portraits-de-figures-feminines-de-revolution-russe-1Affiche de Vladimir Maïakovski, 1920, "Ouvrières prenez les armes" PCF | RêvolutionS
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Portraits de figures féminines de la Révolution russe (2/2)

 

Après un premier article consacré à Alexandra Kollontai, Anna Ielizarova Oulianova et Konkordia Samoïlova, trois autres figures féminines de la Révolution russe sont ici à l’honneur : Nadejda Kroupskaïa, Elena Stassova et Inès Armand.

Nadejda Kroupskaïa (1869-1939)

Si l’on se souvient aujourd’hui essentiellement d’elle pour avoir été l’épouse de Lénine, son action au sein du mouvement révolutionnaire russe démontre qu’on ne peut la réduire au simple de « femme de ».

Après avoir étudié la pédagogie entre 1889 et 1890, elle se spécialise dans l’instruction des familles ouvrières, à travers des cours du soir donnés aux ouvriers et des cours du dimanche pour leurs enfants. Elle commence à fréquenter les milieux marxistes et y fait la rencontre de Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine. En décembre 1895, Lénine est arrêté et déporté en Sibérie. Nadejda Kroupskaïa est quant à elle arrêtée en octobre 1896 et  déportée en Bachkirie.

Pour se rapprocher de Lénine, elle déclare être sa fiancée. Ayant ainsi pu le rejoindre en Sibérie, elle l’épousera en 1898. Dès lors, sa vie privée et sa vie militante seront liées. Femme de Lénine, elle est aussi sa principale collaboratrice politique.

Suivant Lénine au cours de son exil à travers l’Europe (elle ne rentrera qu’un court moment en Russie lors de la Révolution de 1905), elle devient secrétaire de l’Iskra et fait le lien entre les révolutionnaires russes en exil et les militants restés en Russie. Elle agit aussi sur les questions féministes en soutenant la proposition de Clara Zetkin d’instaurer une « Journée internationale des femmes » (le fameux « 8 Mars ») et en participant à la rédaction du journal Rabotnitsa («Ouvrière  » en russe).

Elle poursuit aussi des recherches dans le domaine pédagogique, où elle combine analyse marxiste et réflexions sur l’enseignement professionnel. En 1915, elle écrit Instruction publique et démocratie (publié en 1917) qui se conclu par cette analyse « Tant que l’organisation de l’enseignement demeurera entre les mains de la bourgeoisie, l’initiation professionnelle restera une arme dirigée contre les intérêts de la classe ouvrière. Seule la classe ouvrière peut faire de la formation au travail un instrument propre à transformer la société contemporaine. »

Revenue en Russie après la révolution de Février, elle continue d’assister Lénine dans son action militante. Une fois les bolcheviks au pouvoir, elle devient adjointe au commissariat du peuple à l’instruction. Elle profite de cette position pour mettre en pratique ses travaux dans le domaine de la pédagogie. Elle lance un vaste plan d’alphabétisation, mais s’efforce aussi de changer les pratiques d’enseignement en mettant en avant « l’enseignement polytechnique ».

À la mort de Lénine, c’est elle qui diffusera son testament politique. Elle continue de siéger au bureau politique du parti communiste et s’oppose plusieurs fois à Staline.

Elle meurt en 1939.

Elena Stassova (1873-1966)

Née dans une famille de l’intelligentsia russe, Elena Stassova devient institutrice dans une école pour filles, tout en donnant le dimanche des cours dans les quartiers ouvriers. Elle y fait la connaissance de Nadejda Kroupskaïa en 1893 puis intègre «  l’Union de lutte pour la libération de la classe ouvrière », un groupe marxiste fondé par Lénine.  

Avec la fondation du Parti Ouvrier Social-Démocrate, son rôle s’accroît. Elle devient la spécialiste de l’organisation pour les questions logistiques. C’est elle qui se charge de trouver des locaux, d’abriter des militants ayants besoin de se cacher ou encore de faire imprimer et distribuer les journaux et tracts.

Arrêtée pour ses activités militantes, elle passe quelques mois en prison puis s’exile en Suisse. Cela ne remet pas en cause ses activités militantes. En 1906, elle part en Finlande et organise la contrebande d’armes et de matériel de propagande. En 1912, elle organise la conférence de Prague qui scelle la séparation définitive des bolcheviks et des mencheviks après l’échec de la réunification de 1906.

Secrétaire du parti bolchevik en 1917, elle joue un rôle clé après la révolution de Février. C’est elle qui réorganise le parti bolchevik, tout juste sorti de la clandestinité, pour faire face aux nouveaux événements. Elle gère les finances de l’organisation et coordonne l’activité des cellules dans les usines. Si les bolcheviks s’affirment au fil des mois comme la force révolutionnaire la mieux organisée et la plus apte à prendre le pouvoir, c’est en grande partie grâce à son action. Membre du Comité central, elle soutient Lénine dans sa volonté de déclencher l’insurrection.

Dans les années qui suivent la prise de pouvoir des bolcheviks, son expérience d’organisatrice la rend indispensable. Responsable de l’administration centrale du parti (« L’Orgburo), elle organise le secrétariat. Elle prépare aussi le Congrès des peuples de l’Orient de 1920, qui réunit les minorités musulmanes de l’ex-empire tsariste.

De plus, elle participe au développement de la IIIème Internationale et, pour cela, entre clandestinement en Allemagne en 1921 afin de travailler avec le Parti Communiste Allemand. On la retrouve aussi à la tête du Secours Rouge International en 1922. C’est encore elle qui intervient en 1932 à Amsterdam au Congrès mondiale de lutte contre la guerre impérialiste (qui aboutira l’année suivante à la naissance du fameux Mouvement Amsterdam-Pleyel).

Pendant la période stalinienne, elle prendra publiquement position contre la répression.

Elle meurt en 1966 à l’âge de 93 ans.

Inès Armand (1874-1920)

Née à Paris en 1874, elle s’installe à Moscou avec sa tante à l’âge de 6 ans. Adhérente au Parti Ouvrier Social-Démocrate, elle participe à la révolution de 1905, ce qui lui vaut une première arrestation. En 1907, elle est arrêtée deux fois à quelques mois d’intervalle pour « conspiration » et est bannie pour deux ans dans le nord de l’empire russe. Elle s’enfuit l’année suivante et participe sous une fausse identité au premier Congrès des femmes russes à Saint-Pétersbourg.

Elle s’exile ensuite en Europe occidentale. À Paris, elle fait la rencontre de Lénine, avec qui elle entretiendra une liaison. Son rôle dans le milieu des révolutionnaires russes en exil gagne en importance. Elle donne des cours d’économie politique dans l’école de formation du parti établie à Longjumeau. On la retrouve au Congrès de l’Internationale socialiste des femmes à Copenhague en 1910 puis à la Conférence de Zimmerwald qui réunit en 1915 les socialistes opposés à la guerre et à l’Union sacrée. En 1915 toujours, elle participe à la conférence internationale des femmes à Berne.

Elle rentre en Russie après la révolution de Février. Elle siège au comité exécutif du parti bolchevik. Après la révolution d’Octobre, elle s’implique dans la lutte pour l’émancipation des femmes. Elle fonde avec Alexandra Kollontai le département du parti chargé de l’action auprès des femmes : le Jenotdel (ou Genotdel). Inès prendra la première présidence du Jenotdel. Au Jenotdel est associée une revue : La Communiste.

Dans cette revue, co-animée par Inès Armand et Alexandra Kollontai, est abordée la question de l’émancipation des femmes dans la société et la famille. La faible part de femmes dans le parti bolchevik, comme au gouvernement, est critiquée et les questions portant sur la sexualité, la morale, l’amour libre, l’avortement sont abordées.

Atteinte du choléra, Inès Armand part se faire soigner dans le Caucase. C’est là qu’elle trouve la mort, le 24 septembre 1920.