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Éducation

Quand été rime avec précarité

Alors que l’été approche, de nombreux jeunes sont à la recherche d’un emploi saisonnier. D’après France stratégie, ce sont en effet entre 500 000 et 700 000 jeunes qui viendront occuper un emploi saisonnier durant l’été.

L’objectif pour nombre de ces jeunes est d’obtenir une autonomie financière. Il est vrai que la crise sanitaire a eu un impact important sur le revenu des jeunes, notamment sur les étudiants. Ces derniers, n’ayant pu obtenir un job durant l’année scolaire, se tournent donc vers le travail saisonnier pour obtenir une rémunération.

Cependant, le travail saisonnier pose un certain nombre de questions. Tout d’abord, les travailleurs et travailleuses saisonniers sont confrontés aux mêmes problèmes que les salariés, mais avec une plus petite marge de manœuvre car n’ayant pas la même sécurisation du parcours professionnel. De plus, les problèmes liés au travail saisonnier sont désormais aggravés par la crise sanitaire qui a touché de plein fouet l’ensemble des professions, ayant un impact direct sur les saisonniers. La première conséquence étant une baisse des offres d’emploi à destination des jeunes.

Ces constatations laissent planer un sérieux doute quant à la sécurisation et à la qualité de ces emplois saisonniers cet été.

Les jeunes : une main d’œuvre corvéable ?

Ainsi, la situation n’est pas au beau jour pour ces centaines de milliers de jeunes désirant obtenir un emploi durant l’été. D’une part, l’offre d’emploi saisonnier est majoritairement en baisse, conséquence directe de la crise sanitaire. De fait, de moins en moins de jeunes peuvent espérer trouver un emploi durant cette période. D’autre part, cette réduction de l’offre d’emplois emporte une conséquence, celle de la malléabilité de la main d’œuvre que constitue les travailleurs saisonniers.

En effet, la baisse d’offre d’emplois saisonniers suppose donc une baisse de main d’œuvre au sein des entreprises, pour une quantité de travail restant pourtant similaire, ce qui accentue la charge de travail à réaliser. De plus, les jeunes ayant eu du mal à trouver un emploi se trouvent plus enclins à réaliser des tâches supplémentaires, voire à augmenter leur temps de travail dans l’espoir d’obtenir des heures supplémentaires payées davantage.

Il est cependant à noter que le secteur de la restauration et de l’hôtellerie va à contre sens de cette baisse d’offre, la saison estivale étant la saison optimale pour les chiffres d’affaires. Néanmoins, le problème reste le même pour ces jeunes venant travailler en tant que saisonnier. Si l’offre d’emploi saisonnier n’a pas baissé, les restrictions sanitaires modifient grandement les conditions de travail de ces jeunes.

Une précarité toujours plus grande

Cette situation ne vient pas réduire la précarité ambiante chez les jeunes, mais vient au contraire l’aggraver. La possibilité d’obtenir un emploi saisonnier ayant grandement diminué suite à la crise sanitaire, nombre de jeunes ne pourront obtenir une rémunération durant l’été.

Au-delà, les conditions de travail se sont grandement détériorées, toujours en conséquence de la crise sanitaire. Déjà avant la crise sanitaire, les emplois saisonniers étaient les emplois les plus touchés par les risques professionnels, du fait de la précarité de la main d’œuvre saisonnière ou encore du manque de formation. Le Ministère du Travail a, durant le mois de mai, publié une étude qui établit une dégradation des conditions de travail pour 40% des français. Le travail saisonnier n’est pas en reste, notamment du fait de l’augmentation de la charge de travail en lien avec une baisse d’offre des emplois saisonniers.

Des mesures gouvernementales qui précarisent

Face à cette situation, le gouvernement, par le biais du Ministère du Travail a annoncé des modifications tenant à l’embauche des saisonniers durant l’été. Ainsi, le gouvernement permet désormais aux entreprises le recours à l’activité partielle pour les saisonniers et saisonnières.

Si cela permet de maintenir des emplois saisonniers dans des domaines bien précis, cette mesure porte les germes d’une précarisation encore plus grande des emplois saisonniers. En effet, par cette mesure, nombre de jeunes ne pourront pas avoir accès à un salaire décent durant l’été. De fait, si cette mesure permet de limiter la diminution des emplois saisonniers, elle ne permet pas à une grande partie de la jeunesse de sortir de cette précarité qui s’installe toujours plus en France.