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Le Pen en guerre contre les musulmans

« La France est une université des djihadistes » déclarait Le Pen sur BFM, 20 jours plus tard elle réunissait 7,6 millions de voix et accédait au second tour de l’élection présidentielle.

Le programme frontiste est largement centré sur l’islam et l’immigration, et donne à voir un parti qui, en dépit de l’image lisse et présidentiable qu’il s’est employé à obtenir, est aussi dangereux qu’il ne l’était sous la direction de son ancien président, Jean-Marie Le Pen.

Une laïcité à deux vitesses

L’Islam est sans surprise omniprésent dans les propositions de Marine Le Pen, qui multiplie les amalgames.

Sous prétexte de lutter pour le droit des femmes, elle promet de lutter contre l’islamisme qui fait reculer leurs libertés. Pas un mot sur les catholiques intégristes qui ont manifesté par milliers contre le droit à l’avortement, pas un mot sur le harcèlement que subissent au quotidien les femmes musulmanes par des islamophobes.

La rhétorique du FN est bien huilée. D’un côté il est affiché un attachement indéfectible à la laïcité dès qu’il s’agit d’islam. De l’autre on se montre nettement plus conciliant avec les religions chrétiennes.

L’une serait la religion de l’invasion, de l’occupant quand l’autre serait celle de la tradition, des racines du pays.

La construction d’une mosquée est ainsi une horrible revendication communautaire qu’il faut combattre par tout moyen. A l’inverse l’installation d’une crèche (les petites figurines, pas le service public) dans une mairie est une célébration de l’identité nationale.

L’absurdité d’une telle position ne semble pas déranger le parti qui prétend défendre les couleurs de la république en s’affichant tous les ans au pied d’une statue représentant la monarchie.

L’indécente exploitation des attentats

Les terribles attentats qui ont frappés la France depuis 2012 sont exploités sans vergogne par le parti fasciste.

Tout en jouant sur le flou du concept « d’islamisme », le front national promet d’expulser tous les étrangers en lien avec le fondamentalisme islamiste, et de rétablir l’indignité nationale pour les crimes et délits liés au terrorisme islamiste.

Cette promesse est aussi stupide que trompeuse. Le fondamentalisme religieux, s’il doit être combattu ne peut pas constituer un délit. C’est l’un de principe de la laïcité, que le FN prétend défendre, que de faire en sorte que les lois n’interviennent pas sur la question religieuse.

De plus pourquoi le seul fondamentalisme islamiste serait inquiété ? Les fondamentalistes chrétiens qui ouvrent des « thérapies pour soigner l’homosexualité » apparaissent également comme dangereux.

Le deuxième aspect de cette promesse est celui d’étranger. C’est l’ADN même du FN que d’alimenter le fantasme de l’ennemi étranger. La grande majorité des terroristes qui ont frappé la France ne sont pourtant pas étrangers. Plus vrai encore, l’immense majorité des étrangers en France ne sont pas des ennemis.

Une France en guerre

Au final, c’est bien une justice explicitement à deux vitesses qui est proposée, dans laquelle être musulman est une circonstance aggravante. S’il semble évident qu’il est urgent de lutter contre les filières djihadistes, il paraît évident que ni la déchéance de nationalité, ni l’indignité nationale ne sauraient inquiéter quelqu’un sur le point de commettre un acte terroriste.

Si les Le Pen et leurs amis stigmatisent à longueur de programme les musulmans et les descendants de l’immigration post coloniale, ils restent nostalgiques du passé colonial de la France et les fervents défenseurs d’une politique néo-colonialiste.

Hors c’est cette politique de guerre qui nourrit les groupes terroristes qui ont frappé la France. La perspective d’une France dirigée par le front national, c’est la perspective d’une France en guerre, d’une justice d’exception, loin de la « France apaisée » de leurs affiches.

Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde