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Environnement

« Le réchauffement climatique est perceptible » entretien avec Hervé Bramy

La démission de Nicolas Hulot a déclenché des marches citoyennes pour le climat. Son remplaçant est loin d’avoir la même aura, tandis que le Président est rattrapé par ses décisions peu courageuses en matière écologique. Entretien avec Hervé Bramy responsable de la commission écologie au Parti Communiste Français.

Ces marches pour le climat sont-elles la démonstration d’une prise de conscience ou l’impatience d’une partie de la population déjà consciente des enjeux ?

La démission de Nicolas Hulot a été le déclencheur de ces marches. Ce qui est intéressant, c’est le fait que ce sont des citoyennes et citoyens qui ont été à l’appel de la première marche. Ce qui est un peu nouveau. Ce ne sont pas les ONG, ou les partis politiques qui ont été à l’initiative même s’ils y ont participés.

Je pense que la prise de conscience est de plus en plus prégnante parce que chacune et chacun de nos concitoyens se rend bien compte qu’on ne peut plus nier le réchauffement climatique. Il est perceptible dans notre vie. Même si c’est pas une perception quotidienne, il y a des événements climatiques ponctuels d’importance et de plus en plus réguliers qui le démontrent. Ce qui disent les scientifiques du GIEC se révèle exact et vérifiable.

Je pense donc qu’il y a une prise de conscience qui s’élargit très fortement. Est ce qu’elle va durer ? Les marches pour le climat devraient devenir régulières. J’ai toutefois le sentiment qu’il y avait un peu moins de monde à la deuxième qu’à la première. Il faut continuer.  Le message du parti communiste, c’est qu’il faut continuer d’exiger des chefs d’État, même les mieux intentionnés, des prises de décisions pour prévenir les risque d’un réchauffement climatique qui dépasserait les 2°C..

Il faut limiter l’augmentation des températures à la surface du globe à 1,5°C. Ça demande des décisions urgentes, fortes et rapides afin de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre produites par les énergies carbonées (gaz, pétrole, charbon).

La démission de Nicolas Hulot a été à l’origine de ces marches que vous inspire le nouveau ministre de l’environnement ?

Pas grand chose. Il est évident que De Rugy n’a pas la même stature que Nicolas Hulot. Ce n’est pas comparable. Nicolas Hulot a buté, et c’est lui qui le dit, sur le système capitalisme qu’il a défini comme un obstacle majeur. Il n’a pas pu le surmonter pour faire vivre ses ambitions de transformations écologiques. La différence fondamentale, c’est que De Rugy est membre de la LREM et se fond totalement dans le système. Hulot ne le combattait pas franchement, mais il a su lors de sa démission préciser l’obstacle principal aux transformations écologistes.

Non seulement il n’a pas la même stature, mais en plus son engagement dans la majorité présidentielle le fond totalement dans le système. Je considère que le capitalisme, vert ou non, est toujours le capitalisme et incapable de résoudre la crise dont il est à l’origine. Je pense donc que De Rugy n’ira pas très loin dans son action. Il ne sera pas porteur des très grandes transformations déterminantes pour surmonter les enjeux qui nous font face.

Il faut également voir ce qui ressortira de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). C’est un dossier sur lequel le gouvernement est attendu. Le parti communiste a donné son opinion sur le sujet à travers un cahier d’acteur . C’est un dossier déterminant sur l’enjeu du réchauffement climatique. Les choix énergétiques sont déterminants pour l’avenir.

Les déplacements individuels, la voiture, sont au coeur des interrogations (transports gratuits, prime à la casse)  est-ce pour vous la priorité ?

C’est une des priorités oui. Pour plusieurs raisons. D’une part parce qu’il y a aujourd’hui un public captif de la voiture. Les femmes et les hommes qui vivent dans des zones rurales ou périurbaines dénués de transports en commun. Cependant en ville, l’utilisation de la voiture n’a pas vraiment diminué non plus.

Je pense que là aussi, des prises de consciences sont à l’oeuvre. Le prix des voitures électriques et hybrides devraient baisser, les constructeurs comme l’Etat savent qu’actuellement elles sont trop chères. Les citoyens qui ne peuvent pas se passer de la voiture se tourneront vers ces moyens de déplacements « propres ». Le pétrole doit être banni le plus rapidement possible de nos usages quotidiens.

Cependant l’autre sujet est le nombre de véhicules en circulation. La congestion routière devient insupportable, faire 25 km en une heure n’est plus possible. Il faut donc développer les transports en commun, sous tous leurs aspects. Ils doivent de plus tendre vers la gratuité, principalement pour les zones « métropolitaines ». La gratuité de tous les transports commun n’est pas à l’ordre du jours, mais dans les zones les plus denses il va falloir y aller.

Enfin, le transport individuel ne doit pas faire oublier le transport de marchandise. Il faut diminuer le nombre de camions sur les routes, et pour cela le fret ferroviaire doit offrir une alternative pour le déplacement des marchandises.

Le président a été nommé champion de la Terre, que pensez vous du bilan en la matière de la première année du quinquennat ?

C’est un titre usurpé. Ça fait partie de sa mise en scène médiatique de sa fonction de président de la République. A l’origine il a adopté une posture  uniquement pour prendre le leadership de la lutte climatique face à Trump qui a annoncé sa sortie de l’accord de Paris (COP 21), ce qui lui a permis de s’accaparer un rôle qui ne lui revient pas. Pour l’instant, son bilan dans ce domaine est largement insuffisant, pour ne pas dire insignifiant.

Les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse depuis la Cop21. Je ne vois pas pourquoi ce titre lui a été remis. Il n’est pas à la hauteur de ce titre. Ce titre est usurpé. L’engagement de la France n’est pas suffisant. C’est pour ça que les marches pour le climat sont importantes. Elles doivent permettre de faire pression sur le gouvernement pour qu’il agisse concrètement et en urgence.

Sans revenir sur les déplacements, un autre sujet important pour limiter les émissions de CO2, c’est le logement. Il est nécessaire d’accompagner les propriétaires, notamment individuels, pour leur permettre de réaliser des travaux de rénovation thermique.

Pour être réellement champion de la terre, trois domaines d’action sont primordiaux : l’énergie, le transport et l’habitat.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde