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CULTURE

Le procès du siècle : un mauvais film pour un bon sujet

Le procès du siècle (Denial) met en scène un procès très médiatisé outre Manche entre Deborah Lipstadt face à David Irving qui deviendra peu à peu le procès du négationnisme.

Ce film est sorti le 26 avril en France, quelques jours après le premier tour de la présidentielle et l’arrivée au second tour de Le Pen, dont l’histoire ne semble pas être le point fort. C’est donc avec un curieux écho à l’actualité qu’il retrace le procès entre une historienne spécialiste de l’holocauste et un pseudo-historien proche des milieux néo-nazis et fan d’Hitler.

Une mise en scène laborieuse pour un résultat pénible

Le film est réalisé par Mick Jackson, connu entre autre pour Bodyguard. Malgré un sujet intéressant de prime abord, les choix de réalisation trop caricaturaux rendent ce film lent et pénible à regarder. Ainsi aux Etats-Unis, il fait beau. En Angleterre, il pleut. En Pologne, il neige.

En outre, le film, globalement lent, est truffé de scènes à l’intérêt douteux. Le refus de l’historienne de saluer le juge anglais parce que « American don’t bow » est particulièrement incompréhensible.

Les deux protagonistes avaient respectivement 53 et 62 ans lors du procès, alors que dans le film, l’historienne américaine apparaît comme une jeune trentenaire quand son adversaire semble avoir 80 ans. Il n’est pourtant nullement besoin d’être vieux et moche pour être négationniste.

En plus d’être rajeunie de 20 ans, la protagoniste court. Beaucoup. Un cinquième du film doit être concentré sur des scènes de jogging. Sans qu’il ne s’y passe strictement rien.

Une histoire intéressante gâchée par un traitement superficiel

Pour autant, pour qui ne s’est jamais penché en détail sur l’histoire de la Shoah et les thèses négationnistes, le film a le mérite d’apporter un certain nombre d’explications factuelles. Il montre aussi comment les faits peuvent être tordus par des idéologues.

Le procès est initié par David Irving qui attaque Deborah Lipstadt en diffamation. Cette dernière ayant publié un ouvrage dénonçant ses écrits négationnistes. Ce dernier conteste ces accusations et estime qu’elles ont porté atteinte à sa vie professionnelle.

Le film suit donc Deborah Lipstadt, incarnée par Rachel Weisz (connue notamment pour son rôle dans Stalingrad), de Atlanta, à Londre en passant par Varsovie et Auschwitz, dans la préparation du procès, puis le procès lui-même.

Le jeu d’acteur est toutefois convaincant. Le flegme tout britannique des avocats peut amener à apprécier le film à quelques moments.

Malgré tout, le film reste monté à l’américaine avec tous les travers que cela comporte, une grosse dose de pathos est distillée à plusieurs reprises. Extrêmement manichéen, le méchant est un monstre sur tous les aspects tandis que les gentils sont exemplaires. La vérité doit triompher mais certainement pas au détriment de la liberté de parole, la principale protagoniste répétera tout au long du film qu’elle est une défenderesse du « free speech ».

Ce dernier point rejoint toutefois la réalité, l’historienne en question s’étant prononcé contre les lois sanctionnant le négationnisme, au moment où David Irving sera condamné à 3 ans de prison ferme en Autriche. Le débat autour des lois mémorielles n’est toutefois pas abordé dans le film.

Un film long jusqu’au bout

Le film ne finira pas d’être ennuyeux puisque jusqu’au bout il fera planer le doute sur l’issue d’un procès dont on connaît le verdict, rendu il y a plus de 15 ans.

La caricature non plus ne s’arrêtera pas avant la fin, un gros plan sur une horloge précédera un autre sur le petit doigt levé du juge anglais buvant son thé avant de finalement rendre sa décision.

Plus globalement si le film apporte quelques éléments du procès, on reste sur sa faim, peu d’aspects historiques sont réellement détaillés. Ce manque est d’autant plus dommageable que le procès est meublé de coups d’éclats inintéressants et peu convainquants.

En conclusion, on ne peut que regretter de ne pas pouvoir décemment vous invitez à voir ce film. Le sujet est intéressant et toujours d’actualité. La manipulation des faits au service d’une idéologie méritait un bon film. Celui-ci est mauvais.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde