Macron à Versailles, entre la monarchie et l’ultralibéralisme

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Le discours de Macron devant les parlementaires réunis en congrès est à la fois un temps de communication politique, qu’une affirmation pratique d’une certaine conception du pouvoir. C’est aussi l’affirmation d’une politique ultralibérale.

Un discours annuel, pour un chef d’état chef de gouvernement

La possibilité pour le Président de la République de discourir devant le parlement réuni en congrès est un ajout à la constitution réalisé par Nicolas Sarkozy en 2008. A l’inverse de Nicolas Sarkozy et François Hollande qui ont chacun utilisé cette possibilité une seule fois, Emmanuel Macron s’était engagé à renouveler l’exercice tous les ans pendant sa campagne.

Nicolas Sarkozy s’était présenté devant le parlement réuni en congrès en 2009 pour un discours de politique générale. Hollande, dont le parti s’était opposé à la modification de la constitution de 2008, s’était exprimé le 16 novembre 2015 à la suite des attentats du 13 novembre. Le Président de la République en faisant de cet exercice une routine annuelle change donc profondément la nature de sa fonction.

Le Président de la République n’est responsable que devant le peuple, qui l’élit directement au suffrage universel direct. A l’inverse le Premier ministre est responsable devant le parlement qui peut démettre son gouvernement par une motion de censure. C’est notamment pour cette raison que le Président ne reste pas lors des débats qui suivent son discours et n’y participe pas. L’annonce faite par Macron de vouloir modifier la constitution pour participer à ces débats s’inscrit donc dans la continuité de cette logique. Il faut noter que la majorité LREM à l’assemblée avait lors des débats sur une future révision constitutionnelle, refusé deux amendements de l’UDI et de la FI allant en ce sens…

Emmanuel Macron avait déjà cherché cette année à avoir un échange direct avec les parlementaires puisqu’il avait convié à un déjeuner l’ensemble des présidentes et présidents de groupe des deux assemblées, ainsi que leurs bureaux. Déjeuner boycotté par ceux de LR, LFI, et des groupes communistes.

La légitimité électorale pour refuser le débat

Cette volonté de passer outre son gouvernement pour défendre lui même sa politique face à l’opposition est contradictoire avec la définition du rôle du Président de la République telle que posée par la Ve république. Si la constitution actuelle fait la part belle à l’éxecutif, au gouvernement et au Président de la République, la démocratie en France est dite parlementaire. Le Président n’est pas le chef du gouvernement, c’est le Premier ministre et ce dernier est responsable devant le parlement.

Cependant depuis que le Président de la République est élu au suffrage universel directement par les électeurs, son poids s’est considérablement accru. A ce titre, par sa conception du pouvoir, Emmanuel Macron se rapproche de la vision de De Gaulle et s’inscrit dans la tradition du césarisme, ou bonapartisme pour prendre une référence française.

Cette conception du pouvoir qui repose sur l’homme providentiel est en totale contradiction avec une conception de la démocratie qui ne se résume pas à un scrutin tous les cinq ans. L’invocation régulière par le Président de la République de sa légitimité électorale pour faire taire ses opposants est révélatrice. L’opposition à ses ordonnances sur le code du travail a ainsi été vivement attaquée comme étant une tentative de troisième tour social, aidée en cela par un candidat malheureux qui a cherché un second souffle sur le dos de la mobilisation.

There is no alternative

Comme en réponse au caractère profondément monarchique de sa démarche, le contenu du discours était lui ultralibéral. Le Président de la République a tenu un discours profondément emprunt de l’idéologie la plus libérale dans une démarche digne de l’ancien régime, une sorte de “en même temps” qui caractérise le macronisme.

Le premier message du discours présidentiel est qu’il n’y a pas d’autre alternative. Le fameux TINA (there is no alternative ; il n’y a pas d’alternative) hérité de la politique de Tatcher au Royaume-Uni. Macron a donc commencé par rappeler les circonstances de son élection l’année dernière, qu’il a résumé de la manière suivant :

“D’un côté le choix de la tentation et du repli, de l’autre la promesse républicaine”

La “promesse républicaine” a à la fin de son discours tracé ce qui selon lui est le débat public aujourd’hui. Il a affirmé que la “véritable frontière en Europe” se situait entre “progressiste” et “nationaliste”. Un moyen simple et efficace d’évacuer l’opposition à ses réformes économiques en binarisant le champ politique entre lui et les réactionnaires comme ceux qui ont pris le pouvoir en Autriche, en Italie et Hongrie.

Cette grille de lecture est bien commode, puisqu’elle permet d’évacuer tout débat sur le reste. Il n’existe plus de débat sur la nécessité de diminuer la dépense publique, plus de débat sur la réduction des solidarités, etc. Dans la même idée, il a également eu cette phrase :

“Une politique pour les entreprises, ce n’est pas politique pour les riches. C’est une politique pour toute la nation.”

Par ces propos le Président nie l’essence même de l’entreprise, son caractère capitaliste, son fondement sur le salariat, l’exploitation, et donc le fait que dans l’entreprise, il y a un patron et des salariés et que leurs intérêts sont divergeant.

Un aperçu des futures attaques du gouvernement contre les droits des travailleurs

Cette approche de l’entreprise comme d’une unité d’intérêt dans laquelle il n’y aurait pas d’affrontements et d’intérêts divergents s’est déclinée dans dans sa présentation de l’Etat providence du XXIe siècle. Le Président de la République a abordé une série de chantiers futurs, sur la pauvreté, l’assurance chômage, et les retraites, toujours dans l’optique de dénoncer le “pognon de dingue” consacré aux aides sociales.

Le Président de la République a sur ce sujet totalement abandonné le “en même temps”, il sait l’état de la gauche, et a l’intention d’en profiter. Il affirme donc avec force vouloir faire changer de philosophie le modèle social français, d’un outil pour améliorer globalement les conditions de vie, il souhaite en faire celui d’une pseudo égalité de “destin”.

“A mes yeux, le cœur même d’une politique sociale n’est pas d’aider les gens à vivre mieux dans les conditions dans lesquelles ils sont nés mais les aider à en sortir […] Pour moi c’est ça qui m’obsède : le modèle français doit choisir de s’attaquer aux racines profondes des inégalités de destin.”

Derrière cette volonté de faire sortir des conditions de naissance, il ne s’agit pas d’une volonté de renverser l’exploitation à laquelle est réduite la majeure partie de la population. Il s’agit davantage de mettre en avant quelques “success story” à base de “start-up” pour que les jeunes “rêvent de devenir milliardaires”.

Il prévoit de rencontrer les “100 premières entreprises françaises”, du moins les patrons ou les propriétaires, pour obtenir des “engagements sociaux”, tout en précisant qu’il s’interdit de recourir à la loi. Dans le même temps il explique le plus tranquillement du monde, que l’assurance chômage a pu “involontairement encourager le développement de la précarité”. Les patrons des “100 premières entreprises françaises” doivent être ravis de cette lecture.  

Il a développé une vision d’une protection sociale “plus universelle” composée de droits et devoirs tournée vers le retour à l’activité. Fustigeant un fonctionnement “statutaire”  de la solidarité, il a vanté sa réforme du financement de l’assurance chômage et présente la future réforme des retraites. Deux réformes aux ressors profondément idéologiques qui inscrivent assurément son action dans une révolution libérale que le président a l’intention de mener contre la protection sociale en France.