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Jeanne Péchon : “Il faut sortir les étudiants et les étudiantes de la précarité”

A l’occasion de l’élection de Jeanne Péchon comme secrétaire nationale de l’Union des étudiants et étudiantes communistes, Avant-Garde s’est entretenu avec elle sur la situation dans l’enseignement supérieur et dans le monde étudiant.

Tu es étudiante en master de l’action sociale, peux-tu nous dire comment tu t’es engagée à l’UEC et au MJCF ?

En 2013, j’étais lycéenne en Terminale à Rennes. Mon père, adhérent au Parti Communiste Français m’a proposé de m’emmener à ma toute première fête de l’Humanité. Nous étions tous les deux bénévoles sur le stand PCF d’Ille-et-Vilaine. C’est là que j’ai rencontré les camarades du parti et du MJCF 35. Beaucoup plus  jeune j’avais déjà assisté à des réunions de la section PCF de Liffré, mais c’est vraiment lors de cette Fête de l’Humanité de l’année 2013 que j’ai pris la décision de prendre ma carte. J’ai adhéré dans un premier temps au PCF, puis 3h après au MJCF car j’avais pu échanger avec le coordinateur départemental de l’époque sur le stand des jeunes communistes de Bretagne. C’est parce que je voulais changer les choses, pour moi mais également pour des milliers d’autres jeunes que j’ai choisi de m’engager, et pas n’importe où, avec les communistes. J’avais envie d’apporter ma pierre à l’édifice. L’année suivante, j’entrais en Licence 1 de sociologie à l’Université de Rennes 2, j’ai donc pris ma carte à l’UEC.

Comment tu caractérises la vie étudiante aujourd’hui, notamment avec le confinement ?

Aujourd’hui les étudiants et les étudiantes sont plongé·e·s dans une précarité qui n’est pas nouvelle, mais qui s’est accentuée avec l’arrivée de la crise économique. Un quart des étudiants et des étudiantes vivait déjà sous le seuil de pauvreté avant la crise, et cet été se sont des milliers d’entre eux qui n’ont pas pu travailler. Même si ces jobs d’été ne sont pas la solution, ils constituent une source de revenu nécessaire pour pouvoir vivre. D’ailleurs ces revenus estivaux sont pour nombre d’entre eux l’une des seules sources de revenu pour l’année. 

Comme je le disais cette précarité n’est pas due à la crise économique mais elle s’amplifie. On a actuellement un·e étudiant·e sur deux qui va travailler à côté de ses études pour les financer, ce qui met en péril notre année d’étude. Quand je parle financer ses études, ce n’est pas seulement la question des frais d’inscription à la rentrée ou la contribution à la vie étudiante mais également subvenir à des besoins tel que le logement ou la nourriture et ce toute l’année. 

D’ailleurs se sont ces postes de dépenses qui sont les plus élevés aujourd’hui. A la rentrée on a pu voir, que le coût de la vie étudiante a augmenté pour la troisième année consécutive. Et quand on fait le calcul, c’est depuis l’élection d’Emmanuel Macron en réalité. Concernant le logement, les services du Crous actuellement ne répondent pas aux besoins – l’écart entre le nombre d’étudiant·e·s et le nombre de Cité U sur le territoire est un gouffre énorme. 

Lors du premier confinement, des milliers d’étudiants et d’étudiantes ont continué à travailler pour subvenir à leurs besoins en même temps que d’essayer de suivre des cours en ligne. Et globalement, la fermeture des établissements  lors du premier confinement a entraîné des difficultés pour poursuivre les études, les inégalités d’accès aux ressources ont explosé. 

Aujourd’hui, les étudiants et les étudiantes sont de nouveau confiné·e·s. Les cours en distanciels ne garantissent ni l’égalité des formations entre les élèves ni des études de qualité. Comment suivre des cours en ligne quand d’une part tu travailles à côté ? Comment suivre des cours en ligne quand tu n’as pas le matériel nécessaire ? Comment suivre les cours quand tu vis dans un logement trop petit ? 

Au delà de ça, le retard accumulé par nombre d’étudiants et d’étudiantes l’année dernière ne pourra pas être rattrapé. De plus, les premières années ne connaissent pas ce qu’est une vie universitaire normale. 

Donc on a une précarité qui s’amplifie en parallèle de dépenses toujours plus élevées, et des études à mener dans des situations qui ne le permettent pas. 

L’enseignement supérieur et la recherche traversent une crise également, en même temps que la dégradation de la situation sociale des étudiants et des étudiantes. Quel rôle ont les réformes successives dans cette crise, en particulier la dernière (LPPR) ?

Cette crise n’est elle non plus pas nouvelle. Chaque année le nombre d’étudiants et d’étudiantes augmente, pourtant depuis une quinzaine d’années un certain nombre de  réformes ont été mises en place et ont mis à mal l’Enseignement supérieur et la Recherche, menant de fait à une saturation.  

La première d’entre elle, est la loi LRU qui a entraîné une baisse conséquente du budget alloué à l’Enseignement Supérieur et la Recherche. Cette loi promulguée en 2007 avait pour principal objectif que l’ensemble des universités soient autonomes en matière budgétaire et que le budget des établissements comprenne désormais la masse salariale.  De fait, certaines Universités se sont retrouvées bien moins loties que d’autres et cette inégalité de moyens a  entraîné une concurrence entre les établissements et donc entre les étudiants et les étudiantes. Certaines universités se sont trouvées profondément en difficulté, l’Université-Saint-Quentin-en-Yvelines par exemple a frôlé la cessation de paiement entre 2013 et 2014. 

En réponse aux urgences budgétaires et aux problèmes posés par la LRU,  la loi Fioraso (loi relative à l’enseignement supérieur et la recherche) de 2013 constituait elle aussi un grave recul et une nouvelle attaque contre le service public avec une participation accrue du patronat dans l’ESR avec notamment une place dans les conseils d’administration des universités. En fixant le regroupement des universités sur un même territoire (par la fusion des établissements, la participation à une Communauté d’Universités et d’établissement) cette loi a entraîné la fermeture de nombreuses filières mais également une nouvelle mise en concurrence des établissements, qui pour attirer des financements ont dû et doivent être  le plus rentable possible. Au delà de ça, des établissements privés ont pu être associés à des établissements publics pour délivrer des diplômes, dégradant de fait les formations et entraînant une hiérarchie entre les diplômes selon les universités. 

Ces deux lois ont une grande responsabilité dans la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui l’enseignement supérieur et la recherche. Aujourd’hui on a des universités saturées avec des amphithéâtres surchargés du fait que le nombre d’étudiants et d’étudiantes augmente tous les ans, des diplômes au rabais qui n’ont pas la même valeur selon la fac et pour contrer cette situation  d’engorgement, c’est la solution de la sélection  à l’entrée de l’Université qui a été toute trouvée avec Parcoursup plutôt  que celle d’un réinvestissement massif. 

La dernière loi en date c’est la LPPR, donc la Loi Pluriannuelle de programmation de la Recherche qui poursuit les objectifs austéritaires du gouvernement et qui est en train d’être passée en force. Le 30 octobre dernier le Sénat a adopté en première lecture le projet de loi qui dans les grandes lignes met la recherche publique et l’université en danger, en fixant une fois de plus de nouvelles coupes budgétaires et en sapant une fois de plus le caractère national de l’ESR. Avec ce projet de loi, on a plus de précarité dans la recherche, une mise en concurrence des chercheurs et des chercheuses basée sur le résultat – mais qui peut évaluer que la recherche est performante ? –   la création d’universités et centres de recherches à deux vitesses avec plus de moyens donnés aux grands pôles de recherches…   

Mais cette crise que traverse l’enseignement supérieur peut être dépassée, une autre alternative est possible, il suffit de voir sur le long terme. 

L’Union des étudiants et étudiantes communistes a des revendications pour changer les choses. Quelles sont-elles dans les grandes lignes ?

Il faut sortir  les étudiants et les étudiantes de la précarité. Pour cela  on revendique l’instauration d’un revenu étudiant, supérieur au seuil de pauvreté, et financé par une nouvelle branche de la sécurité sociale. Un tel revenu permettra de répondre aux besoins des étudiantes et étudiantes afin de vivre à l’année et de mettre fin au salariat étudiant qui est un vrai frein à la poursuite des études. Il s’agit donc d’un revenu étudiant pour ne pas avoir à travailler en plus de ses études.

Les bourses basées sur des critères sociaux ne répondent pas à cela, des milliers d’étudiants et d’étudiantes sont aujourd’hui exclus du système de bourses alors même qu’ils et elles sont plongées dans une situation de précarité très forte, et de plus, les bourses perçues sont encore bien trop faibles.

Pour mettre fin à la précarité étudiante nous revendiquons aussi un investissement massif dans le CROUS afin de pouvoir développer les services du CROUS tel que le logement étudiant où les restaurants universitaires. Je le disais tout à l’heure le logement et la nourriture constituent aujourd’hui les plus gros postes de dépenses. Développer les services du CROUS en terme de logement c’est à la fois construire plus de cité U mais également rénover les cité U déjà existantes. 

Sur les formations maintenant. On a vu que l’Enseignement supérieur et la recherche souffre d’un désengagement de l’Etat qui va se traduire dans les faits par une inégalité d’accès à l’enseignement dans un premier temps, à une qualité des formations qui se dégrade ensuite, et enfin à des diplômes qui n’ont pas la même valeur selon le territoire. 

Face à cela on revendique la fin de l’autonomie des universités pour réintroduire le caractère national de l’ESR avec en parallèle un réinvestissement massif, c’est-à-dire des milliards de plus dans le budget consacré à l’Enseignement Supérieur et la Recherche. Plus de moyens donné, c’est la possibilité de construire de nouveaux locaux afin de pouvoir accueillir toujours plus d’étudiants et d’étudiantes sans avoir à les sélectionner, rénover les locaux déjà existant, mais également embaucher d’autant plus de personnels éducatifs pour les former davantage, ainsi que de personnels administratifs pour gérer la vie étudiante et éviter les galères que nous connaissons toutes et tous au vu du manque de personnel aujourd’hui. Plus de moyens c’est assurer une égalité d’accès à des formations de qualité pour toutes et tous et ce partout. 

Aussi, le droit à l’orientation doit être réaffirmé, même lorsque l’on est déjà  étudiant·e. C’est pour cela que nous revendiquons la mise en place d’un service public de l’orientation, permettant de choisir son avenir mais également de mettre fin aux phénomènes d’orientation genrée. 

Nous revendiquons également un cadrage national des diplômes pour que l’ensemble des diplômes obtenus  aient la même valeur quelque soit l’université dans laquelle on a étudié. 

Comment militer avec l’UEC sur son université quand on est étudiant ?

Alors c’est très simple, il suffit de prendre contact avec les étudiant·e·s communistes sur la fac, au détour d’une diffusion de tracts, d’une table info.. et de demander à participer. De là tu es invité à participer à l’activité militante, et aux réunions. 

L’adhésion est libre, elle se caractérise par une prise de carte et le règlement d’une cotisation pour l’année.  S’il n’y a pas d’étudiant·e·s communistes sur ta fac, tu peux adhérer en ligne, les informations et ton contact  seront transmises à la fédération du MJCF sur le département.  Il  faut savoir qu’adhérer à l’UEC c’est adhérer au MJCF, donc tu es amené à participer également à l’activité sur la ville, du  département, et à participer à la prise de décision dans les cadres collectifs  de la fédération, de l’Union de ville… 

Tu as été élue lors de la séance étudiante de l’Assemblée Nationale des Animateurs et animatrices du MJCF le 31 octobre. Comment a été organisée cette séance et quelles en ont été les principales conclusions ?

La séance étudiante a regroupé les délégué·e·s étudiant·e·s du  Mouvement. Près de 20 secteurs étudiants y étaient représentés. Elle est le fruit du processus démocratique du MJCF entamé depuis de longs mois, et au cours d’un débat démocratique autour d’une résolution étudiante, l’analyse du contexte dans lequel se trouve les étudiants et les étudiantes et l’ESR a été posé et au vu de ça les priorités de l’UEC ont été données pour la suite de l’année. 

La priorité est celle de la bataille contre la précarité étudiante et pour une éducation de qualité. On a des propositions concrètes, applicables et je les ai développées tout à l’heure. La question de la mise en place de  solidarités concrètes envers les étudiants et les étudiantes au cours de l’année  a été affirmée afin de pouvoir répondre à l’urgence mais également de politiser les besoins. 

Notre objectif est de militer au plus près de la réalité des étudiants et des étudiantes, pour les organiser et les structurer afin de faire grossir les rangs de l’organisation en menant la bataille de l’adhésion et c’est bien le déploiement des campagnes du Mouvement sur les universités en s’adaptant à la spécificité de l’ESR qui le permettra. 

Donc en plus des batailles pour mettre fin à la précarité étudiante et pour des études de qualités accessibles à toutes et tous, nous militerons également pour la libération de Marwan Barghouti, prisonnier politique palestinien, député du Fatah, emprisonné depuis 2002 en Israël. 

C’est le mandat qui a été donné au collectif national de l’UEC renouvellé à l’ANA, et à la coordination nationale élue lors de l’ANA, celui du renforcement de l’Union des étudiants et des étudiantes communistes.

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Collectif de rédaction d'Avant Garde