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Manifestations pour George Floyd : la perspective des jeunes communistes des États-Unis

Alors que les États-Unis s’embrasent depuis la mort de George Floyd, homme noir de 46 ans tué par la police à Minneapolis le 25 mai dernier, Avant-garde a demandé aux jeunes communistes leur analyse de la situation.

Au vu des manifestations dénonçant la mort de George Floyd, il est important de noter que l’institution même du maintien de l’ordre prend racine dans le commerce esclavagiste, chez les propriétaires de plantations, avec les attrapeurs d’esclaves (slave catchers) au cours des XVIIIe et XIXe siècles dans ce pays. Quand les esclaves ont été émancipés sur le papier par Abraham Lincoln en 1863 avec la Déclaration d’émancipation, les attrapeurs d’esclaves ne purent plus se prévaloir de la Loi sur les esclaves fugitifs et poursuivre les esclaves noirs dans le nord, où ces derniers n’étaient plus considérés comme des propriétés. La guerre de Sécession s’est terminée en 1865, après quatre longues années de combats entre l’Union menée par Lincoln (le Nord) et la Confédération menée par Jefferson Davis (le Sud). Durant la période qui a suivi, appelée Reconstruction, le 13e amendement à la Constitution américaine a interdit l’esclavage, le 14e accordé la citoyenneté aux Afro-Américains et le 15e donné le droit de vote aux hommes noirs.

La réaction à ces réformes a été très violente, en particulier dans le Sud, où les suprémacistes blancs, tels que le Ku Klux Klan, ont organisé des bandes d’anciens soldats confédérés cagoulés, pour entrer dans les communautés noires et les terroriser, dans l’objectif de les dissuader par la peur d’exercer leurs nouveaux droits démocratiques. L’institution policière moderne se comporte de façon similaire, mais, au lieu de cagoules blanches, ses membres portent des uniformes bleus.

La guerre de Sécession s’est finie en 1865, mais ce n’est qu’avec le Civil Rights Act de 1964 et le Voting Rights Acts de 1965, appliqués un siècle après, que la ségrégation raciale dans le Sud de Jim Crow [du nom d’une série de lois et règlements instituant cette ségrégation] a été mise hors-la-loi. Avant cela, les Afro-Américains ne pouvaient même pas manger dans les mêmes restaurants ou se rendre dans les mêmes hôpitaux que les Américains blancs, jusqu’à la fin des années 1960 dans de nombreux cas. Les dernières écoles publiques ont été intégrées racialement aussi tardivement qu’en 1980 à Columbus (Ohio), un état du Nord ! Mais la violence contre les Afro-Américains n’est pas nouvelle. La différence, c’est qu’aujourd’hui elle est filmée.

L’implication de la police et du FBI dans l’assassinat de leaders noirs comme Malcolm X et Martin Luther King dans les années 1960 a laissé place à la chasse aux sorcières dont a été la cible la dirigeante du CPUSA Angela Davis, au début des années 1970. Les manifestations de masse, émeutes et efforts internationaux pour condamner ces événements ont constitué un tournant historique dans l’histoire de notre pays. Les émeutes provoquées par l’affaire Rodney King au début des années 1990 sont l’exemple le plus récent de ces manifestations.

Les émeutes suite aux meurtres de Trayvon Martin, Tamir Rice, Michael Brown et Éric Garner au cours de la dernière décennie ont donné au mouvement Black Lives Matter ; mais désormais, les revendications ont changé. Ces dix dernières années, les revendications demandaient par exemple une force de police plus diverse et équipée de caméras d’intervention, une présence policière multiraciale dans les communautés noires et brunes [latinos]. Aujourd’hui, elles ont évolué vers la demande de l’abolition de l’État policier au bénéfice total d’une surveillance des quartiers contrôlée par la communauté.

La lutte contre le racisme et celle contre le capitalisme sont entremêlées. La conscience de classe est à la hausse, produit de la lutte contre le gouvernement néofasciste de Trump, qui utilise l’institution de la police comme son armée privée. Trump a même fait appel à la garde nationale pour réprimer les manifestations et remettre les activistes noirs « à leur place ». Le capitalisme a besoin du racisme pour survivre. C’est ainsi que la classe dominante maintient la classe laborieuse divisée. Le fait que les manifestants demandent l’abolition de l’État policier signifie que des revendications massives pour que le socialisme remplace le capitalisme pourraient être proches, car les travailleurs s’unissent autour de sujets tels que le combat contre le racisme et pour bénéficier d’une couverture de santé universelle, en pleine pandémie de Covid-19. Les jeunes mènent le combat contre la violence policière raciste depuis la création du mouvement Black Lives Matter, il y a près de dix ans. Les activistes plus âgés restent à distance de ces manifestations, en particulier maintenant, du fait de la pandémie de Covid-19, mais également, car elles sont souvent réprimées par des forces de police militarisées, et que les jeunes activistes sont conduits en prison, où ils ne sont pas autorisés à passer d’appels téléphoniques et où le virus se propage le plus rapidement.

La violence policière raciste existe, quel que soit le parti politique pro-multinationales (corporate political party) au pouvoir, démocrate ou républicain. Trayvon Martin, Michael Brown, Tamir Rice et d’innombrables autres ont été exécutés par des agents de police racistes alors qu’Obama était président. Plus récemment, George Floyd a été assassiné à Minneapolis (Minnesota), où le maire et le gouverneur de l’état sont tous deux démocrates. Cependant, le racisme devient plus évident avec un gouvernement néofasciste au pouvoir. Trump encourage et habilite ces racistes à perpétrer leurs actes meurtriers contre les communautés de couleur plus qu’en temps normal. Leur état d’esprit est le suivant : « si le président agit comme cela, alors pourquoi ne le pourrais-je pas ? ». De plus, Obama n’a jamais décrété de couvre-feu ou fait appel à la garde nationale et à la police antiémeute pour réprimer de soulèvement dirigé par Black Lives Matter. De fait, la ville de New York connaît son premier couvre-feu depuis 1943. La situation a changé : d’un désastre néolibéral, nous sommes passés à un État fasciste policier.

La Ligue des jeunes communistes des États-Unis (YCL USA) suit l’exemple de son parti frère, le Parti communiste des États-Unis (CPUSA), en appelant à participer massivement à ces manifestations pacifiques, qui ne deviennent violentes qu’après le couvre-feu, quand la police charge les foules de manifestants pacifiques. La YCL USA participe aux initiatives d’aide mutuelle aux victimes du coronavirus et aux manifestants arrêtés, en leur apportant de l’eau, de la nourriture, du gel hydroalcoolique et des masques lorsqu’ils sont relâchés le matin suivant.Nous participons aux manifestations pacifiques en distribuant des textes et en recrutant dans nos rangs de jeunes activistes du mouvement Black Lives Matter. Nous décourageons nos membres de participer aux émeutes violentes qui ont lieu la nuit, mais certains de nos camarades ont été arrêtés pour avoir manifesté pacifiquement. Nous payons la caution de ces camarades le matin suivant, participons aux manifestations durant la journée et les poursuivons pendant la nuit. Ceci étant dit, nous ne condamnons pas les « pilleurs violents », qui ont tendance à voler dans les commerces locaux et, surtout, aux grandes entreprises, dans le but de revendre les objets dérobés pour payer leur loyer et acheter de la nourriture. Le chômage reste un problème en pleine pandémie de coronavirus et on peut donc dire que la YCL USA mène le combat sur trois fronts : affronter le racisme, préserver la communauté du Covid-19, et travailler à la constitution de conseils de chômage pour les travailleurs qui ne peuvent survivre correctement au vu des terribles circonstances actuelles.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde