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Parcoursup, vers un été d’angoisse

Le 6 juin dernier, les résultats du Bac étaient annoncés. On constatait alors une belle réussite : 88 % d’obtention du diplôme, et 55 % repartaient avec une mention. Alors évidemment, on se disait « Ouf, enfin la fin du stress des exams pour tous », mais non, loin de là. Pour beaucoup de ces « nouveaux adultes » Parcoursup en a décidé autrement.

En effet, on observe aujourd’hui que 100 000 candidats sont toujours mis en attente, sans comptabiliser ceux qui ont pris la décision d’abandonner leur voeux, sans quoi l’on monte à 122 800 candidats sans affectation. Et la  « phase complémentaire », où les candidats ont  la possibilité de faire de nouveaux voeux sur la plateforme, jusqu’au au 21 septembre, ne marque pas une grande avancée.

Les places se libèrent au compte goutte, et la nouvelle sélection des dossiers est tout aussi lente. Il est donc impossible pour ces lycéens mis en attente de préparer leur future vie étudiante : une nouvelle source de stress et de galère pour eux.

Les algorithmes locaux en question

Mais sur quels critères exacts ces lycéens sont-ils sélectionnés ? C’est la question que se sont posés nombre de syndicats (étudiants et enseignants), sans que le gouvernement ne leur donne de réponse précise.

Il semblerait qu’il y ait deux dispositifs de sélection : le local, où les établissements, avec la somme des critères sélectifs qu’ils auront décidés au préalable, établissent une note de 0 à 20 où ils casent l’élève demandeur qui se retrouve alors sur une liste d’attente.

Puis intervient le deuxième dispositif de sélection, « l’algorithme national ». Celui- ci va alors réaliser un tri supplémentaire : faire remonter les dossiers des élèves boursiers dans les listes d’attente et abaisser ceux des candidats qui n’appartiennent pas au secteur.

Ces dispositifs apparaissent plutôt flous, le député communiste Pierre Ouzoulias a saisi le Défenseur des Droits, il y a de ça un mois pour réclamer « une transparence » des algorithmes.

Des discriminations assumées

Mais cette sélection hasardeuse, tant sur le plan scolaire que sur le plan social avait déjà montré son vrai visage il y quelques temps, de part les dysfonctionnements qu’elle affichait, mais aussi la discrimination qu’elle engendrait. L’exemple des lycées des banlieues (Seine Saint-Denis, Val de Marne…) en est une parfaite illustration.

En effet beaucoup d’entre eux se voyaient être en dessous des chiffres nationaux en terme d’affectation, même avec les résultats dits suffisants. Cette discrimination déjà annoncée par les syndicats bien avant le 22 mai, était inévitable.

D’ailleurs on observe maintenant quelque chose de clair : un élève au dossier moyen risque de patienter jusqu’au 21 septembre pour savoir où il sera accepté alors qu’un élève avec un bon dossier pourra dors et déjà se lancer dans la préparation de sa vie étudiante. Alors que les cours commencent le 6 septembre et qu’il ne sera pas possible d’avoir le choix complet des TD et des options en septembre. En outre, ceux qui auront leur affectation en septembre auront les restes : bel exemple d’égalité.

Une lenteur catastrophique

De plus, un décret publié le 2 juillet réactualisant ce qui avait été décidé pendant le quinquennat du président Hollande, donnera aux élèves ayant obtenu une mention et les meilleurs résultats de son lycée dans chaque série ou spécialité du baccalauréat dans la limite de 10 %, un droit prioritaire sur les listes d’attente. Cette politique de mérite, en plus d’accentuer la sélection déjà bien assez forte, va encore faire ralentir le processus. En effet, l’année prochaine il est possible que tous ceux visant une mention ne se débarrassent d’aucun voeu avant le Bac, pour pouvoir bénéficier de ce passe droit après les résultats du Bac.

C’est tout vu, si les choses ne changent pas entre temps, la fin d’année prochaine sera encore pleine de stress pour les lycéens de l’année prochaine.

Et même si depuis le 22 mai,  un peu plus de la moitié des 812 000 candidats ont trouvé une formation qui leur convient, 150 000 se sont retrouvés à accepter une proposition qu’ils ne souhaitaient pas réellement, mais sans la valider définitivement, dans l’attente d’une réponse plus proche de leur projet. Le bilan est donc, comme annoncé il y  a de cela des mois, désastreux.

Entre la sélection de masse et la désorganisation, la rentrée étudiante de 2018 s’annonce compliquée.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde