L’accès au logement ou la mère de toutes les inégalités 

publié le dans
L’accès au logement ou la mère de toutes les inégalités 

L’ONG Oxfam a publié ce lundi 4 décembre, par le biais de sa branche française, un nouveau rapport traitant de l’explosion des inégalités dans le secteur du logement : “Logement : inégalités à tous les étages”.

Ledit rapport alerte sur le désengagement progressif de l’État dans le domaine, ayant conduit à sa financiarisation, à une fiscalité inadaptée et à l’absence de régulation du secteur privé : “autant de freins dans l’accès à un logement abordable pour toutes et tous”.

L’accès au logement : une bombe sociale

L’ONG qualifie le logement de véritable “carburant” des autres inégalités sociales. L’accessibilité à la propriété foncière est de plus en plus compliquée pour les plus modestes, mais aussi pour une grande partie des couches moyennes. En vingt ans, le prix de l’immobilier a augmenté plus de cinq fois plus vite que les revenus bruts des ménages (+160% pour le coût du logement depuis les années 2000 contre +29% pour les revenus sur la même période). Les Français se sont endettés en moyenne sur 22 ans afin d’acquérir une résidence principale, contre environ 15,5 ans en 2000.

Cette difficulté d’accès au toit n’est pourtant pas la même pour toutes et tous. Oxfam annonce que 25% des plus modestes consacrent deux fois plus de leurs revenus aux dépenses en lien avec le logement que 25 % des plus riches.

L’ONG déplore le désengagement de l’État depuis plusieurs décennies, au profit d’acteurs financiers et d’une quête de “la rentabilité à tout prix” dans le secteur. Cette évolution a conduit à l’explosion des résidences privées, au détriment du logement abordable pour les plus précaires. 

La prolifération des niches fiscales, censées attirer le secteur privé, n’est pas non plus innocente dans l’explosion des inégalités. Oxfam a par exemple calculé que l’avènement de trois niches fiscales a coûté près de 11 milliards d’euros au contribuable en 12 ans, ce qui aurait pu permettre de financer 70 000 logements sociaux.

La fiscalité avantageuse pour le capital favorise toujours les plus riches. Ainsi, début 2021, les 10% des Français les plus riches en patrimoine possédaient 44% de tout le parc immobilier du pays. 3,5% des ménages possèdent également 5 logements ou plus, et donc 50% des logements mis en location, tandis que la demande en logements sociaux a explosé en 2020. 

L’ONG accable enfin la non-régulation d’acteurs privés comme Airbnb, à l’origine d’une pénurie de logements et d’une augmentation des prix sur certains territoires.

Une urgence absolue pour les jeunes

L’explosion des inégalités dans le domaine du logement touche particulièrement les plus jeunes, dont le taux d’effort net consacré au logement est deux fois supérieur à la population générale. Ce taux est de 22 % pour les 18-25 ans et de 18,5% pour les 25-29 ans, contre 10,3% pour la population générale. En somme, le logement représente 60% du budget des étudiants. Tout cela alors que près d’un jeune sur cinq vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. 

Seules 350 000 places sont disponibles en résidences étudiantes (Crous) pour près de trois millions d’étudiants en France, suffisant à loger à peine un quart des boursiers, et 10% des étudiants en général, poussant ainsi les étudiants, déjà précaires, vers le parc privé dont les prix explosent, comme le démontre le rapport d’Oxfam.

La réquisition de logements étudiants au cours des Jeux olympiques de Paris 2024, avec comme seule compensation un chèque de 100 euros et deux pauvres places pour assister à des épreuves olympiques, n’arrangera rien à la crise…

Les quelques pistes développées

L’ONG ne se contente cependant pas de dresser de simples constats. Oxfam a publié une liste de recommandations adressées au pouvoir politique.

Par exemple, pour Oxfam, l’accès au logement est un droit, qui devrait être constitutionnalisé, au même titre que l’est par exemple le droit à la propriété.

L’accès au toit passe également par le renforcement du service public du logement, afin d’en favoriser l’abordabilité pour toutes et tous. 

L’ONG prône également la restriction, voire l’interdiction, de la présence d’acteurs financiarisés sur “le marché du logement” (qui ne devrait pas en être un).

Enfin, Oxfam rejoint la proposition d’introduire la possibilité pour les communes d’interdire la mise en location pour une courte durée des résidences secondaires, et de limiter cette possibilité aux seules résidences principales, afin de pouvoir lutter contre les acteurs type Airbnb.


Édition hebdomadaire

Mêmes rubriques