Rédaction | Avant Garde
Social-Eco

Lutte victorieuse pour les électriciens ardennais

Mardi 25 janvier, les agents des Industries électriques et gazières (IEG) des Ardennes se sont engagés dans un mouvement de grève reconductible faisant suite à un appel national de la fédération CGT Mines Énergies. Des revendications locales des salariés d’Enedis ont suivi cet appel. Vingt-huit jours plus tard, après de nombreuses discussions peu fructueuses avec la direction, et moult actions de la part des salariés, la direction a lâché. 

Le communiqué du syndicat titre « Echec et Mat » ! En effet, les acquis sont remarquables. 70 % des rémunérations individuelles demandées, deux embauches externes, la création d’un nouveau poste de technicien entre autres. C’est une lutte exemplaire qu’ont menée les électriciens ardennais. Ils ont d’ailleurs reçu le soutien de Fabien Roussel. Le candidat à l’élection présidentielle leur a écrit une lettre qui réchaufferait le cœur de tout travailleur en lutte.

Pourtant, pendant près d’un mois, la direction n’a donné aucune réponse aux travailleurs, mises à part de nombreuses menaces. Des envois d’huissiers à répétition, des pressions envers les agents et une procédure juridique visant à débloquer le site. Le vendredi 11 février, ce sont 6 salariés qui ont été assignés à comparaître devant le tribunal judiciaire de Charleville-Mézières. Ces six salariés sont tous syndiqués et exercent des responsabilités au sein du syndicat CGT énergie des Ardennes. Quelques jours plus tard, le tribunal donnait raison aux salariés et refusait de criminaliser l’action et l’engagement syndical. 

Parmi ces camarades, il y avait Ayoube Ferra. Responsable de la commission jeune du syndicat CGT mine et énergie des Ardennes à qui nous avons posé quelques questions.

La commission jeune dont tu es chargé s’est constituée quelques semaines seulement avant le conflit. Quelle est la place des jeunes dans la lutte que vous avez menée depuis le 25 janvier ?

Effectivement, dès début janvier, la Commission exécutive du syndicat a fait le choix de se doter d’une commission jeune. Celle-ci nous permet de faire le lien entre les jeunes électriciens du département et ils sont nombreux. Il s’agit là d’offrir un espace de discussion, de débat et d’action pour toute une nouvelle génération de salariés ! 

Le meilleur exemple en est la lutte que nous venons de mener tous ensemble. Près d’un mois de grève, des dizaines de jeunes mobilisés, une équipe très soudée. Par le biais de cette commission, nous avons pu organiser avec la direction du syndicat la tenue du piquet de grève. Nous avons été jours et nuits sur le site pour faire valoir nos légitimes revendications. Et la place des jeunes a été centrale. D’une part dans la mobilisation et d’autre part sur les questions plus pratiques. Cette relation entre notre nouvelle génération d’agents et nos camarades qui ont plus d’expérience dans le travail comme dans la lutte est primordiale ! Les savoirs se transmettent et les résultats sont probants puisque des jeunes ont rejoint la lutte et l’organisation.

Les jeunes salariés d’Enedis ont à cœur leur travail et le service public. Mais la vision de l’entreprise est-elle différente des autres générations ?

Nous, les jeunes salariés, avons vraiment à cœur le service public. On intervient chez les clients en tout temps, été comme hiver, jour et nuit, sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Nous sommes toujours volontaires pour former des renforts supplémentaires lors des tempêtes par exemple. 

Depuis les différentes politiques libérales menées par les gouvernements successifs, visant à libéraliser et privatiser l’énergie, la vision de l’entreprise n’est plus la même que l’ancienne génération EDF/GDF. La hiérarchie en joue énormément. En nous expliquant que tout ce qu’a fait l’ancienne génération, notamment au sein des luttes, c’est terminé. Les collègues de cette « ancienne génération » nous expliquent régulièrement en quoi l’entreprise a changé. Mais une chose est sûre, notre engagement pour l’intérêt général nous oblige à défendre non seulement le respect et la dignité des agents. Mais aussi une vision plus globale de l’entreprise que nous portons nationalement.

Trouves-tu que les jeunes s’engagent facilement et qu’est-ce qui ressort des discussions que tu peux avoir avec eux ?  

Au sein d’Enedis, les jeunes s’engagent plutôt facilement. La mémoire de nos luttes, de nos combats pour l’intérêt général, de Marcel Paul aux grèves de 1995 en passant par le combat contre la réforme des retraites en 2019 est ancrée dans l’entreprise. Les jeunes ont conscience de tout cela et ont pour beaucoup l’envie de défendre cet héritage. D’aller de l’avant pour toujours plus d’avancées sociales. Évidemment, ce n’est pas toujours simple, mais comme je l’ai dit, nous avons tous à cœur notre mission de service public. Nous ne pouvons pas supporter de ne pas pouvoir accomplir notre travail par manque de moyens.  

Quelles conclusions tires-tu de cette lutte ? Comment vois-tu les suites à cette victoire et plus généralement que voulez-vous pour l’énergie en France ?

Tu l’as dit, cette victoire est belle, est historique et en appelle de nombreuses autres. Il est à noter, je pense, qu’au-delà de cette victoire sur la question des salaires, des postes, etc. c’est aussi une victoire pour l’avenir. 

Le syndicat est plus soudé que jamais, les jeunes sont maintenant entièrement prêts à défendre le service public en tout temps. Ils ont acquis une expérience rare. Comme nous l’a écrit Fabien Roussel, c’est « dans la lutte que se construisent les liens de fraternité et qu’émergent les idées collectives. » 

Les dizaines de jeunes qui ont « vécus » ensemble sur le piquet de grève durant 28 jours. Qui ont discuté, débattus, qui ont rigolé et se sont parfois engueulés dans la fraternité, forment désormais l’avenir de notre entreprise et des luttes pour la constitution d’un grand pôle national et public de l’énergie en France.