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Éducation

Parcoursup, fin des vœux et toujours des questions

Le 14 mars a marqué la fin de la “deuxième phase” de Parcoursup. Des milliers de bacheliers, ou d’étudiants souhaitant rejoindre les bancs de l’université ou se réorienter ont du “inscrire et formuler leurs voeux” sur la plateforme.

Une modification par rapport à l’année dernière

Alors que cette deuxième phase vient de s’achever, le gouvernement vient d’annoncer une petite modification par rapport à l’année dernière. Dorénavant le nom, le prénom, l’adresse et la date de naissance ne seront plus affichés sur les dossiers. Par cette modification, l’exécutif reconnaît que l’origine sociale est un facteur discriminatoire. En effet comme le montre le bilan de Parcoursup de Seine Saint Denis, la plateforme a permis de faire de la sélection sociale aux seins des universités, ce rapport démontre entre autre, qu’il y a corrélation entre l’origine sociale et voir ses voeux “acceptés” ou non.

Avant Parcoursup, l’enseignement supérieur était libre d’accès à l’ensemble des bacheliers. L’université devait permettre à chacun de s’émanciper et de pouvoir entrevoir la possibilité d’une promotion sociale à travers l’éducation. Par cette modification des traitements des dossiers,  le gouvernement reconnaît que la nouvelle plateforme favoriserait les individus fortement dotés en capitaux économiques et culturels. La réponse pour pallier à cette inégalité selon le gouvernement est d’anonymiser (partiellement) les dossiers. Cette modification est loin de faire l’unanimité, et pour cause, c’est bien la philosophie même de Parcoursup qui est à l’origine de l’aggravation des inégalités sociales

Une modification qui ne change pas la philosophie de Parcoursup

Le président de l’université de Paris-Descartes, Frédéric Dardel,  déclarait lors d’un entretien accordé au quotidien Le Monde, que cette “mesure symbolique n’aura pas beaucoup d’effet[…] On ne prenait déjà pas en compte ces quatres données personnelles dans l’examen des candidatures”.

La sélection ne se fait pas par une discrimination du nom et du prénom. Lors du traitement des milliers de dossiers les personnes chargées de sélectionner les “meilleurs” dossiers regardent prioritairement les notes et le lycée d’origine. Or la mention du lycée figure toujours sur le dossier.

Nous le savons que trop bien, d’un lycée à l’autre des inégalités colossales peuvent exister. Certains lycées sont mieux cotés que d’autres, un lycéen ayant fait sa scolarité dans un lycée renommé aura un meilleur dossier qu’un lycéen ayant fait sa scolarité dans un lycée dit de “périphérie”.

En Seine-Saint-Denis, Parcoursup a accentué la ségrégation territoriale

La Seine-Saint-Denis est le département le plus jeune de France métropolitaine. Malgré cela, les moyens mis dans l’éducation sont grandement insuffisants. L’Etat dépense 47% de moyens en plus pour un lycéen parisien que pour un lycéen de l’académie de Créteil. Cela engendre des inégalités qui ne font que s’accroître avec la mise en place de la sélection.

A la 1ere phase de Parcoursup, le 22 mai 2018, presque 50% des inscrits sur la plateforme n’avaient pas de réponse à l’échelle nationale. En Seine-Saint-Denis, ce chiffre s’élève à plus de 70% et même 100% dans certains établissements. Alors que le chiffre retombe à 30% rapidement la semaine suivante, le chiffre pour la Seine-Saint-Denis reste à plus de 50%.

De plus, 30 000 lycéens ont été refusés à tous leurs voeux à l’ouverture de la procédure. Ce sont les bacs professionnels qui sont les plus touchés, à hauteur de plus de 10%, il est utile de se rappeler que le 93 est un des départements détenant le plus de lycées professionnels.

Au 24 août 2018, les lycéens du 93 représentaient 38,8% des lycéens actifs (selon Académie de Créteil). Cela montre la sur-représentation des lycéens de la Seine-Saint-Denis parmi les lycéens sans affectation. Outre la mise en place de l’algorithme Parcoursup, la sélection est mise en place à travers des “algorithmes locaux” qui restent un grand mystère pour tous. Chaque établissement d’enseignement supérieur détient des critères de sélection inconnus.

Un bilan toujours incomplet

Il est aujourd’hui encore difficile d’avoir les chiffres réels de Parcoursup.

En effet, les lycéens “en attente” ne sont pas considérés comme n’ayant pas d’affectation. De plus, le gouvernement a ouvert, durant l’été 2018, une commission pour aider les lycéens sans affectation. Cependant, de nombreux lycéens n’ont pas eu recours à cette commission, pour différentes raisons, mais majoritairement par manque d’information.

Ainsi, le gouvernement considère seulement les lycéens ayant eu recours à cette commission dans leurs statistiques, le reste disparaissant des radars. Les lycéens qui saisissent la commission sont qualifiés “d’actifs”. Ceux-ci sont accompagnés pour trouver une place où il y en a, pas forcément dans les formations de leurs choix, l’apprentissage est très favorisé par la commission.

Les inégalités ne vont qu’aller en s’aggravant

Avec les réformes du baccalauréat, des filières générales, du bac professionnel, etc, les inégalités ne vont aller qu’en s’aggravant. Si on regarde la réforme du baccalauréat, celle-ci va faire perdre la valeur nationale de ce diplôme. Jusqu’alors même si les lycées ne sont pas dotés au même niveau et donc n’offrent pas la même qualité d’étude en fonction de leur implantation géographique, le baccalauréat avait la même valeur et cela peut importe le lycée d’origine.

Un baccalauréat obtenu avec la mention bien dans un lycée du 93 était sensé avoir la même valeur qu’un baccalauréat obtenu avec la même mention dans un lycée de la campagne picarde ou dans le lycée Henri IV. La réforme en introduisant du contrôle continu dans l’examen du baccalauréat va avoir pour conséquence la dévalorisation du diplôme pour les lycées les moins bien “cotés”. Les indicateurs fournis par le ministère permettent déjà de procéder au classement des lycées.

Cette réforme liée avec Parcoursup va avoir des conséquences désastreuses. Alors que jusqu’alors le lycée d’origine avait déjà un impact sur la sélection des dossiers parmis les universités, maintenant celui-ci sera déterminant dans le choix des universités. Un baccalauréat, et cela peut importe la note, obtenu dans un lycée n’étant pas bien coté par les universités, ne permettra pas aux bacheliers d’accéder aux études de leurs choix. Ils seront forcément restreints dans les offres se posant à eux.

Les réformes des filières générales, du bac professionnel, et plus globalement l’ensemble des réformes de l’éducation menées par l’exécutif visent à creuser encore plus les inégalités sociales.