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Jeanne Péchon : « L’insertion des jeunes ne peut se faire en dehors du droit commun »

1,6 million de jeunes ne sont ni en emploi ni en études ni en formation. Entre la surexposition à la précarité, au chômage et la sélection sociale dans les études, l’entrée dans la vie active est un parcours du combattant pour nombre de jeunes. Élue vice-présidente de la commission insertion des jeunes du Conseil d’orientation des politiques jeunesse (COJ), Jeanne Péchon répond à nos questions.

Pourquoi es-tu élue à la commission insertion du COJ ? Quel va être ton rôle ?

Avant de parler de la commission insertion des jeunes, je vais revenir brièvement sur le COJ. 

Créé en 2016, il a pour mission de contribuer tant à la coordination qu’à l’évaluation des politiques publiques relatives à la jeunesse, l’éducation populaire ainsi qu’au dialogue entre les acteurs concernés par ces politiques. À ce titre il est composé de 107 membres élus répartis en 8 collèges (État, Collectivités territoriales, Jeunes et organisations de jeunesse, Associations et mouvements de jeunesse et d’éducation populaire, Insertion des jeunes, partenaires sociaux, Membres associés, Personnalités qualifiées). Le COJ s’organise en plénière et avec deux commissions : la commission éducation populaire et la commission insertion des jeunes. 

J’étais déjà élue au COJ depuis 2020. C’est suite au renouvellement du COJ en 2021 que j’ai postulé à la vice-présidence de la commission insertion des jeunes au nom du Forum Français de la jeunesse (FFJ). Je siège depuis mars 2022 au bureau du COJ aux côtés d’Antoine Dulin, Président de la commission. 

La commission insertion des jeunes au COJ travaille sur des saisines, des évaluations de politiques jeunesse, auditionne des tiers, formule des rapports. À ce titre, en tant que Vice Présidente, je participe à développer ses travaux et à lui donner un cap, une feuille de route. 

Quel lien fais-tu entre ton militantisme politique et la question de l’insertion des jeunes ?

Les jeunes aspirent à se former, à avoir un emploi qui soit utile à la société, à participer à la vie collective. Cependant aujourd’hui, les jeunes passent par une forme de bizutage social. Le chemin jusqu’au premier emploi stable est jonché d’embûches (précarité des formations, chômage, précarité de l’emploi), ce qui ne leur permet pas de s’insérer pleinement dans la société. 

Il est essentiel de travailler à une rénovation en profondeur des politiques d’insertion des jeunes pour permettre d’une part une véritable autonomie de ceux-ci et d’autre part montrer que la jeunesse n’est pas un problème, mais une solution. Il faut sortir des dispositifs spécifiques aux jeunes (et donnant moins de droits) pour aller vers le droit commun tout en sécurisant leurs parcours. 

Cette ambition passe d’une part par l’organisation des jeunes et donc par un militantisme politique de terrain, mais également par un travail institutionnel, celui fait au COJ par exemple. Ces deux versants sont essentiels pour faire évoluer les politiques jeunesse et donc la société. 

Qu’est-ce que tu penses du Contrat d’engagement jeune et du plan « 1 jeune 1 solution » ?

Ce que je pense du Contrat d’engagement jeune et du plan un jeune une solution (rires) ? Pour le plan un jeune une solution, c’est l’exemple parfait pour illustrer ce que je disais tout à l’heure. Il s’agit encore une fois d’un dispositif spécifique qui éloigne les jeunes du droit commun en leur proposant des contrats courts et sous payés. Ajouter de la précarité à la précarité n’a jamais porté ses fruits : les jeunes aspirent à la stabilité, à ce qu’on leur fasse confiance. 

Pour le Contrat d’engagement jeune (CEJ), le suivi de sa mise en œuvre fait partie de l’un des travaux en cours menés par la commission insertion, suite à une saisine d’Elisabeth Borne lorsqu’elle était ministre du Travail. De prime abord, il ne permet pas d’assurer une stabilité pour la jeunesse et il a toutes les caractéristiques d’un dispositif moins-disant spécifique aux jeunes et donc des effets néfastes que j’ai déjà pu dénoncer. 

Quelles propositions veux-tu faire en lien avec les revendications des jeunes ?

La proposition que je souhaiterai mettre en avant est celle de la sécurisation des parcours des jeunes. Pas un jeune ne doit rester sur le bord de la route.

Pour parvenir à cet objectif d’un emploi (dignement rémunéré) ou d’une formation pour chaque jeune, la question du prérecrutement est essentielle. En effet, les années de crise que nous traversons nous montrent à quel point nous avons des besoins immenses dans les services publics alors que nombre de jeunes sont sans emploi ni formation. Eh bien, il s’agit de les former, de les recruter et de les rémunérer, en tant que fonctionnaire stagiaire, le temps de leurs études en contrepartie d’un engagement de 10 ans minimum pour l’État. 

De plus, il est urgent de conditionner les aides publiques aux entreprises à 10 % d’embauches de jeunes en CDI pour en finir avec la précarité dans l’emploi.