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Le chômage, l’oublié du gouvernement

Le chômage était la question centrale du dernier quinquennat, les bons chiffres de 2017 ont contribué à faire passer la question au second plan. Pourtant le nombre de chômeurs demeurent très haut et le gouvernement ne semble pas vouloir s’y attaquer.

Les chiffres contrastés du chômage

Les casses successives des droits des salariés et les multiples cadeaux fiscaux au patronat n’y changent rien, le chômage reste au plus haut en France. Pourtant la courbe devait s’être inversée l’année dernière, la réalité est plus compliquée. Selon l’INSEE, qui mesure le taux de chômage au sens du bureau international du travail (BIT), selon une définition faite en 1982, le taux de chômage diminue depuis plus d’un an. Les jeunes bénéficient particulièrement de cette baisse. Selon le BIT la situation de chômage est définie comme étant quelqu’un qui cherche du travail, n’a pas travaillé du tout et est disponible pour occuper un emploi. Ce qui diffère des chiffres de pôle emploi qui comptabilisent ses inscrits. Hors ces derniers peuvent travailler parallèlement, peuvent ne pas être disponibles immédiatement, etc.

Le nombre d’inscrits à Pôle emploi a lui encore augmenté. Les chiffres d’inscrits étaient publiés mensuellement, ils le sont désormais tous les trois mois. Le gouvernement s’abstient généralement de les commenter, les jugeant peu significatifs. Pourtant il est possible d’en tirer quelques éléments. Sur un an le nombre de demandeurs d’emploi s’est accru de 0,6 % pour un total de 5 649 600. Toutefois le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A baisse de 1,2% sur l’année mais augmente de 0,5% sur le troisième trimestre. Cette catégorie concerne les travailleurs qui n’ont pas travaillé du tout, ce qui tend à montrer que de nombreux demandeurs d’emploi subissent des emplois précaires. Le nombre de demandeurs d’emploi de longue durée croit lui de 6,4 % sur l’année.

Pourtant paradoxalement, les statistiques de l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale montre une nette amélioration des embauches et de leur qualité. L’agence dénombre les déclarations d’embauche et constate une nette augmentation de celles de plus d’un mois (+6% sur l’année) principalement portée par les CDI (+10% sur l’année). Si le solde d’emploi est largement positif cette année, il est nettement inférieur à celui de 2017 ce qui tend à montrer que l’embellie de 2017 est en train de passer. Le taux de chômage, même en baisse, reste particulièrement haut comparé aux autres pays européens, et même ceux à forts taux de chômage connaissent des baisses plus rapides qu’en France.

Une absence de priorité pour le gouvernement

Le Gouvernement communique beaucoup moins sur la question du chômage que n’a pu le faire ceux de François Hollande. Emmanuel Macron a pourtant lui aussi fait une promesse en la matière, un taux de chômage ramené à 7% à la fin du quinquennat. La dernière fois que la privation d’emploi s’est invitée dans le discours présidentiel c’était pour inviter un jeune horticulteur « à traverser la rue » pour trouver un emploi dans… la restauration ! Ses soutiens se sont alors empressés de ressortir la vieille rengaine des emplois non pourvus. Un argument qui ne tient pourtant pas comme cela a été souvent démontré.

L’autre sujet du chômage qui intéresse fortement le gouvernement, c’est l’assurance chômage. Le président a, à plusieurs reprises, affiché son mépris pour la gestion paritaire de cet organisme dont il souhaite que l’État prenne le contrôle. La suppression des cotisations chômage a été une première étape, les négociations en cours doivent permettre au gouvernement d’imposer ses vues et notamment d’aller vers une réduction de la protection. Sous prétexte de déficit conjoncturel du financement des indemnités chômage, l’exécutif pense qu’une indemnisation plus faible obligera les privés d’emploi à accepter les offres les moins attractives. La protection des privés d’emploi protège en réalité également les salaires des travailleurs en emploi en diminuant l’impact de « l’armée de réserve » décrit par Marx.

L’autre discours du Président face au chômage est que si l’économie va mieux, l’emploi ira mieux. Pour que l’économie aille mieux il faut réaliser les fameuses « réformes structurelles » qui vont « libérer l’économie ». Il n’y a pas de volonté d’avoir une politique d’emploi, mais celle de favoriser un laisser faire économique qui serait lui créateur d’emploi. La forte diminution des emplois aidés est à ce titre révélatrice. La dépense dans ces emplois était vue comme à perte du fait du faible taux d’insertion, alors que par leur nombre il s’agissait déjà d’une réponse au chômage. Cette stratégie risque de plus de montrer rapidement ses limites alors que la croissance économique semble ralentir.

Une croissance économique contrariée

La croissance économique est nettement moins forte cette année que l’année dernière. Les créations d’emplois ralentissent d’autant. Les mauvais chiffres du début de l’année avaient mis sur le dos de l’augmentation de la CSG et des grèves, notamment de la SNCF, pour ceux du troisième trimestre pas d’explication avancée. Cependant on peut savoir que l’augmentation de 0,4% du PIB sur le troisième trimestre est en partie mécanique et artificielle. La hausse de la consommation constatée est tirée par les dépenses en énergie et transport dues à des hausses de tarifs sur des postes de dépenses contraints.

La consommation est dépendante du pouvoir d’achat et ce dernier malgré les hausses statistiques est majoritairement perçu en baisse. L’inflation est tirée par les prix des carburants, due à la hausse du cours du pétrole mais également de la fiscalité, qui impactent davantage les faibles revenus. Ces derniers sont pourtant les plus enclins à répercuter les évolutions de leurs pouvoir d’achat sur leur consommation. L’augmentation massive du pouvoir d’achat des plus riches n’aura que peu d’effet sur la consommation et donc également l’emploi. Non seulement le gouvernement renonce à mener toute politique d’emploi mais en plus sa politique fiscale s’avère contre-productive en la matière.

Pour l’année prochaine, les choses ne devraient guère s’améliorer. Les politiques fiscales restent les mêmes tandis que différentes mesures risquent de venir les aggraver. La suppression des cotisations sociales sur les heures supplémentaires va également à l’encontre de la résorption du chômage, puisqu’il sera moins cher de faire travailler davantage ses salariés que d’embaucher. Le nombre d’emplois aidés devrait encore diminuer, tandis que l’abandon par mesure d’austérité de différents projets d’infrastructures a un impact direct sur l’emploi. Enfin, les baisses de dotations des collectivités territoriales contribuent également à un assèchement de la commande publique et donc des créations d’emplois. Macron a gagné le titre de président des riches, et n’est pas prêt d’être celui de l’emploi.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde