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Les campagnes de vaccination dans le monde souffrent d’une absence de stratégie globale

Au cours de cette pandémie, le sujet des vaccins a été abordé très tôt, notamment ses modalités de distribution, alors que les Etats les plus riches commandaient déjà aux laboratoires pharmaceutiques et mobilisaient le plus gros de la capacité de production. 

Plusieurs sujets sont liés à cette problématique : le prix des vaccins, le comportement des Etats riches envers les laboratoires et surtout la confidentialité des brevets de recherche.

Premières campagnes de vaccinations marquées par de fortes inégalités

Selon une étude de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, un cinquième de la population mondiale devra attendre au moins jusqu’à 2022 pour espérer se faire vacciner contre la Covid-19. 

En cause, la moitié des doses qui seront produites pour 2021 sont réservées aux pays riches. Alors que 51% des doses sont commandées par les pays les plus riches, qui représentent 14% de la population à faire vacciner, le libre marché et la course au profit des laboratoires pharmaceutiques montre son incapacité à répondre à la crise. 

Certaines de ces puissances économiques ont même commandé de quoi vacciner plusieurs fois leur population, comme le Canada par exemple. Dans le même temps, d’après OXFAM, seul un habitant sur dix pourra être vacciné dans les 70 pays les plus pauvres.

Parmi les pays dont les campagnes de vaccination sont regardées de près, il y a notamment la Chine et l’Inde, les deux pays du monde à la plus forte démographie. 

Du côté Chinois, les capacités de productions sont gigantesques et la faiblesse du nombre de contaminés permet de faire face. Une capacité de production qui permet d’organiser la vaccination dans son pays mais aussi de vendre en dehors de ses frontières, comme c’est le cas pour Brésil, l’Indonésie, le Mexique, le Maroc et la Turquie. Un prix de vente du vaccin qui permet donc de s’adresser aux pays en développement.

En Inde, le pays qui compte 1.3 milliards d’habitants et est le deuxième pays le plus touché par la pandémie, le gouvernement de Narendra Modi vise l’objectif de 300 millions de vaccinés d’ici juillet. Comme dans de nombreux pays, la vaccination se fait par ordre de priorités, personnel soignant en tête. Cette campagne s’appuie sur deux vaccins, l’un développé par un laboratoire indien en collaboration avec le Conseil indien de la recherche médicale, puis un second développé par Astra-Zeneca et l’université d’Oxford. 

Là aussi, l’Inde va faire bénéficier sa grande capacité de production à ses pays voisins. C’est une politique de solidarité mais aussi la politique la plus rationnelle en matière de pandémie. En effet, vouloir éradiquer ce virus qui ne connaît pas de frontière doit nécessiter une coordination internationale. 

Le comportement des Etats les plus riches ne fait que retarder l’issue de la pandémie et donc prolonger les répercussions sociales, économiques et sanitaires. L’Inde et la Chine adoptent une démarche empreinte de multilatéralisme aux antipodes de ce qu’ont pu faire l’Union Européenne ou les pays d’Amérique du Nord.

Pénurie de vaccins aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, Joe Biden fraîchement arrivé récupère les dégâts causés par l’administration précédente et sa gestion catastrophique de la pandémie. 

Au mois de décembre, Trump déclarait vouloir le vaccin pour « l’Amérique d’abord », mais jusqu’ici c’est surtout la production de vaccin tout court qui piétine. Le nouveau président ne remet pas en question le système des brevets mais va pencher sa politique vers une planification de la production via le Defense Production Act. 

Cette loi créée dans l’Après-Guerre, visant à caler la production industrielle sur les impératifs militaires des Etats-Unis a été élargie au domaine sanitaire. 

Ainsi, l’autorité fédérale américaine pourra contraindre le secteur privé à fabriquer les éléments nécessaires à la production de vaccin et autres matériels indispensable dans la lutte contre la Covid-19, afin d’endiguer les pénuries.

L’Union Européenne faible face aux laboratoires voraces

En Europe, c’est le manque de transparence des contrats d’achat de vaccins avec les laboratoires pharmaceutiques qui fait scandale, tandis que le rythme de production, de livraison et de vaccination n’avance pas.  

Alors que la majorité des vaccins ont été développés grâce à des investissements publics, rien n’est fait pour suspendre les brevets. Cette mesure élargirait l’accès à la technologie, ce qui permettrait une production plus large des vaccins. Un enjeu extrêmement important tandis que la pandémie ne se calme pas.

Au contraire d’une politique volontariste, l’Union Européenne via l’Agence Européenne du Médicament autorise les laboratoires à faire des tours de passe-passe avec les chiffres, en considérant désormais que les flacons de vaccins contiendront désormais 6 doses au lieu de 5 pour une quantité initiale identique. 

Bien-sûr, le prix reste lui aussi inchangé alors que le nombre de doses produites et livrées diminue. La production doit aussi faire face à la contrainte de la seconde dose à injecter qui doit se faire dans les temps. Ainsi rien ne sert de démarrer les programmes même en possession de la moitié du traitement si l’on n’est pas certain d’avoir la seconde moitié au moment voulu. 

C’est notamment pour cette raison qu’en France et dans d’autres pays européens, des campagnes de vaccination ont été suspendues. L’incertitude des livraisons rendrait ainsi toute la première partie de la campagne inutile.

Les temps nécessitent de faire vivre le multilatéralisme et la coopération internationale afin de résoudre la pandémie, à travers les institutions internationales dont nous disposons. Mais nous assistons au contraire à une course folle au plus offrant entre les Etats, qui choisissent de laisser faire les laboratoires pharmaceutiques. Cette concurrence entre les États laisse l’impression que chacun pourra régler la crise à son échelle, pendant que les peuples à travers le monde subissent les conséquences, qu’elles soient économiques, sociales ou humanitaires.