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INTERNATIONAL

La Palestine à l’heure du Coronavirus

Alors que de plus en plus de journaux télévisés parlent d’Israël afin de mettre en avant les méthodes radicales utilisées par le Mossad et le Shin Beth (services secrets extérieurs et intérieurs) pour lutter contre la propagation de l’épidémie de COVID-19, la situation de la Palestine et des territoires occupés est souvent passée sous silence. 

Une politique répressive renforcée pour les prisonniers politiques palestiniens 

Les premiers à avoir tiré la sonnette d’alarme furent les prisonniers politiques palestiniens incarcérés arbitrairement et illégalement en Israël. Les prisons israéliennes souffrant déjà avant cette crise sanitaire de fortes carences médicales, la peur de voir le coronavirus se répandre parmi les détenus préoccupe de plus en plus les associations. C’est notamment le cas de l’association de défense des prisonniers politiques Addameer qui dans un communiqué publié à la fin du mois de mars a mis en avant la surpopulation carcérale, la vétusté des bâtiments ainsi que le manque de stérilisateurs, de médicaments et de matériel de nettoyage plusieurs palestiniens font d’ailleurs parties des « populations à risques » puisqu’emprisonné malgré des maladies graves (cancers, anomalies respiratoires, infections…) Plutôt que d’améliorer les conditions de détentions, le gouvernement israélien a encore une fois choisi de renforcer sa politique répressive en interdisant temporairement les visites juridiques et familiales y compris pour les 180 prisonniers mineurs, qui comme leurs codétenus adultes sont privés des visites de leurs proches. Visites vitales, lorsque l’on sait que les détenus n’ont pas d’autres moyens de prendre des nouvelles de leurs familles et de leurs amis. 

Le 1er avril 2020 après avoir appris que Nour Al-Deen Sarsour, ancien prisonnier politique palestinien a été testé positif au COVID-19 après avoir séjourné plusieurs jours dans la prison d’Ofer, le mouvement des prisonniers palestiniens a amplifié son mouvement et ses revendications en demandant à ce que tous ceux qui ont été en contact avec le malade soient dépistés et que les officiers de l’IPS (Service israélien pour les Prisonniers) effectuent le dénombrement quotidien grâce à des caméras de surveillance et que les perquisitions changent afin de respecter les gestes barrières et protéger les prisonniers des gardiens qui eux ne séjournent pas dans les prisons et font de nombreux aller-retour renforçant ainsi les risques de contaminations. 

« Ne nous laissez pas mourir sur nos lits de prisonniers, alors que l’épidémie se propage et que personne ne réagit pour nous protéger et éviter que nous périssions. Irez-vous jusqu’à nous demander de nous mutiner, comme l’a fait un certain nombre de prisonniers dans plusieurs pays du monde pour que nous soyons tués par balle avant de l’être par le coronavirus ? ».

— Message de prisonniers politiques malades aux associations de Droits de l’Homme traduit par la CRI rouge. 

Les risques d’une propagation rapide du virus

Malheureusement, les problèmes causés par le COVID-19 en Palestine ne s’arrêtent pas aux murs des prisons israéliennes. La situation de cette région laissant en effet craindre le pire en cas d’une propagation rapide du virus. Actuellement, Israël dénombre 5591 cas, dont 97 dans un état grave et 21 morts. Les informations sur la situation palestinienne sont elles moins nombreuses, le 27 mars dernier on comptait 84 cas pour un décès, celui d’une personne âgée souffrant déjà de problème respiratoire, mais il y a fort à parier que nombre de cas a évolué depuis. On peut également recenser une centaine de cas en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967.

Les travailleurs palestiniens en danger 

Cette crise sanitaire mondiale pose de nombreuses questions. En effet à l’heure actuelle 70 000 Palestiniens possèdent un permis de travail israélien. Les salaires étant généralement plus élevés là-bas, de nombreux Palestiniens travaillent illégalement en Israël. Au départ, les autorités palestiniennes et israéliennes avaient réussi à coopérer en laissant le choix à ces travailleurs, de demeurer près de leurs lieux de travail ou de rentrer chez eux. Cette entente a été rapidement fragilisée par la diffusion d’une vidéo dans laquelle on peut voir la police israélienne amener un malade palestinien à un poste-frontière et l’y abandonner. Outre l’indignation provoquée par cette vidéo aujourd’hui devenue virale, l’autorité palestinienne a également vivement critiqué le choix du gouvernement israélien de laisser les Palestiniens travailler sur des chantiers dans les colonies de Cisjordanie. 

« La décision de laisser entrer les travailleurs est une tentative de protéger l’économie israélienne, aux dépens de la vie de nos travailleurs (…) » 

— Mohammad Shtayyeh, Premier ministre palestinien

Gaza face au blocus et au virus 

Mais c’est la Bande de Gaza qui cristallise le plus d’inquiétudes, si elle ne dénombre actuellement qu’une poignée de cas, que l’Autorité palestinienne y a fait parvenir de nombreux antibiotiques, produits désinfectants, etc. et que l’OMS a fourni plus de 500 kits de dépistages, une large diffusion du Coronavirus dans une Gaza surpeuplée aurait des conséquences humaines et sanitaires tragiques. 

Là-bas, on ne compte que 55 lits en soins intensifs et 50 appareils respiratoires pour au moins 1,816 million de gazaouis, la densité de population de la Bande de Gaza étant de 5479 habitants au kilomètre carré. De plus, des sources médicales indiquent qu’entre 70 et 80 % de ces lits en sont d’ore et déjà utilisés et qu’en cas d’épidémie, le personnel médical, déjà en sous-effectif serait vite dépassé. Le système sanitaire gazaoui a fortement souffert du blocus en place depuis 2007.

« Notre système de santé est profondément défaillant, nous manquons d’installations médicales et nous devons faire face une crise sanitaire à cause du blocus israélien et ses conséquences dramatiques dans tous les domaines. [….] Les forces d’occupation israélienne refusent l’entrée du matériel médical, et les pièces à recharge pour ces appareils. À cela, il faut bien sûr ajouter le manque de personnels soignants, les coupures permanentes d’électricité, et le fait que la plus grande partie de l’eau dite potable est en fait contaminée et impropre à la consommation humaine. » 

— Ziad Medoukh, professeur de français à l’Université de Gaza, dans le journal Regard. 

Bien que la République Populaire de Chine ait de nombreuses fois rappelé qu’elle était solidaire du peuple palestinien et qu’elle était prête à fournir des masques et du matériel médical à la Palestine, la situation dans laquelle se trouvent les Palestiniens et notamment les gazaouis en dit long sur la politique colonialiste d’apartheid menée par Israël depuis plus d’un demi-siècle dans cette région du monde.