel-Aviv est vu par beaucoup comme une capitale LGBT, grâce notamment, à l’organisation de grandes marches “Pride”, la mise en avant de nombreux chanteurs homosexuels ou transgenres, de coûteuses campagnes de pubs et de belles déclarations du Premier Ministre Benyamin Netanyahou à ce sujet. 

Pourtant ce dernier peine à dissimuler le conservatisme exacerbé de bon nombre de politiciens israéliens dont certains sont issus de son propre parti. Ainsi en dehors de Tel-Aviv, l’homophobie est bien présente en Israël. Néanmoins l’idée est bien là : comparer le prétendu progressisme des Israéliens et de leur gouvernement au prétendu obscurantisme et intolérance arabe et plus particulièrement palestinienne. Fort heureusement cette stratégie visant à dissimuler sa politique d’apartheid et l’oppression du peuple palestinien ne duppe pas tout le monde et plusieurs associations LGBT condamnent cette stratégie, c’est notamment le cas de Jean Stern co-fondateur du Gai Pied et journaliste à Libération qui l’a dénoncé dans son livre Mirage Gay à Tel-Aviv publié en 2017 par les éditions Libertalia.

En 2019 Israël et son Pinkwashing ont également été longuement mis en avant par la 64e édition du concours de l’Eurovision qui eu lieu à Tel-Aviv, malgré les protestations et les appels au boycott de nombreuses organisations . C’est le cas notament du Collectif pour une paix juste et durable en Palestine, collectif auquel est membre le Mouvement Jeunes Communistes de France. De nombreux artistes ont été interpellés afin qu’ils et elles ne participent pas à cet évènement populaire mondial, pronant la paix et la fraternité, dans un pays dirigé par l’extrême droite et faisant la promotion de la colonisation et l’apartheid.  Et si la plupart, dont notamment Bilal Hassani, représentant de la France au concours, refusèrent de prendre position, d’autres dont notamment de grands artistes britanniques comme Peter Gabriel, Roger Waters ou encore Ken Loach co-signèrent une tribune demandant à la BBC de ne pas diffuser l’émission en Grande-Bretagne. . Cette et édition de l’Eurovision s’est soldée par un succès politique d’Israël qui s’est même payé le luxe d’acheter un référencement chez Google, ainsi en tapant « Eurovision » et « boycott », la première page proposée décrivait le pays hôte comme une destination « Belle, diverse et sensationnelle ».

Le sport, une vitrine très politique

Récemment c’est le soft-power sportif israélien qui a fait parler de lui et pour cause : en 2020 et pour la première fois de l’Histoire, une équipe cycliste israélienne a débuté le Tour de France. Or la mission première de cette dernière est – bien plus que de gagner la course. En effet, son objectif est – de  « montrer le vrai visage d’Israël, qui est tellement mal compris à cause d’une couverture médiatique à sens unique », comme l’a fièrement annoncé Sylvain Adams, le propriétaire de l’équipe lors d’une conférence de presse. La participation de cette équipe sobrement baptisée « Israel Start-Up Nation » a été critiquée par plusieurs organisations et des actions coup de poing ont été organisées par le Mouvement Boycott Désinvestissement Sanction, l’AFPS, DS, mais également par le MJCF lors d’étapes du Tour de France. 

Toujours dans une optique de s’implanter durablement dans le monde du sport de haut niveau, Israël a aussi naturalisé de nombreux joueurs de baseballs juifs-américains dans l’optique de remporter une médaille ou de bien figurer dans cette discipline lors des Jeux Olympiques de Tokyo en 2021. 

L’usage du soft-power pour blanchir son image n’est pas nouvelle et il l’est encore moins dans le monde du sport. On pensera notamment au rachat du Paris Saint Germain par la Qatar Investment Authority ou encore de l’organisation de la Coupe du Monde de Football et des Jeux Olympiques au Brésil en 2014 et 2016. Néanmoins Israël n’en est pas en reste et ses tentatives de se donner l’image d’un pays attractif via le sport sont nombreuses que ce soit dans le cyclisme et le baseball comme évoqué ci-dessus, mais également dans la Formule 1 et le Basketball. Mais comme a pu le dire Eyal Zisser, vice-recteur de l’Université de Tel-Aviv et spécialiste de la géopolitique lors d’une interview accordée à France Culture le 29 août dernier :  «  L’image renvoyée ne change pas la réalité du paysage ».