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L’Espagne dans l’impasse après les élections en Catalogne

Les trois forces politiques indépendantistes disposent d’une majorité de sièges au parlement régional de Catalogne. Le Parti Populaire de Rajoy s’effondre lourdement dans un scrutin marqué par une très forte participation.

La défaite de Rajoy

Peut-être même plus que la victoire des indépendantistes, ce scrutin marque un nouvel échec pour le président du gouvernement espagnol. Après avoir refusé tout dialogue en pariant sur l’éclatement de la coalition indépendantiste, et après avoir envoyé la police fermer des bureaux de votes, Rajoy a essuyé hier un nouveau revers.

Le Parti Populaire, bien que n’ayant jamais été très fort en Catalogne, réalise un score ridicule, le reléguant à la dernière place des forces politiques représentées au parlement régional. Avec 4,24% des suffrages et seulement 3 sièges (contre 11 auparavant), le parti du premier ministre subit un cinglant désaveu.  

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Plus largement, c’est la stratégie de provoquer de nouvelles élections qui est sanctionnée. Le rapport de force entre indépendantistes et non indépendantistes est quasiment identique, le nombre de parlementaires de ces derniers n’ayant diminué que de deux.

Une victoire en trompe l’oeil pour les indépendantistes

Finalement, l’ERC ( Gauche républicaine catalane ), bien qu’en forte progression reste derrière le parti de Puigdemont. Alliée avec ce dernier lors du dernier scrutin en 2015, elles arrivent aujourd’hui au coude à coude, 21,65% pour le précédent dirigeant de la région, contre 21,39 pour son allié. La division semble avoir payé puisque les deux forces font un meilleur résultat qu’ensemble en 2015 où elles n’avaient réuni que 39,59% des voix.

Le troisième protagoniste de la coalition indépendantiste, la CUP ne réunit que 4,45% des suffrages contre plus de 8% en 2015. La force anticapitaliste ne conserve que 4 sièges sur les 10 qu’elle détenait. Elle demeure toutefois nécessaire à ses deux alliés pour obtenir la majorité absolue au parlement régional.

Ciudadanos, force politique récemment apparue dans le paysage et qui a fait de la lutte contre l’indépendantisme son fer de lance, parvient à ravir la première place aux forces indépendantistes. Sans que cela ne bouscule les rapports de forces, le symbole est lourd de sens et pèsera sur les marges de manoeuvre du futur exécutif. Le PSOE et le PSC gagnent un siège sans tirer de grands bénéfices de leur positionnement unioniste.

De plus les indépendantistes n’ont au final pas progressé dans le total des suffrages exprimés. Ils représentaient 47,8% des voix en 2015 et sont aujourd’hui à 47,5%. Il ne semble pas qu’il y ait eu le sursaut espéré contre l’hostilité des actions de l’Etat espagnol, qui avait mené une féroce répression contre les électeurs catalans, appliqué l’article 155 de la Constitution (suspendant largement l’autonomie de la région), dissous le gouvernement et engagés des poursuites judiciaires contre plusieurs leaders indépendantistes . Impossible donc de transformer ce scrutin en référendum sur l’indépendance malgré les déclarations de Puigdemont qui y voit, depuis son exil bruxellois, une victoire de la « république catalane ».

Une situation bloquée

La situation est désormais quasiment identique à celle d’avant l’utilisation de l’article 155 par Rajoy. Les différences tiennent à ce que désormais la tension est exacerbée. Aucun des deux camps n’a trouvé de légitimité nouvelle dans ce scrutin. Pire, les procédures judiciaires en cours et la détention de plusieurs leaders indépendantistes limitent encore plus les possibilités de négociations.

Les forces progressistes catalanes sous la bannière de « Catalogne en Commun » – coalition regroupant notamment les communistes et la branche locale de Podemos –   ont vu leur score baisser de presque 9% en 2015 à 7,45% aujourd’hui, perdant 3 sièges. La troisième voie qu’ils représentent semble pourtant aujourd’hui plus que jamais l’unique solution pour sortir par le haut de la crise politique. Celle-ci revendique un véritable processus d’autodétermination de la Catalogne, impliquant l’ensemble de la population, rejetant le nationalisme  et qui ne serve pas d’alibi à la poursuite de politiques d’austérité.

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La situation de pivot de la CUP, va lui permettre de continuer à peser lourdement dans les débats. A moins qu’elle ne fasse le choix de ne pas reconduire la précédente alliance, avec des forces qu’elle considère comme des traîtres pour avoir suspendu la déclaration unilatérale d’indépendance.

Ciudadanos, arrivé en tête sur une ligne très dure face aux indépendantistes, risque également de profiter de son hégémonie sur le camp « unioniste » en Catalogne pour ne pas chercher de compromis. Le Parti Populaire, bien que dirigeant au niveau national, apparaît totalement discrédité en Catalogne.

Si certains commencent déjà à voir dans la situation espagnole le futur avènement d’une Union Européenne des régions, la fin des Etats-nations ou encore un fait indépendantiste en Europe, la seule certitude c’est que la crise politique espagnole n’est pas terminée.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde