Pourquoi les arguments de la course à l’armement sont irrecevables

publié le dans
Pourquoi les arguments de la course à l’armement sont irrecevables

Un an après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les perspectives de la paix ne semblent pas être d’actualité, ni pour ces deux pays ni pour le reste du globe. Depuis un an, les arguments de la logique guerrière employés par les grandes puissances, dont la France, apparaissent majoritaires, alors qu’ils sont irrecevables du point de vue de la paix et de la sécurité collective. Nous faisons le tour de ces arguments.  

« Il faut envoyer des armes à l’Ukraine pour arrêter la guerre »

Depuis un an, les grandes puissances se targuent d’envoyer des armes à l’Ukraine. L’aide militaire apportée depuis un an n’a pas montré que les Ukrainiens et les Ukrainiennes se rapprochaient de la paix. Chaque mois, c’est l’escalade dans l’armement et dans les demandes de Zelenski, le président ukrainien.

Aujourd’hui c’est la question de l’envoi de chars de combat qui est à l’ordre du jour. Demain ce sera des avions ? Après-demain des militaires ? Jusqu’où faudra-t-il aller dans l’escalade lorsque l’on aura constaté que les chars ne suffisent pas à stopper l’agression russe ? 

Il ne s’agit pas d’un manque de solidarité lorsque l’on dit que la victoire n’est pas réalisable par les seuls moyens militaires. Raisonner en termes de victoire d’un pays sur un autre ne permet aucunement de raisonner en matière de paix. Aucun belligérant ne prendra l’initiative des pourparlers pour la paix, mais les alliés de l’Ukraine non plus lorsque l’on voit que l’industrie de l’armement s’est enrichie de milliards depuis le début du conflit. 

C’est un autre type de moyens qu’il faut mettre en place pour en finir avec cette guerre, à l’opposé du pari de la victoire. Ce moyen est le plus difficile. Il implique de discuter, de mettre autour de la table les pays européens dont l’Ukraine et la Russie. La paix implique de baser les relations diplomatiques sur la coopération et la sécurité collective plutôt que sur la militarisation. La Chine et l’Inde pourraient être des pays à solliciter pour échanger avec la Russie dans l’objectif de faire taire les armes. 

« La France n’a rien à perdre dans l’envoi d’armes à l’Ukraine » 

Depuis l’annonce d’Emmanuel Macron de renforcer la solidarité de la France en matière d’armement, le Gouvernement, notamment le ministère des armées, étudie la possibilité d’envoyer des chars Leclerc à l’Ukraine. L’armée française a avancé des arguments de taille contre l’envoi de ces chars. 

La France ne dispose que de 222 chars Leclerc, c’est-à-dire de fabrication française, et aucun n’est sorti de l’usine depuis 2008. La France ne pourrait alors livrer qu’une partie de ces chars à l’Ukraine, tout au plus une vingtaine. Militairement, ce serait compliqué pour l’Ukraine de se former sur plusieurs types de chars, étant donné que d’autres pays ont déjà indiqué qu’ils en fourniraient. La maintenance logistique et l’utilisation des munitions seraient complexifiées. 

Ainsi, la livraison de ces chars ne servirait en rien militairement à l’Ukraine, mais en plus cela risquerait d’affaiblir la défense française étant donné qu’ils ne sont utilisés par aucune autre armée dans le monde. 

Finalement, l’envoi de ces chars n’a pour seule utilité que d’affirmer la position de la France en matière de livraison d’armes à l’Ukraine. Une position qui ne promeut pas la paix en définitive. 

« Les armes nucléaires empêchent les guerres et stabilisent le monde »

La guerre entre la Russie et l’Ukraine a remis au goût du jour la question de la dissuasion nucléaire. Depuis le début du conflit, la Russie utilise la menace de l’arme nucléaire pour protéger son acte d’agression envers l’Ukraine. 

La possession de l’arme nucléaire n’a en aucun cas empêché la guerre. En tournant le dos à l’ensemble de l’architecture internationale censée stabiliser le monde et assurer la sécurité, à savoir l’ONU, elle n’est finalement qu’une illusion de la sécurité, un jeu de Poker menteur, dont personne ne sortira indemne ou gagnant. 

La détonation d’une seule bombe sur une grande ville pourrait provoquer la mort d’un million de personnes. Une guerre nucléaire pourrait provoquer une rupture climatique qui affecterait l’agriculture et entraînerait des famines. En détruisant les infrastructures de santé comme les hôpitaux, l’aide humanitaire serait impossible. En détruisant les infrastructures sociales comme les moyens de communication, les transports, la reconstruction du pays serait extrêmement difficile. Pour les survivants et les survivantes, ce sont des risques d’exposition à des niveaux élevés de radioactivité qui constitueraient leur quotidien. 

Si depuis 1945, aucune bombe n’a explosé sur un autre pays, les essais nucléaires, radioactifs, ont provoqué de nombreuses victimes. 

« Les deux bombes larguées sur le Japon ont mis fin à la Seconde Guerre mondiale » 

À cette époque, le Japon était déjà battu et prêt à se rendre. Les États-Unis voulaient tester leur puissance en larguant ces deux bombes et surtout envoyer un signal à l’URSS. 

La Seconde Guerre mondiale était déjà presque terminée avant l’explosion des bombes sur Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août 1945. 

« Sans dissuasion nucléaire la France ne serait pas un membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU »

Le Conseil de sécurité de l’ONU a été créé en 1945. Seuls les États-Unis étaient en possession de l’arme nucléaire. Les premiers essais nucléaires français qui se sont avérés concluants datent de 1960. 

Pendant 15 ans, la France a été membre du Conseil de sécurité de l’ONU sans être en possession de l’arme nucléaire. 

« Si la France n’a plus l’arme nucléaire, elle deviendra vulnérable et se fera attaquer »

La capacité de pouvoir anéantir un adversaire ne garantit en rien la non-agression d’un pays sur un autre. 

Depuis 1945 on assiste à l’émergence de puissances nucléaires, les conflits armés n’ont pas diminué pour autant et des États en possession de l’arme nucléaire ont même été attaqués. 

Les armes nucléaires redessinent finalement les rapports de force entre les nations dominantes et les pays dominés. Affirmer que la dissuasion nucléaire assurerait la garantie de la paix, revient à jeter les États dans la course aux armes, accélère la prolifération des armes nucléaires et le risque de leur utilisation. 

Il n’existe pas de lien direct entre l’absence d’agression étrangère et l’acquisition de la bombe atomique tout comme il n’existe pas de lien direct entre l’absence de bombe atomique et la possibilité d’agression étrangère. 


Édition hebdomadaire