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EDITO

La République en marche arrière

La semaine dernière, des députés LR et LREM ont refusé de participer à une commission d’enquête parlementaire pour protester contre le port du voile de Maryam Pougetoux, vice-présidente de l’Unef. Cette dernière venait faire entendre les problématiques rencontrées par les étudiantes et les étudiants liées aux impacts de la crise sanitaire.

Le voile porté par la syndicaliste est invoqué pour justifier l’insulte qui lui a été faite par ces députés. Il s’agirait d’un symbole “communautaire”, la laïcité serait atteinte. Arguments pourtant fallacieux qui viennent en réalité détourner le débat. 

Rien n’interdis dans le règlement de l’Assemblée nationale d’auditionner une personne portant le voile. Mais le plus choquant réside probablement dans le deux poids, deux mesures sur ce sujet. Aucun député, y compris à droite, ne s’est offusqué de l’audition de représentants de cultes lors du débat autour de la loi bioéthique. Il semble beaucoup plus dangereux pour la laïcité d’inviter des représentants de cultes à prendre part à un débat sur l’éthique dans notre société que d’interroger une syndicaliste étudiante sur les problématiques des jeunes. 

Si l’attitude de ces députés doit être dénoncée, celle du Président de la République peut l’être également. Alors que nous traversons une crise économique sans précédent depuis des dizaines d’années, Emmanuel Macron lance un débat sur “le séparatisme”. Est-ce le sujet central à cette rentrée ? Est-ce la question fondamentale que se posent quotidiennement les Français ? La réponse est bien évidemment négative.

Pendant, qu’une fois de plus, l’espace médiatique est saturé par les mêmes névroses racistes et xénophobes, l’impact de la crise sanitaire sur les étudiants et les jeunes est oublié ! 

La réalité est que le gouvernement et la droite organisent sciemment le sabotage de la vie politique. Tous les sujets sont opportuns pour ne surtout pas parler de la gestion calamiteuse de la crise économique et de la situation dans laquelle des centaines de milliers de jeunes se trouvent.

Ceux qui affaiblissent notre République, et ses valeurs d’égalité, de justice, de fraternité, ce n’est pas une syndicaliste étudiante qui se bat pour plus de justice sociale, mais bien le gouvernement. Lorsqu’il accuse de séparatisme les jeunes demandant l’égalité, lorsqu’il banalise des discours xénophobes, de repli sur soi, lorsqu’il stigmatise une syndicaliste pour refuser de prendre part au débat, lorsqu’il défend des actes racistes dans la police, lorsqu’il démantèle service public après service public le peu de notre État social, c’est la République qui est atteinte.

La République est meurtrie et affaiblie aujourd’hui, les responsables ne sont pas ceux qui sont stigmatisés par le pouvoir, mais le pouvoir lui-même. Assez des discours réactionnaires, de replis identitaires, de division prônés au plus haut sommet de l’Etat. Assez du désengagement de l’Etat dans les quartiers populaires et dans les campagnes. La République et ses valeurs ne peuvent rester plus longtemps bafouées par le gouvernement.