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INTERNATIONAL

La méditerranée transformée en charnier

Dans un rapport publié aujourd’hui, Amnesty International dresse un bilan effrayant du passage des migrants de la Libye à l’Italie. Entre trafic d’êtres humains, état failli et politiques migratoires coupables, la mer méditerranée devient un gigantesque charnier.

Des routes migratoires changées

L’ONG note dans la première partie de son rapport que les routes migratoires ont évolué fortement suite à l’accord conclu entre l’Union Européenne et la Turquie. Plus généralement le renforcement des contrôles aux frontières terrestres poussent un nombre croissant  de personnes à tenter leur chance par la mer.

La nationalité des migrants a également évolué. Ainsi le nombre de syriens et d’érythréens a fortement diminué, on trouve davantage de soudanais et plus globalement d’originaires de l’Afrique subsaharienne. Un nombre croissant de Bangladais a été constaté, conséquence directe de la fermeture de la frontière turque.

La seule constante est un nombre toujours très élevé de candidats à la traversée, sur la première moitié de 2017, le nombre a été supérieur à la même période en 2016, année pourtant record. Loin des fantasmes le nombre reste toutefois bien modeste une fois rapporté à la population européenne. 181 000 migrants sont passés par cette route, quand la population de l’Union Européenne est de 510 millions.

Une modification profonde de l’économie des passeurs

L’ONG note que les méthodes des trafiquants, qui font payer la traversée aux migrants, ont profondément évoluées sous l’influence des nouvelles politiques européennes. Les passeurs utilisaient des embarcations en bois et fournissaient très souvent un téléphone satellitaire. Si les embarcations étaient surchargées, les vivres et le carburant insuffisants, c’était dans une proportion toute différente.

La mise en place de la mission militaire « Sophia » destinée à gêner le trafic d’êtres humains et compliquer la tâche des passeurs a eu des effets particulièrement tragiques pour les migrants. Les embarcations utilisées ne sont plus en bois mais sont des canots pneumatiques, beaucoup moins stables et nettement plus surchargés. Ce changement est intervenu en réponse à la confiscation des embarcations par la force de l’union européenne.

Les téléphones satellitaires se font de plus en plus rares compliquant les missions de sauvetages. Alors que 80% des sauvetages en 2015 faisaient suite à un appel, ils ne sont plus que 45% en 2016. Parallèlement les départs se font de plus en plus de nuit dans des mauvaises conditions atmosphériques.

Ces différents facteurs conduisent à ce que les missions de sauvetages se fassent de plus en plus proche des côtes libyennes. Les migrants sont également de plus en plus affaiblis et dans des conditions de santé précaire. Le taux de mortalité est ainsi passé de moins de 1% après l’arrivée de Frontex, à 2,5% en 2016 avec la nouvelle politique, et pour cette année, est déjà à 2,7%.

Une politique migratoire criminelle

En militarisant ses frontières maritimes et mettant l’accent sur l’aspect répressif du déploiement de ses forces navales, l’Union Européenne condamne de fait des centaines de migrants à périre. Le gros des sauvetages est fait par les ONG, les gardes côtes italiens et les bateaux de commerce. Les bâtiments déployés dans les cadres des opérations frontex et « Sophia » sont loin derrière selon les chiffres donnés par Amnesty.

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Plus grave encore, la volonté de l’UE de s’appuyer sur les gardes côtes libyens, ou plus généralement les autorités libyennes pose question. La Libye, qui n’a jamais été un havre de respect des droits de l’homme, est plongée dans le chaos le plus total depuis près de 6 ans. Le pays ne fait par ailleurs pas partie de la convention sur les réfugiés.

Les exactions et les rackets subis par les migrants dans ce pays sont largement connus et documentés. Pourtant l’UE finance les garde côtes libyens pour qu’ils empêchent les départs des migrants. En pratique, ils les emprisonnent afin de les racketter. Lorsque des embarcations sont en perdition à proximité des eaux territoriales libyennes, ils n’hésitent pas à tirer en l’air pour intimider les ONG venues les secourir.

La politique de l’UE est d’autant plus indéfendable, que le trafic d’êtres humains est en plein essor en Libye, il est absurde de compter sur un état failli qui y contribue pour y mettre fin.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde