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INTERNATIONAL

Macron de l’Algérie au Qatar, une diplomatie business digne du vieux monde

Mercredi le président de la République était en Algérie pour une première visite officielle, il s’y était déjà rendu en tant que candidat mais aussi en tant que ministre de l’économie. Jeudi il était au Qatar pour annoncer la signature de plusieurs importants contrats notamment d’armement.

Macron en Algérie, l’homme nouveau amnésique

Macron est un homme neuf, jeune, qui se plait à rappeler qu’il est l’incarnation du renouveau, du nouveau monde. Il se trouve qu’il est le chef d’un des Etats les plus anciens d’Europe avec un passé au moins autant chargé de crimes que de gloires. En Algérie, nettement plus de crimes que de gloires.

Le voyage d’un président de la République française en Algérie, est nécessairement un moment particulier. Le chef de l’Etat le savait et en a joué. Et même surjoué. Quand un jeune algérien l’interpelle sur le passé colonial de la France, Macron lui demande son âge pour finir par lui répondre :

“Mais vous n’avez jamais connu la colonisation ! Qu’est-ce que vous venez m’embrouiller avec ça ? Vous votre génération, elle doit regarder l’avenir”

Si le nouveau monde, était bien conscient que cette question serait un passage obligé de sa visite, le président de la République n’est pas venu pour des questions mémorielles. L’homme nouveau est un homme de marché et il est venu parler argent.

La bourgeoisie françafricaine pas inquiétée

L’avenir vers lequel Macron a invité les jeunes algériens à regarder c’est celui de la place des investissements français dans l’économie algérienne. Il ne s’agit plus de relation néocoloniales, promis. La françafrique c’est le vieux monde, Macron l’enterre une énième fois. Il l’a dit dans un long interview à El-Watan :

“La Françafrique, c’est un monde d’un autre temps, un monde de réseaux et de connivences, un monde du passé.”

Le président français entend dans la lignée de son discours à Ouagadougou ouvrir une nouvelle page des relations entre la France et l’Afrique. Des relations plus saines qui permettent un développement mutuel, il s’engage à ce que ces investissements permettent :

“D’agir dans la transparence. De développer l’emploi local. D’être à l’avant-garde en matière de responsabilité environnementale. D’investir dans la formation professionnelle des jeunes. “

Comment ?

“J’ai demandé à nos entreprises d’être exemplaires en Afrique.”

Faire confiance à l’entreprise est également un mode de fonctionnement du nouveau monde. Qu’importe que tout porte à croire que c’est totalement illusoir. L’homme nouveau est confiant avec les puissants.

Macron, VRP de l’armement

Le lendemain, le président de la République était au Qatar. Visite certainement pas désintéressée mais également en forme de geste vis à vis de l’Iran. La neutralité est une bonne alliée du business. La France a à coeur de ne pas paraître choisir un camp entre l’Arabie Saoudite et l’Iran dans la crise régionale.

Le royaume saoudien maintient le Qatar sous pression depuis cette été lui reprochant une trop grande proximité avec son ennemi. La visite surprise de Macron à Ryad à la suite d’un voyage aux Emirats Arabes Unis avait pu donner l’impression que Paris avait choisi son camp.

Si officiellement la France ne prend pas parti, elle ne reste pas passive cependant. En vendant plusieurs dizaines d’avions de combat à l’émirat propriétaire du PSG, le pays des droits de l’homme alimente une dangereuse course à l’armement régionale. Difficile d’y voir un renouveau politique, tant la transformation du chef de l’état en VRP des multinationales françaises, notamment d’armement, est ancienne.

La vieille diplomatie au service du nouveau monde

Le détail des différents contrats aussi bien civils que militaires importe peu, les gros titres se seront arrêtés sur la facture finale de 11,1 milliards. Somme dont il est difficile de savoir si elle sera réellement payée dans son intégralité et surtout quelle proportion ira se perdre dans des paradis fiscaux.

Les différents articles de presse détaillent également l’historique des ventes d’armes françaises à l’exportation façon roman feuilleton. L’utilisation de ces armes ne sera jamais interrogée. Le président de la république est lui loué pour sa force de vente, sans qu’il soit questionné si le chef de l’Etat a bien été élu pour remplir les poches des actionnaires de ces multinationales.

Il semble que l’homme neuf est du mal à l’être à l’international. Dailleurs la vente d’avions de combat au Qatar n’a pu se faire sans mentionner le nom de l’ancien ministre de la Défense, Le Drian actuel ministre des affaires étrangères. La diplomatie au service des intérêts d’une seule classe a semble-t-il très largement survécu à la recomposition politique, comme elle avait survécu aux différentes alternances.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde