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EDITO

L’école ne doit pas servir de garderie

Lundi dernier, Emmanuel Macron a fait sa troisième intervention devant les Français depuis le début du confinement. Lors de son allocution, le président a annoncé une date de fin de confinement pour le 11 mai, en mettant particulièrement l’accent sur la réouverture des écoles à partir de cette date.

Les deux mois de fermetures des classes ont des effets catastrophiques pour nombre d’élèves. Aujourd’hui, il existe d’importantes inégalités en matière d’accès à l’équipement numérique, ainsi que dans la possibilité pour chacun d’être aidé à la maison pour réaliser son travail. Les mystifications auxquelles s’adonne le gouvernement en prétendant que l’enseignement à distance est un succès contribuent à masquer cette réalité. Finalement, le confinement a mis en lumière des inégalités qui étaient déjà bien présentes au sein du système éducatif. 

Cette reprise des cours dans moins d’un mois est en ce sens salutaire. Pour autant, elle ne le sera que si les conditions sanitaires sont réunies pour permettre d’enseigner sans danger. La date du 11 mai a été posée par le président alors même que nous sommes incapables d’affirmer que nous aurons suffisamment de masques et de tests de dépistage. Sur ce dernier point, soulevons le paradoxe énoncé par le président avec des dépistages réservés aux seuls porteurs de symptômes, alors que les enfants représentent une population pouvant contracter la maladie tout en étant souvent asymptomatiques.  

Cette décision précipitée semble davantage guidée par la volonté de relancer l’économie que par des ambitions sociales. Avec la réouverture de l’école, le gouvernement voit la possibilité pour les parents d’aller travailler sans avoir à garder leurs enfants.  

L’école ne doit pas faire office de garderie. S’il y a urgence à la réouverture des écoles, celle-ci ne peut se faire sans test de dépistages massifs, sans gel hydroalcoolique ou même sans masque.  

En plus des conditions sanitaires, le gouvernement doit dès à présent réfléchir à un plan d’action ambitieux dans l’éducation. Le ministère estime à près d’un million le nombre d’élèves en décrochages scolaires depuis le début du confinement. La priorité doit être de permettre de les réintégrer pleinement dans le système éducatif. 

Le ministre de l’Éducation nationale semble s’émouvoir des inégalités scolaires. Très bien, dans ce cas allons jusqu’au bout. Où est le plan d’embauche d’enseignants afin de dédoubler les classes à la rentrée ? Où est la réinstauration d’un bac national permettant aux élèves d’avoir un diplôme de même valeur, peu importe le lycée d’origine ? Où sont les ouvertures de classes et d’écoles ? Où est la gratuité de l’ensemble des formations y compris du matériel demandé ? 

Le confinement a permis de lever le voile sur les inégalités scolaires. Le gouvernement doit en tirer toutes les leçons et mettre en place un plan d’urgence afin que l’école soit réellement synonyme d’égalité.