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FRANCE

Le nouveau monde en attente de renouvellement

Alors que le tempo semble lui échapper depuis cet été, le président laisse désormais filer le temps, alors que le gouvernement n’a plus de ministre de l’Intérieur depuis plus d’une semaine. La lenteur du remaniement révèle des difficultés importantes.

Macron, le gouvernement d’un contexte

Tout juste élu, le Président de la République remportait une très large victoire aux élections législatives bousculant l’Assemblée Nationale et les partis politiques. Il avait peu de temps avant nommé un gouvernement qui faisait la part belle à la “société civile” ainsi qu’à des débauchages qui fragilisaient encore un peu plus les partis dits de gouvernement.

On oublie aussi un peu rapidement que plusieurs de ses ministres fraîchement nommés avaient dû démissionner peu après. Le Premier ministre issu de la droite ringardisait LR et son choix douteux pour la présidentielle. Nicolas Hulot qui avait failli être candidat écologiste en 2012 acceptait de devenir ministre de l’environnement. Gérard Collomb et Jean-Yves Le Drian, deux poids lourds du PS se voyaient dotés chacun d’un portefeuille ministériel régalien.

Un an plus tard, le Premier ministre a appris par la presse la démission de son populaire ministre de l’environnement. Démission intervenue, si ce n’est à cause, juste après un arbitrage en sa défaveur rendu par l’Elysée sur la chasse. Il a également été un spectateur dans le rocambolesque feuilleton de la démission du ministre de l’intérieur, directement auprès du Président. La popularité de l’exécutif avait dès le mois de juin commencé à faire un grand plongeon, à la suite des mobilisations estudiantines et cheminotes.

Une pratique du pouvoir très personnelle

Un des enseignements du gouvernement de “technicien” nommé par l’ex-ministre de l’économie, c’est que ces derniers insuffisamment connus ne se sont pas particulièrement révélés. N’apparaissant pas comme des leaders politiques, ils sont souvent perçus comme les infortunés messagers du projet élyséen dont ils ne portent pas la responsabilité politique. Pendant les grèves des cheminots, Elisabeth Bornes n’était ainsi pas nécessairement la première cible des grévistes, plus prompts à cibler directement Macron.

De même pour la loi Orientation et Réussite des Étudiants, bien que Frédérique Vidale, en tant que présidente de l’université de Nice, n’était pas totalement inconnue des étudiants. Si le terme loi Vidale était utilisé dans les amphis et les cortèges, la contestation ciblait souvent directement le Président de la République. Les ordonnances de l’été 2017 sont souvent nommées “ordonnances Macron” et non d’après la ministre du Travail Muriel Pénicaud.

Pour ne rien arranger à cette situation la conquête comme la pratique du pouvoir d’Emmanuel Macron s’est fait et se fait autour de sa personne. Son mouvement politique n’a de raison d’être que pour sa personne. Sa pratique du pouvoir conduit à se mettre en scène et faire remonter à lui beaucoup de décisions. Ses discours de politique générale devant le Parlement à Versailles conduisent à faire du gouvernement les petites mains de sa politique. Toute contestation devient donc celle du Président.

Une perte de contrôle dû à une base trop réduite

Les difficultés à remplacer le ministre de l’environnement ont témoigné d’un certain essoufflement du macronisme. Le choix final, guère “disruptif”, a imposé un curieux jeu de chaise musicale ponctué d’élections au bon goût de magouille de l’ancien monde. Loin du coup d’éclat représenté par l’entrée au gouvernement de Nicolas Hulot. Il faut dire qu’entre temps le Président avait plutôt prouvé son peu de cas pour les questions environnementales en dehors des opérations de communication. Il apparaissait aussi moins attrayant pour une figure des cause environnementales de rentrer avec des marges de manoeuvres réduites dans un exécutif impopulaire.

Pour le ministère de l’intérieur, l’équation est toutefois différente. Là où Nicolas Hulot pouvait être qualifié d’esprit libre mal adapté à la contrainte du pouvoir, difficile de tenir le même discours pour Gérard Collomb. Ce dernier a même été jusqu’à tordre le bras au Président pour poursuivre son agenda personnel en vue des élections municipales de 2020. Cela étant dit il faut toutefois noter que l’événement de son départ est aujourd’hui remplacé par l’incapacité du Président et du Premier ministre à le remplacer.

Alors que la pratique du pouvoir par Macron depuis un an est marquée par la vitesse si ce n’est la précipitation, il semble que la macronie est désormais paralysée. L’annonce de l’annonce d’un gouvernement avant que finalement celui-ci soit repoussé illustre que le locataire de l’Elysée n’est plus maître du temps. L’obligation pour le Premier ministre de rappeler devant l’Assemblée sa loyauté au Président démontre l’inverse. Il semble également que le Président souffre d’un déficit de cadres au sein de sa majorité qui lui complique la tâche. La faible assise d’En Marche, la trop grande personnalisation du mouvement et de l’exécutif laisse peu de places pour des nouvelles têtes. Enfin la philosophie même de En Marche, le neuf pour le neuf, complique ce renouvellement.

Macron n’est pas à l’arrêt pour longtemp mais ce coup de frein illustre les faiblesses de sa pratique du pouvoir.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde