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Prostitution des mineures en hausse : vers un plan de lutte contre ce fléau ?

Le groupe de travail sur la prostitution des mineures a remis un rapport et des recommandations au gouvernement mardi 13 juillet.

Adrien Taquet, secrétaire d’Etat à la protection de l’enfance, pilotait le groupe de travail sur la prostitution des mineures. Le groupe a remis mardi 13 juillet ses 90 recommandations au ministère de la santé.

Le nombre de mineures victimes du proxénétisme en très forte hausse depuis 5 ans

7 000 à 10 000 jeunes seraient concernées, en forte augmentation ces dernières années, selon diverses sources associatives. 

Le service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) évalue à 400 le nombre de mineures victimes de proxénétisme en 2020, contre 206 en 2019 et 116 en 2016 (+70 % en cinq ans). La police judiciaire fait état d’une multiplication par 7 du nombre de dossiers impliquant des mineures depuis 2015. Les chiffrages policiers procèdent des plaintes et des signalements et sont par conséquent partiels, même s’ils ont le mérite de dessiner une évolution.

Le rapport dresse un portrait-robot glaçant de la victime de proxénétisme : “Très majoritairement des jeunes filles, de 15 à 17 ans en moyenne, vulnérables, provenant de tous les milieux sociaux et qui ont des difficultés à prendre conscience de leur statut de victimes”. 

En cause, les situations de rupture familiale et les violences subies dans l’enfance (massives chez les jeunes prostituées). Les réseaux proxénètes exploitent des jeunes filles vulnérables et déscolarisées. Les fugues sont à ce titre souvent un signal d’entrée dans la prostitution.

L’explosion de la prostitution s’appuerait sur les plateformes de location, d’annonces et les réseaux sociaux. Les professionnels de la justice expliquent ce phénomènes également par l’explosion de la pornographie et la banalisation de l’acte sexuel.

Les conséquences physiques de la prostitution sont notamment des infections génitales, des maladies sexuellement transmissibles, des grossesses précoces et non désirées. La violence des proxénètes et des clients s’y ajoute. 

Les violences sexuelles subies peuvent causer troubles anxieux, dépression, troubles dissociatifs, rupture avec la famille, le cercle habituel d’amis, absentéisme scolaire puis déscolarisation et isolement affectif, addiction aux stupéfiants et à l’alcool, peur du réseau et des représailles, sentiment de dévalorisation et de culpabilité.

La lutte contre la prostitution, de la prévention à la prise en charge, requiert des moyens publics

Comme le souligne la présidente du groupe de travail, la prohibition de la prostitution des mineurs en 2002 répondait à un développement inquiétant. L’extension du phénomène a conduit à faire de la lutte contre la prostitution des mineures une priorité pour la justice francilienne depuis 2018.

Le groupe de travail reconnaît la prositution comme une violence sexuelle et comme une forme d’esclavage moderne. Une des difficultés identifiées est que la victime ne s’identifie que rarement comme telle. Ainsi, l’évolution du cadre législatif n’est pas vu comme une priorité, même si quelques recommandations portent sur ce sujet.

Les recommandations du rapport portent autant sur la prévention que sur la prise en charge des victimes de la prostitution. L’éducation à la vie sexuelle et affective ainsi qu’à l’égalité est mise en avant pour agir sur la chaîne des violences au sens large. L’application des 3 séances annuelles prévues en milieu scolaire en est un levier principal.

Le rapport recommande le renforcement de l’aide sociale à l’enfance ainsi que des moyens d’enquête de la police. Deux services publics qui souffrent particulièrement d’un manque de moyens depuis de nombreuses années et qui multiplient les cris d’alerte.

C’est un plan national de lutte contre la prostitution des mineures qui est proposé par ce rapport. De son côté, le gouvernement a promis des annonces à l’automne.

Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde