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Environnement

Les politiques de transports absentes du débat présidentiel

Une politique actuelle des transports incohérente et dangereuse

Aujourd’hui, selon le Commissariat général au développement durable, notre réseau de transports, avec une production de plus de 185 milliards d’euros chaque année, représente près de 9 % du PIB et emploie 1,34 millions de personnes. De tels chiffres ne sont pas étonnants : déplacer les biens et les personnes est indispensable au développement d’un pays. Plus encore, cette question est au centre de notre manière de vivre au quotidien : la façon dont nous construisons nos territoires, la liberté de nous y déplacer comme bon nous semble, le rapport à notre environnement, et l’accès aisé aux services nécessaires… Ce sont autant d’enjeux, profondément liés aux droits fondamentaux, qui traversent l’organisation des transports en France.

Pourtant, de directives européennes en politiques libérales, ce secteur a fini par être abandonné aux logiques capitalistes de rentabilité et de concurrence : privatisations, développement quasi exclusif du transport routier, abandon du Fret, politique « Tout TGV » de la SNCF au détriment des autres lignes, inaccessibilité pour les personnes handicapées, allongement du temps de trajets pour les voyageurs, pression extrême exercée sur des salariés chaque jour soumis davantage au bon vouloir des entreprises…

En plus d’être à l’origine de la désertification de nombreux territoires, cette orientation de notre politique de transports est dangereuse dans le sens où elle laisse bien peu de place à des conditions de travail humaines et dignes dans un secteur qui emploie près de 9 % des actifs de ce pays.  Elle ne prend pas non plus en compte l’urgence écologique à laquelle nous sommes confrontés : quand l’accroissement de l’effet de serre est causé principalement par les émissions de gaz carbonique, les transports sont le premier émetteur de GES, et totalisent 29 % des émissions (dont 92 % proviennent des seuls transports routiers ! ) .

Face à ces constats, il apparaît urgent de repenser l’organisation des transports sur notre territoire. Un programme politique ambitieux qui prendrait ces données en compte et aurait à cœur de répondre aux besoins des usagers devrait donc être pensé en ces termes : accès à la mobilité et aux services, essor des transports collectifs, investissement dans des solutions d’acheminement des marchandises moins polluantes, nouvelles perspectives de développement écologiques et sociales.

Des candidats libéraux peu concernés

Cependant, à un mois des élections présidentielles, on ne peut pas dire que cet impératif soit au cœur des projets proposés par la plupart des principaux candidats.

Chez Marine Le Pen (Front National), François Fillon (Les Républicains) et Emmanuel Macron (En Marche ! ) par exemple, on se cantonne aux formules incantatoires. En effet, dans le projet du FN, qui n’aborde que deux fois le sujet, on nous dit qu’il faudrait regrouper en un seul ministère (un grand ministère-poubelle, en somme) « l’aménagement du territoire, les transports, et le logement ». Le parti s’engage aussi à « soutenir l’effort d’investissement en infrastructures, en particulier dans la ruralité (très haut débit, couverture téléphonique, routes…) et à renationaliser les sociétés d’autoroutes pour rendre aux Français un patrimoine qu’ils ont financé et dont ils ont été spoliés ».

Dans le programme de Fillon, on semble avoir pioché des mesures à droite et à gauche pour les réagencer sans perspective véritable. Ainsi, il faudrait donner la priorité à la remise à niveau et à la modernisation du réseau ferroviaire, développer les véhicules électriques et autonomes du futur, améliorer la desserte des territoires ruraux et peu denses, privilégier le fret massifié pour le transport de marchandises, revoir les priorités sur les grands projets d’infrastructures en fonction des capacités de financement et développer les transports urbains et le véhicule électrique en diminuant la part du diesel.

Enfin, Emmanuel Macron n’est pas en reste : il propose de développer le co-voiturage, de moduler les péages en fonction du nombre d’occupants dans les véhicules, de porter à 200 000 le nombre de billets d’avions aidés pour les ultra-marins chaque année, ainsi qu’un plan d’urgence d’investissements et de rénovation des infrastructures existantes.

Si les propositions divergent, les trois candidats se rejoignent sans hésiter sur la manière d’aborder la question des transports : proposer un programme fourre-tout incohérent et démagogique, sans jamais remettre en cause le capitalisme qu’ils soutiennent. Les « mesures » s’enchaînent, contradictoires, sans lien avec une quelconque réflexion politique préalable, en une ultime tentative de donner un vernis vert au discours ultra-libéral.

Benoît Hamon, le candidat du Parti Socialiste, explique, quant à lui, vouloir « consolider le maillage du réseau ferroviaire, afin que tous les territoires restent correctement desservis et que la sécurité soit assurée. Tous les arrêts de train des lignes d’équilibre du territoire, tel que reconnu par le schéma national des services de transport, seront maintenus. ». Il fait donc mine d’ignorer que ce maillage est aujourd’hui à reconstruire après avoir été détruit par des décennies de gestion libérale, et ne prend guère de risques en promettant de maintenir les rares arrêts ayant survécu aux politiques de métropolisation… De même, si Hamon parle de sobriété énergétique, de sortie du diesel à l’horizon 2025, et de financement de la recherche sur l’autonomie des batteries pour voitures électriques, il ne remet pas plus en question notre rapport à l’usage des véhicules individuels qu’il ne propose de plan ambitieux de développement des transports collectifs !

La question des transports mise en perspective par un vrai projet politique dans L’avenir en commun

Finalement, il n’y a que le projet de la France Insoumise et de Jean-Luc Mélenchon, candidat soutenu par le PCF, qui ait réfléchi cette question de l’organisation des transports en lien avec une transformation progressiste de la société. Dans l’Avenir en commun, deux volets, entre autres, traitent de la question. Dans le premier, intitulé « Développer les transports publics écologiques et repenser la mobilité individuelle », on propose de vraies mesures pour développer le transport ferroviaire : adoption d’un plan de développement du ferroutage et de report modal pour réduire le transport routier de marchandises en refusant la mise en concurrence et retour sur la loi Macron (les liaisons par autocar doivent être autorisées seulement là où il n’y a pas de lignes TER). De même, il est fait état de la nécessité de développer le cabotage maritime entre les ports français et le transport fluvial, de renationaliser les autoroutes, de repenser la mobilité individuelle en engageant la sortie du diesel, de favoriser les usages partagés de la voiture et les mobilités douces, et enfin de privilégier les véhicules électriques pour les flottes captives. Dans un second volet, on explique que pénaliser les transports longue distance, c’est aussi une solution pour relocaliser les productions, et l’on préconise d’introduire une contribution carbone sur le transport de marchandises, d’instaurer une taxe kilométrique aux frontières de la France pour intégrer le coût écologique dans les produits, et de privilégier systématiquement les circuits courts et les productions locales dans la commande publique (alimentation, fournitures, etc.).

Ces mesures sont complétées par un livret thématique d’une vingtaine de pages, « Pour des transports écologiques et accessibles », où la réflexion autour de la façon de construire des territoires vivants et solidaires partout en France se poursuit. Donner plus de poids aux associations d’usagers des transports collectifs, aux cyclistes et aux syndicats des personnels du secteur, atteindre l’accessibilité totale des transports publics et des villes aux personnes à mobilité réduite, donner vie aux liaisons par itinéraires cyclables, mettre fin aux comportements sexistes dans les transports, organiser la multimodalité dans les villes, arrêter les Grands Projets Inutiles et utiliser l’argent public qui devait leur être dédié pour le développement ferroviaire… Ce sont, cités en vrac, autant d’objectifs mentionnés entre les pages de ce petit livret. Ils nous rappellent que ce qui fonde le programme que représente Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles, c’est tant la volonté de remettre l’humain et son environnement au cœur d’un changement de société que la nécessité de mettre un terme à la grande braderie de nos droits sur l’autel du capitalisme. Alors pour que plus personne ne puisse faire de profits sur nos déplacements, pour être libres d’organiser notre quotidien en fonction de nos besoins, et pour préserver les ressources naturelles du monde qui nous porte, ne nous trompons pas de vote le 23 Avril !

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde