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« Nous partageons l’exigence de justice et vérité et réitérons notre appel au calme » entretien avec Robin Salecroix élu à Nantes

Nantes a connu plusieurs nuits d’émeutes dans ses quartiers les plus populaires à la suite de la mort d’un jeune homme de 22 ans, tué par la police en tentant de se soustraire à une interpellation. Nous sommes allés interroger Robin Salecroix, élu municipal à Nantes et élu de quartier aux Dervallières.

La mort de Aboubakar est intervenue alors que le quartier du Breil, était sous surveillance renforcée suite à des tirs qui ont fait un blessé quelques jours auparavant, quelle explication donnez-vous de cette épisode ?

Le drame qui a secoué le quartier avec la mort du jeune Aboubakar F. s’inscrit dans un contexte tendu dans certaines zones bien précises de nos quartiers. Contexte où une minorité use de violences. Sur un terreau où l’économie souterraine existe et où les phénomènes de rivalités entre bandes se développent aussi. Ces phénomènes, et nous ne le rappellerons jamais assez, sont le fait d’une toute petite minorité.

C’est dans ce contexte tendu, que la ville, par la voix de la Maire Johanna Rolland, a fait la demande d’un renforcement des effectifs de Police Nationale. Demande réitérée lors de la venue du Premier Ministre. L’Etat doit prendre ses responsabilités et s’engager sur ce volet comme sur d’autres.

Robin Salecroix | Avant Garde

Comment définiriez-vous les rapports entre la police et les habitants dans ce quartier ? Est-ce que la ville tente d’intervenir dans ces relations ?

Il existe une défiance de certains vis-à-vis des forces de l’ordre. Il faut noter que la majorité de la population entretient pour autant des rapports normaux, voire une absence de rapports particuliers avec la police.

Il y a pourtant une réalité qu’il y a une difficulté profonde, qui n’est pas nouvelle, entre une partie de la population et les policiers. Cela peut s’expliquer par de nombreux facteurs et des situations de discriminations ou jugées ainsi. Avec par exemple la multiplication de contrôles d’identité abusifs, au faciès. C’est une réalité qui dépasse largement les quartiers nantais, et intervient dans la plupart des grandes villes de notre pays.

Le contexte est également celui d’un plus grand recours à la force de la police et de difficultés persistantes dans leurs rapports aux populations. Aujourd’hui la question profonde des relations police-usagers, de l’emploi de la force et de ses modalités dans nos territoires doit être posée ainsi que celle de la formation des agents. Les statistiques parlent d’elles-mêmes. Les usages d’armes à feu, de tirs sont plus nombreux. Cette hausse est d’ailleurs directement liée à une évolution de l’encadrement législatif intervenue récemment et que les élus communistes ont combattu.

Les cas de violences policières tout comme leur exposition médiatique entretiennent aussi ce climat. Méfiance qui se transforme en défiance plus générale à l’égard d’un système jugé injuste. Celle-ci se nourrit d’une situation sociale dégradée, de fortes précarités économiques. Aux Dervallières c’est la moitié de la population qui est sous le seuil de pauvreté, 35 % à Bellevue et dans des taux similaires dans nombre de nos quartiers populaires.

Pour ce qui est de nos interventions, la municipalité se mobilise dans le cadre de ses compétences et souhaite faciliter la coordination des intervenants sur ces questions dans le respect du rôle de chacun. Nous nous attachons plus particulièrement à construire des cadres de dialogue entre tous les acteurs (préfecture, municipalité, bailleurs, médiateurs, professionnels concernés). Ce travail collectif permet de structurer nos interventions sur le terrain et de les rendre plus efficaces. Nous faisons en sorte également depuis le début de mandat de renforcer la présence humaine grâce à l’augmentation des effectifs et par la mise en œuvre d’îlotage dans les quartiers. L’accompagnement, l’assistance et l’orientation des publics est aussi une de nos priorités. La Maison de la Tranquillité Publique permet dans ce cadre à tous les nantais d’avoir un interlocuteur sur ces sujets. C’est dans cette même logique et en accompagnement de nos politiques publiques volontaristes que nous réclamons un renfort pérenne, avec des moyens d’investigations renforcés, pour lutter contre tous les trafics.

Robin Salecroix | Avant Garde

Aux Dervallières, où vous êtes élu, la réaction a été tout aussi immédiate qu’au Breil, quelle analyse peut-on en faire ?

Le choc suite à la mort d’Abubakar F. a été réel. Il a largement dépassé le seul quartier du Breil, et s’est répandu dans tous les quartiers nantais. Cet état de choc et la colère, compréhensible ne justifient pas les violences urbaines. L’attaque de bibliothèques, de locaux associatifs, de mairies annexes, de commerces qui a créé un choc réel dans la population ne peut être que condamné fermement.

Pour avoir discuté avec de nombreux habitants, beaucoup portent une exigence de justice et de vérité dans cette affaire. Nous entendons cette exigence et nous la partageons.  Nous ne pouvons en revanche comprendre ces actes de destruction, contre les services publics, contre les commerces, contre la vie associative, œuvre de quelques individus.

Il y a quelques mois c’était au Mirail à Toulouse que des émeutes éclataient, peut-on dire qu’au delà de cette tragédie, dont les lumières devront être faites, il existe un problème dans les quartiers populaires ?

Il existe de fait, des vraies tensions dans nos quartiers. Au-delà du prisme de la violence urbaine, le sujet principal est la situation économique et sociale des habitants, des inégalités prégnantes et des discriminations. Se pose bien évidemment plus globalement la question du modèle économique et politique capitaliste, de ses limites et contradictions.

Il nous faut plus que jamais une politique forte, alternative qui se déploie sur tous les volets : éducation, emploi, logement, transport, santé, sécurité … C’est ce que nous faisons à Nantes, mais la municipalité ne pourra pas tout toute seule. Les inégalités sont cumulatives dans ces territoires, de l’éducation à l’emploi, en passant par la culture, les transports, etc.

Robin Salecroix | Avant Garde

Comment expliquez-vous l’absence de traitement médiatique national de ces événements lorsqu’ils se déroulent en région ?

Les médias d’information continue, sont très parisiano-centrés. Les épisodes de violences policières qui interviennent en province sont donc moins traités.

Pour autant au quotidien nos quartiers sont plein d’énergie, plein de ressources, et il s’y passe des choses superbes. Il y a quelques semaines aux Dervallières, se tenait un événement drainant plusieurs milliers d’habitants, de familles et de curieux. Il donnait à voir la solidarité la richesse associative, des politiques publiques, mais là il n’y avait aucun grand média.

Le problème du traitement médiatique va donc au-delà de la différence de traitement entre un décès à Paris et un décès à Nantes, mais d’un traitement médiatique des quartiers qui ne se fait bien souvent qu’au prisme des violences urbaines et des drames.

Quelle politique municipale tentez-vous de mener dans ces quartiers qui additionnent les difficultés ?

La politique municipale menée dans ces quartiers s’attaque à l’éducation en premier lieu avec des investissements humains et matériels conséquents. Mais aussi au développement des services publics, économique, des solidarités,  au volet urbain et social, au soutien à la vie associative et culturelle. C’est près de 500 millions qui seront ainsi investis dans le cadre du renouvellement urbain.

Ce volontarisme ne peut cependant masquer les inquiétudes. A ce titre Emmanuel Macron fossoyeur du plan Borloo menace l’avenir même de nos quartiers et nie le nécessaire travail de fond à mener pour reconquérir une vie meilleure partout sur le territoire. Que l’on soit habitant d’une cité, du centre-ville ou des franges des métropoles, que l’on soit ouvrier, employé, ou cadre. Idem concernant l’attaque en règle dont est victime le logement social et les exemples pourraient être égrenés à l’envie. C’est symptomatique d’un président de la République qui multiplie les sorties au sujet des bénéficiaires de minimas sociaux en même temps qu’il offre des cadeaux aux plus fortunés de ce pays. Le risque d’accroissement de la fracture entre les tenants de ces politiques et la population apparaît alors comme bien plausible.

Robin Salecroix | Avant Garde

Comment envisagez-vous la suite dans ces quartiers ?

Il y a plusieurs priorités immédiates. En premier lieu la compassion envers la famille et les proches d’Aboubakar F. En second lieu le besoin d’une procédure efficace et transparente pour répondre à l’exigence de justice et vérité. En dernier lieu, le retour au calme, les violences doivent cesser car elles s’attaquent à nos plus grandes richesses que sont les services publics, les associations et les commerces de proximité. Les premières victimes de celles-ci sont les habitants.

Nous menons par ailleurs et en parallèle un travail d’accompagnement de l’ensemble des acteurs de ces territoires, dont beaucoup sont traumatisés de la situation. Ils sont parfois abattus et c’est compréhensible. Il faudra cependant toutes les énergies demain pour reconstruire. Tant dans l’aspect urbain, que sur les contenus des actions menées et les projets. Il faut donc sonner la mobilisation, faire la démonstration de notre unité, de notre détermination à redonner à nos quartiers l’image qu’ils n’auraient jamais dû perdre.

Pour l’instant il faut établir un diagnostic. Il faut également travailler à maintenir la continuité du service public. Nous travaillons d’ailleurs d’arrache-pied à cette continuité avec l’ensemble des partenaires et le maximum d’activités programmées se déroulera pour permettre le retour le plus rapide à la normale. Rien de tout cela ne serait d’ailleurs possible sans la mobilisation pleine et entière de tous, des habitants, du tissu associatif et des agents du service public en premier lieu. Preuve supplémentaire que l’adversité ne nous fera pas plier.

Robin Salecroix | Avant Garde

Journal de la cellule du PCF du quartier

Le policier auteur du coup de feu a été placé en garde à vue par le procureur chargé de l’enquête. Deux versions s’affrontent sur la menace ou non que représentait le jeune conducteur dans sa tentative de fuite. Les jeunes communistes de Loire Atlantique ont réagi dans un communiqué au lendemain de la première nuit d’émeute, dénonçant le contexte sécuritaire, et l’inscription de l’état d’urgence dans le droit commun.

Dans la nuit du 3 au 4 Juillet 2018 un jeune homme de 22 ans est décédé lors d'un contrôle routier de police dans le…

Publicada por Jeunes Communistes Loire-Atlantique en Miércoles, 4 de julio de 2018

Mise à jour 6 juillet 14h20

Le policier qui a fait feu a admis avoir menti et parle désormais d’un tir accidentel.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde