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Social-Eco

Macron : son ami c’est la finance

Macron a présenté son programme économique dans le très libéral journal « les Echos » et on comprend bien pourquoi.

Un candidat mystique pour un programme dogmatique

Ce qu’il nomme pompeusement  » [son] projet économique  » est davantage une application bête et méchante des dogmes libéraux qu’un projet.

Il entend ainsi respecter la règle des 3% maximum de déficit annuel de fonctionnement pour L’État.

Son projet économique  est davantage une application bête et méchante des dogmes libéraux qu’un projet.

Il propose également une réduction de la part de la dépense publique dans le produit intérieur brut d’environ trois points. Il chiffre cette réduction à environ 60 milliards d’euros.

Son troisième axe consiste à la mise en place d’un « nouveau modèle de croissance », à l’aide d’un plan d’investissement de 50 milliards d’euros sur 5 ans.

Un plan de désinvestissement

Sur l’emploi

Ce plan prévoit 15 milliards d’investissement pour « les compétences et les qualifications » afin de lutter contre le chômage. Le classique lien entre la formation et le chômage est loin d’être avéré. S’il est vrai qu’un diplôme permet d’accéder beaucoup plus sûrement à l’emploi, les jeunes sont la population la plus diplômée et aussi celle qui est la plus privée d’emploi.

Loin de souhaiter renforcer la formation tout au long de la vie et permettre aux travailleurs d’être en maîtrise de leurs outils de travail, son programme s’inscrit dans la suite du plan 500 000 formations rapides et sans avenir, destiné à un employeur, en février dernier il exposait ainsi sa pensée :

 » Je veux créer une vraie sécurité professionnelle. On vous trouvera une formation vraiment qualifiante. Le service public vous donnera accès à une nouvelle formation, et le demandeur d’emploi, une fois formé, devra accepter les offres qui lui sont proposées. « 

Sur l’écologie

15 milliards sont consacrés par le promoteur du bus diesel à la transition énergétique et écologique, le flou y côtoie le déjà vu. La somme est davantage destinée à « soutenir » l’investissement privé, il serait dommage qu’une telle transition se fasse sans dividende.

Lire aussi : Macron et sa transition écologique plutôt floue

Sur la santé

5 milliards sont consacrés à la santé, apparemment pour, entre autre, envoyer en « service sanitaire » de trois mois 40 000 étudiants prioritairement dans « les quartiers difficiles et dans les zones rurales ». Le reste de son programme consiste à laisser une plus large place aux couvertures complémentaires (donc en dehors de la Sécurité Sociale).

Sur l’agriculture

5 milliards sont attribués à l’agriculture, sujet sur lequel il se montre plutôt peu inspiré en proposant de moderniser les exploitations, favoriser les circuits courts ainsi que garantir un revenu de vie décent aux agriculteurs. Il est difficilement imaginable de proposer l’inverse.

Sur l’administration publique

5 autres milliards sont destinés à moderniser l’administration publique. Il faut comprendre, investir dans des systèmes numériques pour justifier des suppressions d’emploi. Si le numérique peut permettre des gains de productivité, il transforme davantage qu’il ne supprime les besoins de mains d’œuvre.

Sur la ruralité

Les 5 derniers milliards de son plan sont destinés aux transports et équipements collectifs locaux notamment à destination des communes rurales. Il résume ses propositions en la matière en 3 mots : « Investir, Libérer, Protéger », libre à chacun d’y comprendre ce qu’il veut.

Ce plan réduit l’action étatique à chacune de ses étapes, les grands chiffres d’investissements étant apparemment destinés à finir en dividende.

Une réforme fiscale pas très juste et pas très réfléchie

Sur le pouvoir d’achat

Les deux mesures phares sont la suppression des cotisations salariales et patronales sur le SMIC et la suppression de la taxe d’habitation.

La taxe d’habitation est particulièrement injuste. Calculée sur une valeur locative fixée il y a trop longtemps, elle n’est plus le reflet des réalités d’aujourd’hui. De plus elle touche l’ensemble des contribuables à partir du moment où ceux-ci vivent sur une commune, qu’ils soient propriétaires ou non.

Cependant sa promesse de remboursement aux communes des sommes perdues par la suppression de cette taxe apparaît mensongère quand il promet en parallèle de diminuer encore les dotations étatiques aux collectivités.

Si la taxe d’habitation mérite d’être supprimée il est nécessaire de réfléchir à un financement ambitieux des villes, pour qu’elles puissent continuer à fournir des services publics locaux de qualité et aux plus proches des besoins.

La suppression des cotisations salariales sur le SMIC est une vieille idée qui doit exister depuis que ces cotisations existent.

La suppression des cotisations salariales sur le SMIC est une vieille idée qui doit exister depuis que ces cotisations existent. Ces dernières, que ce soit la part salariale ou patronale, sont tout autant le fruit du travail du salarié. Qu’une partie de la valeur du travail aille nourrir les caisses de la sécurité sociale n’est pas un problème bien au contraire.

Macron promet un treizième mois avec leur suppression. Il promet également que ce treizième mois sera absorbé dans une complémentaire retraite et dans une complémentaire santé. L’intérêt pour le salarié est nul, en revanche pour les banquiers et autres financiers, ils pourront, contrairement à aujourd’hui, prendre leur part.

En bref, c’est le pouvoir d’achat des banquiers qui se trouve augmenté !

Sur les entreprises

On retrouve ici toutes les vieilleries libérales. Il entend entériner le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi (CICE) pour en faire un dispositif pérenne.

Macron, l’homme nouveau, propose donc de continuer la politique qu’il avait mise en place avec Hollande et avec le résultat qu’on connaît.

Macron, l’homme nouveau, propose donc de continuer la politique qu’il avait mise en place avec Hollande et avec le résultat qu’on connaît.

Il propose également de supprimer toutes les cotisations patronales sur les salaires au SMIC. Supprimer les cotisations patronales c’est augmenter les dividendes, en plus de mettre en difficulté financière la Sécurité Sociale.

Le patronat réclame la suppression des cotisations depuis leur mise en place. La nouveauté n’apparaît pas vraiment non plus.

Lire aussi : Macron et l’emploi: dans les pas de Hollande et Sarkozy

Pour la fin on a le droit à l’éternelle baisse du taux d’imposition des entreprises. Il prévoit ainsi de l’abaisser de 33,3% aujourd’hui à 25% à la fin du quinquennat, le tout en réduisant le déficit public.

Très concrètement il propose de fermer des hôpitaux pour accroître les profits des grands capitalistes.

Les dépenses publiques

Afin de redresser les finances du pays, Macron propose une répartition équitable des efforts à consentir. Cette répartition se fait sur les salariés, les salariés et à nouveau les salariés. L’équité pour Macron consiste visiblement à ne pas toucher les grands possédants.

L’équité pour Macron consiste visiblement à ne pas toucher les grands possédants.

Son premier poste de réduction des dépenses publiques est « la sphère sociale ». Il explique que puisqu’il a fait reculer le taux de chômage à 7%, les dépenses de l’assurance chômage diminueront. On imagine déjà surtout au vu de ses propositions concernant la formation professionnelle qu’on peut s’attendre à une véritable chasse au chômeur indemnisé.

Toujours un peu magicien, Macron explique maintenir les dépenses de santé autour de 2,3% du PIB. On peut supposer qu’il deviendra impossible de tomber malade une fois le seuil maximal de dépense atteint. Il est en effet inutile de s’attarder à rêver d’une refonte de la coûteuse médecine libérale.

Il entend rompre avec les baisses brutales de dotations au profit d’un plan quinquennal de diminution…

Son deuxième poste de réduction de dépenses sont les collectivités territoriales qui, après des années de chutes de budget, semblent encore représenter trop. Après les avoir privé d’une de leur principale recette comme on l’a vu précédemment, il entend rompre avec les baisses brutales de dotations au profit d’un plan quinquennal de diminution. Les usagers des services publics locaux apprécieront la différence.

Troisième et dernier point, une réduction sèche des dépenses de l’État uniquement dirigée sur la fonction publique. Macron promet ainsi « une réduction réaliste et différenciée des postes dans la fonction publique d’État ». Ce qu’il faut comprendre c’est que des choix seront faits et les fonctions non régaliennes seront sacrifiées.

Lire aussi : Macron, sa mauvaise blague sur l’université

En conclusion, Macron le neuf, propose un programme économique qui peine franchement à se démarquer de celui proposé par Fillon ou encore celui mené par Hollande.

Macron déclarait qu’il voulait offrir une vision à la France. Son programme démontre le contraire ce n’est pas une vision, mais une lecture à la lettre des dogmes de l’économie libérale.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde