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FRANCE

Philippe ouvre le deuxième acte du quinquennat sur fond de recomposition politique

Le chef du Gouvernement a présenté l’action gouvernementale devant l’Assemblée nationale et le Sénat. Deux discours dont le but était peut-être moins la politique menée qu’une poursuite de la conquête de la droite par le camp présidentiel.

Macron s’efface au profit de son Premier ministre pour parler à la droite

Cette année Macron a renoncé à son discours devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles. Cette pratique césariste du pouvoir lui avait été fortement reproché juste après son élection comme un an plus tard. Ce renoncement est probablement moins une prise de conscience qu’un retrait tactique face à une contestation qui reste forte même si l’exécutif semble avoir surmonté la vague des “gilets jaunes”. Le Premier ministre, à la fois acteur et principal bénéficiaire du tournant vers la droite pris par la LREM, a donc eu la charge de livré ce discours de politique général. Un premier mardi devant l’Assemblée nationale et un second jeudi devant le Sénat.

Pour le Premier ministre, ces discours avaient un double but. Le premier est de s’affirmer face à une majorité dont une composante active vient du PS quand Edouard Philippe vient des Républicains. Cette part désormais minoritaire a subit la droitisation du mouvement et peine à trouver des marqueurs du “et de gauche” dans le macronisme version 2019. La loyauté absolue au Président affichée par le Premier ministre rend toutefois compliquée une offensive de ces derniers qui savent que la République en Marche est avant tout le parti d’Emmanuel Macron.

Le second but est de poursuivre l’entreprise de destruction de son ancien camp. Edouard Philippe en acceptant le poste de Premier ministre en 2017 avait porté un coup fatal aux Républicains déjà à la peine après la désastreuse campagne électorale de François Fillon. Proche d’Alain Juppé, désormais devenu membre du Conseil constitutionnel, l’ancien maire du Havre prend ainsi sa revanche.

Second acte ou suite du premier ?

L’acte II du quinquennat annoncé par le Premier ministre ne s’est pas réellement constaté dans son discours. Les annonces avaient été faites par le président de la République lors de sa conclusion du “grand débat”. Le calendrier des réformes reprend pour l’essentiel des chantiers déjà lancé depuis plusieurs mois voire plus d’un an pour le cas de la réforme des retraites. Sur cette dernière, le Premier ministre a ressorti les mêmes arguments assuré un système “universel” égalitaire garantissant que 1 € cotisé conduisent aux mêmes droits pour tous. Les applaudissements nourris de la part des rangs de la majorité. C’est derrière à cette dernière que semblait destiné la majorité du discours. Refusant comme le président de la République de rien lâcher sur le fond, il a concédé quelques problèmes sur la forme. Toutefois l’emploi d’un “nous” dans les petites remises en causes prêtait à confusion. Fallait-il y voir une adresse à la majorité ou une nouvelle critique du fonctionnement des institutions ?

La grande oubliée du calendrier des réformes annoncé, c’est la révision constitutionnelle. L’année dernière, l’affaire Benalla avait repoussé son examen, puis le mouvement des gilets jaunes avait encore poussé à un nouveau report. Désormais, le Sénat bloquant toujours sur certains points, aucune date n’a été évoquée par le Premier ministre.

Autre victime de report à répétition, la loi bioéthique dont la mesure phare devrait être l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires, elle devrait être discutée en septembre, la promulgation en 2019 promise paraît toutefois ambitieuse. Et à cette ouverture sur “la gauche” répond immédiatement un gage à la “droite” puisqu’un débat sur l’immigration aura lieu à l’assemblée en septembre également.

Pas de virage à gauche

Si un morceau conséquent du discours du premier ministre concernait les enjeux environnementaux et un autre le pouvoir d’achat, la politique proposée est une politique de droite.

Sur l’écologie, le Premier ministre a lancé des appels à idées aux députés et rappelé les mesures déjà prises d’abandon progressif du plastique non recyclé, la diminution de la part du nucléaire dans la production électrique, l’abandon du charbon ou encore la poursuite de l’installation de parcs éoliens. Le tarif de l’électricité en hausse, la hausse des émissions de CO2 et le mouvement des gilets jaunes semblent oubliés.

Sur le pouvoir d’achat, le Premier ministre a rappelé l’engagement présidentiel à baisser l’impôt sur le revenu, les entreprises ne seront pas mises à contribution. Si les ménages les plus modestes sont visés par ces baisses, ils sont également les premiers utilisateurs des services publics. Hors, ce sont ces derniers qui seront ciblés par les économies budgétaires qui seront le corollaire de ces baisses d’impôts. La lutte contre la précarité passera par une diminution de la protection sociale face à la privation d’emploi, outre le système de bonus – malus sur les cotisations chômage des employeurs, les salariés alternant  période d’emploi et période de non emploi verront leurs droits baisser.

Voilà, pour le soi-disant tournant social de ce prétendu acte 2 du quinquennat.

LREM penche toujours plus à droite

Pour les mesures de droite, on trouve les habituelles phrases confuses mélangeant l’immigration légale et illégale, mélangeant l’immigration, délinquance et terrorisme dans une approche volontairement anxiogène. Edouard Philippe a ainsi pris pour exemple ces « Français [qui] n’en peuvent plus des coups de couteau donnés pour un mauvais regard ou des batailles rangées entre bandes rivales ». Il a également dénoncé la hausse des demandes d’asile en France dans un même passage avant de rappeler l’engagement présidentiel de modifier les règles de l’espace Schengen.

Un passage du discours ancré bien à droite, il a même annoncé la tenue annuel d’un débat sur l’immigration dont le premier aura lieu en septembre. Un moyen pour le gouvernement de à la fois chasser sur les terres de l’électorat de droite tout en continuant d’alimenter une ambiance xénophobe propice à maintenir à un haut niveau le RN qui est son meilleur adversaire. La droite sénatoriale c’est d’ailleur divisé sur l’attitude à adopter face au Premier ministre, une majorité d’entre eux s’abstenant. Devant l’Assemblée nationale le chef du gouvernement s’était même permis un long laïus pour dénoncer les postures liées aux clivages politiques avant d’appeler les maires de droite à rejoindre la LREM.

C’est l’autre enseignement de ces discours. Malgré une seconde place aux élections européennes, le RN n’existe quasiment pas au parlement et le gouvernement en est sorti renforcé. L’opposition de droite comme de gauche a réalisé une contre-performance qui a conduit à marginaliser un peu plus l’opposition parlementaire. Les divisions fortes à droite pourraient même contribuer à renforcer la majorité présidentielle avant même les prochains scrutins. Le Premier ministre le sait et ses discours n’avaient pas d’autres buts.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde