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Éducation

Parcoursup, des mensonges à répétition

A quelques jours de la rentrée les nouveaux et nouvelles bachelier·e·s subissent de plein fouet l’échec de la nouvelle plateforme d’affectation, malgré les tentatives d’enfumage de la ministre Frédérique Vidal et du gouvernement.

La ministre de l’enseignement supérieur l’a martelé à plusieurs reprises, durant la mobilisation contre la loi ORE jusque dans une commission de l’assemblée nationale en Juillet et encore dans les médias récemment : Parcoursup n’instaurera pas la sélection, chaque lycéen·ne aura une formation à la rentrée. Mais face aux critiques et à l’échec cuisant de sa plateforme, Frédérique Vidal a rétro-pédalé le 22 août dernier en assurant que « l’objectif n’est pas de caser tous les étudiant·e·s ». Ces-dernier·e·s, premier·e·s concerné·e·s, ont eu l’occasion de s’en rendre compte. En effet, à l’heure actuelle, ce sont près de 136 000 candidat·e·s encore inscrit·e·s sur la plateforme qui ne savent toujours pas où ils seront à la rentrée. Parmi elles et eux, 79 847 ont accepté une proposition tout en gardant leurs autres vœux en attente. 12 398 n’ont reçu aucune proposition et ont contacté les rectorats pour un accompagnement dans leur démarche. Et 43 618 sont considéré·e·s comme inactif·ve·s. Cette dernière catégorie a fait son apparition le 23 juillet dernier, alors que le gouvernement tentait d’embellir les mauvais résultats de parcoursup. Seule faute commise par ces 43 618 candidats ? Ils et elles n’ont pas fait la démarche de contacter leur rectorat et/ou n’ont pas encore répondu à une proposition qui leur a été faite.

Pour Louis Boyard, président de l’Union Nationale Lycéenne (UNL) et candidat considéré pendant un temps comme inactif, « aujourd’hui les files d’attentes sont saturées, et quand on vire un lycéen de la plateforme ce sont dix places qui se libèrent. Le gouvernement ne se soucis pas de l’intérêt des lycéens, il fait de la communication ».

Des places, ce sont plus de 171 000 lycéen·ne·s et étudiant·e·s en réorientation qui en ont libéré en quittant la plateforme au cours des derniers mois. On compte parmi elles et eux, des personnes ayant échoué au baccalauréat, d’autres ayant candidaté dans des écoles privées, ou encore s’étant tourné vers le marché du travail mais également un bon nombre de jeunes, candidat·e·s déçu·e·s sur parcoursup, sans projet pour la rentrée.

Le règne de l’opacité

On nous avait promis un outil transparent, nous avons eu droit à la pire des opacités. A la veille des premiers résultats sur parcoursup, le ministère de l’enseignement supérieur avait pourtant fait le choix de publier l’algorithme de la plateforme.

Pas suffisant pour les organisations lycéennes, étudiantes, de parents d’élèves mais aussi pour les sénateurs et sénatrices communistes. Pour Pierre Ouzoulias, sénateur CRCE des Hauts-de-Seine, « le gouvernement doit accepter de publier les algorithmes locaux ». En réponse, Frédérique Vidal a déclaré mi-juillet qu’il « n’y a pas d’algorithmes locaux mais un outil d’aide à la décision pour les établissement ». La ministre joue sur les mots pour l’UNEF, qui demande également la publication de cet « outil d’aide à la décision ». En effet, les algorithmes locaux existent bel et bien. Pierre Ouzoulias s’est procuré celui de l’université de Pau. Fin juin en commission parlementaire, il faisait savoir qu’il « chiffre par compétence les points que rapportent des éléments factuels présents dans les dossiers ». Ainsi, la détention du BAFA par un·e candidat·e lui rapporterait 15 points : un critère parmi d’autres qui favorise la sélection sociale.

Une comparaison tronquée

Tout au long de l’été, Frédérique Vidal n’a eu de cesse de comparer Parcoursup avec la plateforme précédente, Admission Post-Bac (APB). Le 4 juin, déjà, elle se félicitait que « 73,5% des candidat·e·s avaient une proposition » alors que « l’année dernière à la même époque personne ne savait où il irait ». En effet, le 4 juin personne n’en savait rien car la première étape d’APB débutait de 8 juin 2017.

Aujourd’hui, et alors que la ministre répète sur toutes les ondes que Parcoursup est une réussite car « l’immense majorité des jeunes a reçu une proposition d’affectation », les lycéen·ne·s sans affectation sont nettement plus nombreux que l’année dernière. A titre de comparaison, le 22 août 2017, il ne restait que 6 000 jeunes qui ne savaient pas où ils et elles feraient leur rentrée. Le 22 août 2018, ils et elles étaient plus de 60 000.

Ces nombreuses incertitudes mettent également les universités dans l’embarras. A quelques jours de la rentrée, de nombreux établissements ne connaissent pas leurs effectifs. A Nîmes, la rentrée a dû être repoussée d’une semaine pour permettre au personnel de recevoir les nouveaux·elles étudiant·e·s dans les meilleurs conditions possibles. En réponse, Frédérique Vidal a rappelé à plusieurs reprises qu’elle avait fait ouvrir 30 000 places supplémentaires pour faire face aux 35 000 nouveaux·elles arrivant·e·s.  Création de places nécessaire mais bien insuffisante, puisqu’elle ne prend pas en compte l’ensemble des nouveaux·elles inscrit·e·s.

La ministre de l’enseignement supérieur a annoncé qu’un bilan de parcoursup serait effectué à la fin du mois de septembre. D’ici là, des milliers de jeunes devront faire face aux réponses tardives, à une rentrée dans la précipitation, voire à une absence d’affectation. Différentes organisations de jeunesse, dont le MJCF, entendent les mobiliser dès la rentrée.