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Moraliser la vie politique ?

Cet article reflète le point de vue de son auteur et non celui de la rédaction d’Avant-Garde

Affaire François et Pénélope Fillon, affaire Cahuzac, affaire Le Pen, affaire Leroux. A chacune des révélations de scandales financiers, ce sont les mêmes rengaines qu’on vient nous asséner : il faudrait moraliser la vie politique, rendre nos élus plus vertueux.

Ce n’est pas une question de morale

Disons le clairement, la morale n’a rien à voir avec ces affaires, pas plus que la vertu ou je ne sais quelle probité politique. Ces scandales à répétition n’ont rien à voir avec cela. Ils ne sont que le reflet d’un système, et pas n’importe lequel, le système capitaliste.

Dans une société basée sur la recherche effrénée du profit, où la seule marque de réussite est la taille de son portefeuille, comment s’étonner que des affaires de ce type viennent éclabousser les représentants les plus zélés de la classe dominante ? Le système politique n’est en effet que le miroir et la conséquence du système économique, comme nous l’a appris Marx.

Un système au service d’intérêts particuliers

En effet, on peut tourner le problème de la manière qu’on le souhaite, le résultat sera le même : la recherche du profit entraîne la fraude, la richesse comme seule objectif implique des moyens illégaux pour l’atteindre. Il apparaît donc clairement que notre système politique ne doit pas être moralisé, mais doit tout simplement être changé, de fond en comble.

Avant d’aller plus loin, une précision s’impose. Il ne s’agit pas de mettre les politiques dans le même sac. Je ne crois pas en la thèse du tous pourris, bien au contraire. On parle ici des hommes et femmes politiques des partis dominants, dont le seul but est de servir les intérêts des classes dominantes, et donc par ce fait, leurs propres intérêts. Les élus communistes, progressistes, eux ne se rendent pas coupable de tels agissement. Non pas qu’ils soient plus vertueux, mais ils sont juste dans une position de combat face au système, et non d’accompagnement.

Des responsables politiques qui défendent ces intérêts

Tout d’abord, comme dit plus haut, tout cela n’a rien à voir avec la morale. Bien au contraire. Pour ceux et celles qui se rendent coupable de tels délits, il n’y a là rien de choquant, rien d’étonnant. Il n’y a qu’à voir les réactions de François Fillon, puis de Bruno Leroux suite au dévoilement de leurs affaires : pour eux, rien d’anormal, rien d’étonnant. Il est normal pour eux d’embaucher sa femme et de lui verser des salaires exorbitants sans avoir à s’en justifier. Pire, pour l’ex Ministre de l’Intérieur socialiste, verser plus de 55 000 euros en tout à ses deux filles encore lycéennes n’est ni plus ni moins…..que de l’argent de poche !

Ces gens là donc, ne se rendent coupable d’aucun crime d’immoralité, au contraire, ils agissent dans leurs intérêts. Et la recherche de ceux-ci exclue inévitablement toute considération éthique.

C’est le capitalisme qui est en cause

Il en est de même pour les rapports entre politiques et dirigeants de grands groupes privés. N’oublions pas d’où ce petit monde vient : des mêmes quartiers, des mêmes écoles, des mêmes lieux de loisirs, de discussion… Ici encore, on assiste simplement à un microcosme -les dominants, les exploiteurs- qui fonctionne en vase clos, sans aucune considération pour ce qui les entoure. Ainsi, lorsqu’un banquier d’affaire devient Ministre de l’Economie, il n’y a là aucune contradiction ou problème de morale : celui-ci va continuer à servir les mêmes intérêts, avec la même idéologie néo-libérale , mais d’une autre manière. Un coup chez les banquiers, un coup dans les ministères . Mais le résultat est le même . Il n’y a donc pour ces personnes là aucune incohérence à cette consanguinité entre ministre, dirigeants d’entreprises, directeurs de cabinets, éditorialiste dans les médias dominants : elle est normale et même souhaitable. C’est le système capitaliste lui même qui produit ces phénomènes.

Pour le dire autrement, dans un système où l’économie prend le pas sur toute considération politique ou sociale, ce n’est pas l’intérêt général qui domine, c’est l’intérêt particulier d’une minorité. Les élus des partis dominants, soumis à des intérêts privés ne sont pas aujourd’hui des acteurs autonomes : ils ne sont que la partie visible de l’iceberg, et ne sont finalement que les portes paroles -ou les laquais- des classes économiques dominantes. Demander à ces personnes de faire preuve de moralité reviendrait à vouloir faire boire l’âne qui n’a pas soif.

Passer des représentants d’une classe…

Une fois ce constat fait, il ne s’agit pas de sombrer dans un « tous pourris » improductif et démocratiquement dangereux. Il s’agit de comprendre qui est l’ennemi, et comment le combattre . L’ennemi n’est pas le député qui fraude, l’ennemi est le système économique qui permet à cet individu d’agir de la sorte.

Les solutions ne peuvent donc être de vaines incantations à la moralité politique, ou à une demande d’éthique particulière. Dire cela, c’est passer à côté du problème principal.

Pour agir efficacement contre ces abus, il faut donc s’attaquer à la racine du problème : la domination des élites économiques sur la société. Il s’agit donc de couper les liens entre dirigeants économiques et dirigeants politiques. Pour cela, il faudrait donc interdire tout simplement la pratique dévastatrice du pantouflage, qui consiste à passer allègrement du privé a u public, puis du public au privé et ainsi de suite jusqu’à avoir accompli une carrière faste et enrichissante. Au delà, de cela, il s’agit de mettre l’économie et les intérêts privés au pas . Dompter le tigre donc. Et là encore, de vrais solutions existent : nationalisations des secteurs clés de l’économie, participation des travailleurs au processus de décisions, réquisition en coopérative des travailleurs en cas de fermetures d’usines. Par cette action conjointe, peut être peut on espérer avoir des élus qui se soucieront uniquement de l’intérêt des classes populaires et du peuple en général.

… à des représentants du peuple!

Pour autant, cela ne signifie pas qu’il ne faut pas agir sur les règles du jeu politique. Comme nous l’avons dit plus haut, les politiques aujourd’hui ne sont plus soumis à une responsabilité devant les citoyens, mais bel et biens devant les grands groupes capitalistes. Il faut donc inverser cette hiérarchie et rendre les élus responsables devant le peuple qui les a élu.

En effet, la corruption se développe aisément en cas d’absence de contrôle citoyens sur leurs représentants . Rappelons cette idées simple : , les élus ne sont que les représentants du peuple, et à ce titre, ont donc des comptes à leurs rendre. Ici, aussi, des moyens existent, et ils sont déjà en place dans certains pays : mandats impératifs pour obliger les élus à mettre en œuvre leurs promesses, révocation des élus si ceux-ci manquent à leurs obligations… En deux mots, il s’agit de refaire vivre la démocratie, qui n’en a aujourd’hui que le nom, tant celle-ci n’est plus que réduite à un spectacle navrant pour savoir qui saura être le plus servile vis à vis des puissances de l’argent.

Il faut affirmer clairement que la prétendue moralisation de la vie politique que l’on veut nous vendre n’est que de la poudre aux yeux. En reléguant la corruption à l’aspect psychologique de ceux qui s’en rendent coupable, on préserve un système économique, qui, tant qu’il reposera sur la recherche effrénée de profit et la propriété privée des moyens de productions dans les mains d’une minorité, ne sera jamais rien d’autre qu’une machine à produire des corrompus, des fraudeurs (les vrais, ceux des paradis fiscaux), bref, des êtres non pas immoraux ou non éthiques, mais des serviteurs zélés des classes dominantes.