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A LA UNE FRANCE

La rentrée du gouvernement, toujours dans l’austérité !

Après un été marqué par l’affaire Benala, l’exécutif effectue sa rentrée en souhaitant reprendre le rythme de réforme de la première année du mandat.

La précipitation comme programme

Ce train soutenu de projets de loi  avait réussi à paralyser toute opposition et su maintenir une certaine dynamique autour du Président dans l’opinion publique. Il semble toutefois que le charme s’estompe peu à peu. La méthode ne parvient plus à masquer le fond. Le « pragmatisme présidentiel » n’a pas non plus eu les effets escomptés. Le chômage n’a que très peu baissé et les prévisions de croissance économique sont revues à la baisse.

Les réformes emblématiques des six premiers mois de l’année ont également soulevé des contestations qui sans être victorieuses ont laissé des marques. Les grèves à la SNCF à défaut d’avoir fait barrage à la réforme ont durablement marqué les esprits. Idem, pour les mobilisations de lycéens et d’étudiants contre Parcoursup. La nouvelle plateforme, par son échec représente également un boulet pour le gouvernement. Le blocage des listes d’attentes est l’expression d’un système mal pensé et s’avère encore plus calamiteux pour les futurs étudiants que les tirages au sort de feu APB.

Il faut enfin noter que la baisse des APL, la dénonciation des aides sociales, le report du plan pauvreté ont été autant d’expressions du dédain de la majorité pour les plus précaires. La suppression de l’ISF avait été l’occasion pour Emmanuel Macron d’endosser le manteau de président des riches, il n’a pour l’instant pas chercher à s’en défaire.

Des politiques jusqu’à la honte

Ce n’est pas la loi immigration qui a redoré l’image du gouvernement. Cette dernière n’a semblé avoir qu’une seule utilité : matérialiser la capitulation du Président face aux thèses xénophobes de l’extrême droite.

Il faut enfin noter plusieurs reniements des promesses de campagne. Le droit à l’indemnisation pour les salariés démissionnaires est quasiment enterré. L’interdiction du glyphosate a  été lâchée en rase campagne.

Sur le plan international, l’effet Macron semble avoir fait long feu. Ses grandes ambitions pour l’Union européenne se sont heurtées aux agendas des autres gouvernements. Le Président français n’a pas non plus réussi à convaincre son homologue américain de renoncer à sa guerre commerciale, ou à rétablir les sanctions contre l’Iran. Pourtant très souvent en voyage, l’efficacité n’a pas été rendez-vous, pas plus que le courage. Le volontarisme affiché du président et son goût de la mise en scène n’ont pas été mobilisés pour la défense de notre compatriote Salah Hamouri détenu sans charge depuis plus d’un an par Israël.

La méthode et l’expression présidentielles flirtent régulièrement avec le mépris le plus absolu pour tout ce qui ne rentre pas dans le prisme idéologique avec lequel Emmanuel Macron appréhende le monde.

Un été qui marque le décrochage du Président dans l’opinion

Ce deuxième été aux commandes du pays pour la République En Marche aura été celui de l’affaire Benala. Plus que l’ahurissant comportement du proche du Président c’est le fonctionnement de cours en vase clos qui a été exposé au grand jour. A cela il faut probablement ajouter les accusations de conflits d’intérêt contre le secrétaire général de l’Elysée Alexis Kohler. Deux affaires différentes qui mettent directement en cause le premier cercle du Président et surtout qui place celui-ci dans l’inconfortable position de celui qui couvre. Autoproclamé leader d’un nouveau monde moral en 2017, l’image du Président en est sortie diminuée.

Selon un sondage Elabe pour BFM TV, les français sont moins nombreux à lui reconnaître « sa capacité à respecter son engagement » ou encore « son honnêteté ». Plus intéressant, une majorité ne lui fait pas confiance pour plusieurs chantiers annoncés par le gouvernement. Ainsi ils sont 62% à douter de sa réforme de l’assurance chômage, 65% pour la transformation du système de santé, 68% pour les retraites et surtout 75% sur le plan pauvreté.

Si la multiplication des annonces a semblé séduire une part de la population, au moins par sa volonté de faire bouger les lignes, le sens unique de ses réformes et l’accumulation d’arbitrage toujours en faveur des plus aisés ont fortement déçu. Ainsi selon le même sondage, 61% des interrogés issus des classes populaires estiment que la politique de Macron dégrade leur situation personnelle.

Une salve de réformes sous le signe de l’austérité

La rentrée du gouvernement a été l’occasion pour l’exécutif de réaffirmer son cap. Le tandem Emmanuel Macron, Edouard Philippe pense pouvoir reproduire leurs exploits de 2017. Dès le mois de septembre des nouvelles annonces de réformes devraient tomber.

Les rendez-vous sont déjà pris pour lancer un deuxième round sur l’assurance chômage. L’exécutif souhaite sous le prétexte de combattre les contrats les plus précaires, revoir les règles de cumul emploi/indemnité. Chose rare, le gouvernement s’oppose au patronat sur la mise en place d’un système de bonus/malus de cotisations qui ciblerait les contrats les plus précaires.

Le plan pauvreté repoussé en juin, puis en juillet devrait être annoncé à la mi-septembre, il prévoit notamment automaticité des allocations à travers un versement unique. Un changement radical des politiques de prestations sociales qui laisse présager le pire.

Une réforme des retraites est également dans les cartons. Le projet est annoncé et en préparation depuis des mois. A travers l’axiome « un euro cotisé doit ouvrir au même droit » c’est le principe même du système actuel qui est attaqué. D’un droit à cesser l’emploi tout en conservant son revenu, le nouveau système ne sera plus que le premier étage d’un système inégal complété par les complémentaires et la capitalisation individuelle.

Il faut ajouter à celles-ci toutes celles engagées mais non encore achevées comme la loi Pacte, Alimentation, ou encore la révision constitutionnelle reportée cet été.

Toutes ses réformes auront un dénominateur commun : les projets de loi de finance et projet de loi de finance de la sécurité sociale. L’un des points de cohérence de l’action gouvernementale demeure l’austérité. Face à une croissance plus faible que prévu, le Président maintient son projet de réduction de la part de la dépense publique dans le PIB. De nouvelles coupes franches devraient donc intervenir, dans les emplois aidés, mais aussi par des suppressions de postes de fonctionnaires. Pour les français la rentrée rimera une année de plus avec austérité.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde