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FRANCE

Macron, monarque méprisant

Le Président de la République a une nouvelle fois étalé son mépris pour les pauvres dans une comparaison hasardeuse entre la mort du colonel Beltrame et la dénonciation de la baisse des APL. Une nouvelle sortie qui vient s’ajouter à une longue liste de formules particulièrement méprisantes.

Une longue liste de déclarations fracassantes

Emmanuel Macron a commencé sa carrière de ministre de l’économie par une fracassante déclaration dans la matinale d’Europe 1. Souhaitant illustrer les besoins de réforme du passage du permis de conduire, trop cher et trop long, il prend l’exemple des salariés licenciés de Gad.

« Il y a dans cette société une majorité de femmes, pour beaucoup illettrées. »

La phrase provoque de vives réactions, une salariée ne manque pas à l’époque de faire remarquer qu’elle arrive à remplir sa déclaration d’impôt contrairement à un certain ministre. A la décharge d’Emmanuel Macron il est alors ministre d’un gouvernement dont le Président de la République était accusé de qualifier de « sans-dents » les pauvres de notre pays.

Moins installé qu’aujourd’hui, probablement moins sûr de lui, le ministre de l’économie s’excuse à l’époque de sa phrase malheureuse. Un an et demi plus tard, il ne prendra pas la peine de s’excuser lors de la loi El-Kohmri quand il invective un opposant :

« Vous n’allez pas me faire peur avec votre T-shirt . La meilleure façon de se payer un costard c’est de travailler. »

Un an plus tard, c’est nouvellement élu président de la République qu’il expose sa vision du nouveau monde. A l’inauguration d’un incubateur d’entreprises, de start-ups, il lancera de façon aussi lyrique qu’insultante.

« Une gare, c’est un lieu où l’on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien. »

Il n’a pas encore déployé sa théorie du premier de cordée, mais déjà il notait bien qu’il y avait deux camps dans une société capitaliste et qu’il était l’instrument de l’un contre l’autre. Si sa conception très personnelle du pouvoir et sa fascination pour les symboles monarchiques on souvent amené à voire dans Macron un aristocrate, ses politiques comme ses déclarations montrent qu’il est le champion de la bourgeoisie.

Des déclarations de plus en plus ciblées

L’exercice du pouvoir use toujours, et quand on a du mal à masquer son mépris, son agacement vis à vis de l’opposition est encore plus difficile à camoufler. Alors que son gouvernement vient de baisser les APL et supprimer plusieurs milliers d’emplois aidés au milieu de l’été, le Président de la République défend ses ordonnances et sa politique lors d’un discours à Athènes.

« Je serai d’une détermination absolue et je ne céderai rien ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. »

Cette déclaration quatre jours avant la manifestation du 12 septembre, première d’une longue série, sonne comme une provocation. Le Président tentera d’expliquer que ces mots visaient les dirigeants précédents des différents pays européens.

Un mois plus tard en visite au sein de l’entreprise GM&S en liquidation judiciaire, il les gratifie d’un magnifique conseil en aparté.

« Certains, au lieu de foutre le bordel feraient mieux d’aller regarder s’il y a des postes [ailleurs]. »

Cette fois s’il ne cherche ni à s’excuser et à peine à se justifier il remettra même une couche une dizaine de jours plus tard.

« […] certains bloquent tout, se mêlent à des activistes violents, font tout pour bloquer des choses. Non pas pour retrouver un emploi mais pour toucher la supra légale, c’est à dire un petit plus d’argent. Je ne l’accepte pas. »

Inacceptable pour le Président de se mobiliser sur le montant de sa prime de licenciement. Il faut y voir une certaine logique avec le plafonnement des indemnités pour licenciements abusifs. Il faut également y voir les intérêts d’une classe et son opposition radicale aux intérêts de l’autre.

Un mépris de plus en plus affiché

Au journal télévisé de 13h de TF1, le Président de la République a cru bon de faire part de ses lumières aux étudiants mobilisés contre la loi Orientation et Réussite des étudiants.

« C’est que s’ils [les étudiants] veulent avoir leurs examens en fin d’année, c’est mieux de les réviser, parce qu’il n’y aura pas d’examens en chocolat dans la République »

Il avait auparavant tenu à préciser que pour lui les universités occupées l’étaient non pas par des étudiants mais « des agitateurs professionnels », « des professionnels du désordre ». Cette délégitimation systématique de toute opposition, le refus de tout débat, dépasse le seul cadre du Parlement. Le Président marque par son discours sa conception monarchique du pouvoir, à toutes les critiques sur son refus du débat, il rappelle sa légitimité acquise par les urnes.

Ainsi il déclarait devant Bourdin et Plenel refuser de « céder à la tyrannie de certaines minorités ». Dans un renversement saisissant, le Président de la République, fort d’une immense majorité à l’Assemblée Nationale qui  lui est entièrement acquise, dénonce la tyrannie de ses opposants. Il n’y a pourtant pas de tyrannie sans pouvoir et le pouvoir c’est lui qui le détient.

Dernièrement dans un document à sa gloire sur BFMTV, il a commis une nouvelle déclaration dont le mépris est tellement grand qu’il est nécessairement sincère. Il n’y a en effet aucun intérêt pour le Président de la République à surjouer un tel mépris.

« Le colonel Beltram, il est mort parce que la France, ce sont des idées, des valeurs, quelque chose d’une guerre qui le dépasse. Les gens qui pensent que la France, c’est un espèce de syndic de copropriété où il faudrait défendre un modèle social qui ne sale plus  […] et qui pensent que le summum de la lutte c’est les 50€ d’APL, ces gens là ne savent pas ce que c’est que l’histoire de notre pays. »

Cette déclaration ne sera probablement pas la dernière. Emmanuel Macron a encore quatre ans devant lui pour pousser le mépris toujours un peu plus loin. Ce qui est certain c’est que l’indignation suscitée par ses propos ne dure pas , ce qui dure ce sont les politiques menées et l’idéologie qui dirige la France.

Le Président ne se livre pas à des écarts de langage mais bien à des révélations par petites touches de sa conception du monde et du pouvoir. Pour lui il n’y a qu’un seul chemin qui soit possible, qui soit juste, c’est le sien. Tous ceux qui se mettent en travers sont « ceux qui ne sont rien », « les fainéants, les cyniques, les extrêmes », ceux qui portent des T-shirts à défaut de costard. Ceux qui jeunes ne voulaient pas « devenir milliardaires ».

Et parce que le mépris de classe n’est jamais très loin du racisme…

Quelques semaines après son investiture, le Président de la République s’était livré au mieux à une blague de très mauvais goût au pire à une sortie particulièrement raciste :

« Le kwassa-kwassa pêche peu il ramène des comoriens »

Ce bateau de pêche est largement utilisé pour effectuer la traversée depuis l’archipel des Comores à l’île de Mayotte et plusieurs milliers de personnes sont mortes lors de ces traversées. La plaisanterie de la part du chef de l’Etat colonisateur de Mayotte et donc largement responsable de la situation est particulièrement mal venue…

Au début du mois de juillet suivant, le Président français en marge d’une réunion du G20 pour le développement de l’Afrique a livré une analyse particulièrement choquante sur la situation du continent.

« Quand des pays ont encore aujourd’hui sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. »

Niant plusieurs siècles de colonisation européenne sur le continent africain, le Président de la République se fait ici le porte voix d’une idéologie misogyne, paternaliste et raciste.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde