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Social-Eco

Montebourg, plus patron que socialiste

Arnaud Montebourg, le plus patron des ex-socialistes français a dénoncé la revendication des 32 h estimant qu’elle s’opposait à l’augmentation des salaires. On vous explique pourquoi c’est complètement con. 

Diminuer le temps de travail et augmenter les salaires revient au même

Dans ses travaux, Marx définit le salaire comme la part de la valeur produite nécessaire à la reproduction de la force de travail. Il nomme l’extorsion de l’autre part de la valeur produite l’exploitation.

À l’échelle du patron, diminuer les salaires ou augmenter le temps de travail sont deux leviers pour augmenter sa part dans la valeur produite. 

L’affrontement sur les salaires et le temps de travail entre les salariés et la bourgeoisie est au cœur de la lutte des classes. Les grandes victoires ouvrières du XXe siècle se caractérisent par des augmentations de salaire et des diminutions du temps de travail. On peut noter la journée de 8 h, les congés payés (qui diminuent le temps de travail sur l’année), la retraite (diminution du temps de travail sur la vie), l’augmentation du SMIC en 1968, etc.

Inversement, on a vu ces dernières années un mouvement inverse réactionnaire : défiscalisation des heures supplémentaires, allongement de la durée de cotisation pour la retraite, recul de l’âge légal de départ, etc.

Opposer une diminution du temps de travail à une augmentation de salaire n’a donc pas grand sens dans l’affrontement entre le monde du capital et celui du travail. On comprend toutefois la position d’Arnaud Montebourg en tant que chef d’entreprise, un peu moins en tant que politique se réclamant de la gauche.

Un passage à 32 h correspond à une augmentation de salaire de moins de 10%

Il est possible toutefois de se dire qu’une heure de travail économisée diminue peut-être l’exploitation, mais ne remplit pas l’assiette. C’est sans doute ce qu’a voulu souligner l’ancien ministre de François Hollande. 

Combien représenterait une augmentation de salaire égale au passage aux 32 h ?

Faisons le calcul. Aujourd’hui, la durée légale de travail hebdomadaire est de 35 h. Diminuer cette durée à 32 h représente donc une diminution de 3 h. 

Le salaire est horaire. Si on prend le taux légal le plus bas, il est de 10,48 € pour le SMIC brut. Pour un salarié qui travaille à temps plein sur un mois, on va simplifier le calcul en considérant qu’un mois à temps plein correspond à quatre semaines de travail effectif. 

Ce qui donne 35 h x 4 x 10,48 €/h pour un total de 1467,2 € brut. 

Le même salarié à 32h travaillera 128 heures (32 h x 4), son taux horaire sera donc de 11,4625 €.

Ce même taux horaire sur une durée de 35 h conduit à un salaire brut mensuel de 1604,75 €. Un produit en croix plus tard ((1604.75-1467.2)/1467.2*100), il s’agit donc d’une augmentation de 9,375%.

On ne crachera pas dessus, mais on est loin de la revendication de la CGT de porter le SMIC à 2000 € brut mensuel.

L’opposition entre les 32 h et l’augmentation des salaires révèle une ambition lilliputienne de la part de l’ancien ministre du Redressement productif. On peut aussi y voir une sorte d’hommage mou au « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy avec un « travailler autant pour gagner un peu plus ».

Une approche statique

Cependant, raisonner ainsi relève d’une approche extrêmement statique. La réduction du temps de travail hebdomadaire ne peut s’apprécier à l’échelle d’un seul salarié. 

Le passage à une semaine de quatre jours aura des répercussions bien plus larges. On peut espérer des créations d’emplois dans un certain nombre de secteurs. 

Premièrement, parce qu’il sera nécessaire de compenser la moindre présence des salariés actuels. 

Deuxièmement, car en libérant du temps libre, on permet aux salariés de profiter davantage de loisirs, de sorties, etc. Si la seule réduction du temps de travail n’augmente pas les revenus, on peut penser qu’une partie des dépenses dans des biens de consommations importées soit redirigée dans des activités qui créent des emplois en France. Moins d’Amazon, plus de bistrots. 

La réduction du chômage peut alors créer les conditions d’une augmentation générale des salaires dans le cadre du marché de l’emploi. 

L’opposition entre augmentation des salaires et diminution du temps de travail démontre une vision figée du monde peu compatible avec des politiques de transformation.

Pour un candidat qui se réclame de la remontada, Arnaud Montebourg semble penser qu’il suffit de mener à la mi-temps pour gagner le match. 

Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde