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Les difficiles conditions de détention des prisonnières palestiniennes

Sur les cinquante dernières années, plus de 10 000 femmes ont été arrêtées et/ou emprisonnées dans les geôles israéliennes. Entre conditions de détention difficiles, manque de soin, violences sexuelles, sanctions collectives, tortures psychologiques, pas de contact avec leur avocat, les femmes sont exposées à de multiples violences au cours de leur incarcération. 

Portrait : Khalida Jarrar, figure connue des prisons israéliennes

Née en 1963 et ex-élue du FPLP au parlement palestinien, Khalida Jarrar est également membre de l’association palestinienne de défense des droits des prisonniers et prisonnières palestiniennes, Addameer. Députée au Conseil législatif palestinien, elle milite pour les droits des femmes et pour les droits des prisonniers et prisonnières palestiniennes. 

Khalida Jarrar a été arrêtée trois fois en 4 ans. Elle a été arrêtée une première fois en 2015, chez elle à Ramallah dans les territoires palestiniens de Cisjordanie et a été incarcérée pendant 14 mois en détention administrative. 

De nouveau arrêtée en juillet 2017 par l’administration militaire israélienne, Khalida Jarrar est condamnée sans procès au régime de détention administrative. 

La détention administrative fixe des durées d’incarcération de 6 mois. Ce régime renouvelable à l’infini est bien souvent prononcé sans charge et sans qu’un procès ait lieu. Les prisonnières et les prisonniers palestiniens ne savent pas quand ils vont être libéré•e•s et s’ils vont être libéré•e•s. 

Khalida Jarrar a été libérée le 28 février 2019 après 20 mois de détention administrative, mais elle a de nouveau été arrêtée le 31 octobre dernier à son domicile et est depuis emprisonnée en Israël, une nouvelle fois sous le régime de la détention administrative. 

Des emprisonnements illégaux. 

Même si certaines à l’image de Khalida Jarrar sont sous le régime de la détention administrative, les femmes palestiniennes sont bien plus souvent condamnées à des peines de prison fixes. Ces peines sont souvent lourdes et formulées sur la base de simples suspicions. 

Aujourd’hui et selon Addameer, 41 femmes sont détenues illégalement par les autorités israéliennes. Ces emprisonnements sont illégaux au regard de la quatrième Convention de Genève qui stipule que : « une puissance occupante ne peut transférer toute ou une partie de la population occupée sur son territoire ».  

Les femmes palestiniennes sont en effet détenues dans des prisons situées en dehors des frontières de 1967. Avant 2018, les femmes palestiniennes étaient incarcérées dans la prison de Hasharon, dans la prison de Damon, ou bien dans la prison de Neve Terza à Ramleh, toutes situées en territoire Israélien. 

Cette dernière est le seul établissement pénitentiaire spécialisé pour femmes de tout Israël. Les prisons d’Hasharon et de Damon sont des établissements construits afin de maintenir enfermer des hommes, ces installations ne répondent donc pas aux besoins spécifiques des femmes. 

Des punitions collectives 

Les sanctions collectives sont courantes. Il peut s’agir de coupures d’eau, d’amendes, la confiscation des biens ou la restriction de nourriture. 

Au cours de l’année 2018, un nouveau palier a été passé. Les prisonnières palestiniennes incarcérées à Hasharon ont toutes été transférées à la prison de Damon. Elles avaient manifesté 3 mois contre la réactivation des caméras de surveillance dans les cuisines collectives, les salles de prières, la buanderie. 

La punition collective est elle aussi illégale au regard du droit international. Il s’agit ici d’une stratégie employée pour Israël afin de faire taire les revendications des Palestiniennes et d’étouffer leur force de mobilisation. 

Des conditions de détention difficiles

La prison de Damon dans laquelle sont incarcérées bon nombre de Palestiniennes est une prison datant du mandat britannique. Elle devait être détruite au vu de l’état d’insalubrité dans lequel elle se trouvait, mais l’administration israélienne a choisi de la laisser ouverte. Les cellules sont, surpeuplées, humides et sales, les salles d’eau se trouvent à l’extérieur, il n’y a pas de bibliothèque ni de salle de classe, ne permettant pas un accès pour ces femmes à l’éducation et à la formation. 

Un statut particulier pour les femmes palestiniennes emprisonnées…  

Les prisonnières palestiniennes sont classées en « prisonnières de sécurité ». C’est-à-dire qu’elles sont incarcérées avec des Israéliennes inculpées de crimes graves. Elles sont parfois dans les mêmes cellules et subissent de la part de ces prisonnières elles-mêmes des insultes, des privations et même des coups.

… Qui leur enlève leurs droits et les expose à d’autres formes de violences

En plus des conditions difficiles de détention, des punitions collectives, les femmes palestiniennes sont exposées à de multiples violences. Elles subissent en effet des discriminations sur les temps d’activités récréatives qui peuvent notamment être proposées aux Israéliennes et sont davantage soumises à de multiples sanctions telles que l’isolement. De plus, les prisonnières palestiniennes, tout comme leurs homologues masculins, sont bien souvent privées de visites de leur avocat et de leurs familles. 

Les prisonnières palestiniennes victimes de violences spécifiques

La déclaration de Vienne sur le crime et la justice de 2000 stipule qu’il faut tenir une attention particulière aux femmes en prison. Cette déclaration a été ratifiée par Israël qui n’en tient absolument pas compte, bien au contraire. 

Selon une étude de 2008 d’Addameer, 38 % des femmes palestiniennes emprisonnées souffraient de maladies traitables, mais ont été négligées. Pour les malades atteintes de cancer, d’asthme, de diabète, de fragilités ophtalmiques, la prise en charge médicale est absente et les retards dans la prescription régulière de médicaments sont conséquents. Les médecins spécialisés, tels les gynécologues, ne sont pas non plus présents dans les prisons.

Outre ces négligences médicales, les autorités israéliennes refusent de leur fournir des protections périodiques, et ce malgré les nombreuses protestations. 

Les femmes enceintes ne sont pas prises en charge ni sur la période prénatale ni postnatale mettant en danger la mère et l’enfant. Il s’agit là d’une violation de l’article 12 de la convention relative à l’élimination toutes formes de discrimination à l’égard des femmes. 

Pire encore, les femmes peuvent être victimes de violences au cours de l’accouchement. Addameer recense en effet quatre cas de femmes ayant accouché en détention, menottées pieds et mains, sauf pendant le travail. 

Les violences sexuelles et psychologiques comme instrument de torture

Les femmes sont elles aussi soumises à la torture lors des interrogatoires. Comme les prisonniers palestiniens, il va s’agir de privation de sommeil, de nourriture, d’eau et d’hygiène. Mais en plus de ces différentes formes de tortures, les prisonnières palestiniennes vont être aussi victimes de certaines formes violences dues à leur genre. 

Les violences sexuelles ou les menaces de l’usage de ces violences sur elles ou leurs proches sont en effet utilisées par les autorités israéliennes lors des interrogatoires ou lors de leur transfert d’une prison à une autre. De plus, les fouilles corporelles à nu et à genoux sont poussées et invasives. Elles sont employées envers les prisonnières qui vont refuser la mise à l’isolement. 

Les violences dites psychologiques sont elles aussi monnaie courante lors des interrogatoires et dans bien des cas elles vont s’apparenter à une certaine forme de torture. 

L’usage des violences sexuelles et psychologiques par les autorités israéliennes fait partie d’une stratégie employée pour soutirer des informations, mais aussi intimider et humilier d’autant plus les femmes palestiniennes. 

Des mobilisations pour le droit à la dignité humaine 

Les prisonnières politiques palestiniennes organisent bien souvent des mouvements de grèves de la faim dans les prisons pour alerter sur leurs conditions et pour le droit à la dignité humaine de l’ensemble des prisonniers politiques palestiniens. 

Ces femmes palestiniennes qui sont aujourd’hui emprisonnées en Israël subissent une double peine. En tant que Palestiniennes, elles sont victimes de la violence de l’occupation et en tant que femmes, elles sont victimes de violences liées à leur genre.