Recherche en France : comment on reconstruit une ruine

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Éducation

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Début 2020, le projet de Loi de Programmation pluriannuelle de la Recherche (LPPR) avait cristallisé un certain nombre de tensions entre chercheurs et responsables politiques. Il avait été reporté par la crise sanitaire. Confirmant le retard immense d’une recherche française qui faisait autrefois la fierté de notre pays.

Publié le 24 juin 2020, l’avis du CESE sur la programmation budgétaire du projet de LPPR est sans appel. Le manque cruel d’ambition prolonge la dynamique néfaste dans laquelle la recherche française est plongée depuis des années. La stratégie « Europe 2020 » fixe un objectif minimum d’investissement de 3 % du PIB dans la recherche (dont 1 % d’investissement public et 2 % d’investissement privé en recherche et développement). La France ne cesse de dériver de ce cap. Faute d’un investissement sérieux, bloquée dans une stratégie court-termiste, la recherche française ne bénéficie pas de perspectives sur le long terme. Elles sont pourtant nécessaires à l’obtention de résultats débouchant sur des innovations scientifiques importantes.

Le financement par projet, fléau de la science

Au sein du budget alloué à la recherche publique, le dispositif typiquement libéral des appels à projets occupe une place importante. Les dotations propres des universités ne suffisent pas à financer les projets des chercheurs. Ils sont condamnés à entrer en concurrence pour trouver des financements pour leurs recherches. 

Cette démarche contraint les chercheurs, pour chaque projet, à obtenir des résultats. Une telle logique d’investissement a des conséquences désastreuses. L’impératif de résultats tend à engendrer des fraudes et à empêcher la prise de recul nécessaire aux scientifiques. Parfois contraints de se tourner vers le privé pour trouver des financements, leur indépendance est de moins en moins garantie.

La recherche, secteur en souffrance

Le fait d’exiger des chercheurs de trouver eux-mêmes leurs sources de financement a aussi des conséquences graves sur leurs conditions de travail. Les tâches administratives laissent de moins en moins de temps aux scientifiques pour se consacrer au cœur de leur métier qu’est la recherche. 

Les récentes réformes de l’Enseignement supérieur exigent davantage de flexibilité et de mobilité de la part des chercheurs en début de carrière. Cela ne garantit pas la sécurité de l’emploi. Faute de moyens, nos chercheurs disposent d’un niveau de rémunération très en dessous de la moyenne pour les pays de l’OCDE. Et d’équipements trop souvent insuffisants. Ces problématiques font de la recherche publique un secteur de moins en moins attractif pour les jeunes. Ce qui a déjà pour conséquence de priver notre pays de scientifiques compétents qui préfèrent se rendre à l’étranger.

Sortir de l’impasse : investir et embaucher

Pour sortir de l’abîme dans lequel est plongée la recherche depuis trop longtemps, des mesures courageuses s’imposent. Ce secteur vital ne pourra pas retrouver sa place centrale sans un investissement massif permettant de porter à 3 % au moins la part du PIB qui y est consacrée. 

Le recrutement de 15 000 enseignants-chercheurs et le retour à la titularisation comme norme sont également nécessaires pour sortir la tête de l’eau. Et permettre à notre société de disposer d’une recherche opérationnelle. En somme, il est impératif de sécuriser le métier de chercheur pour le rendre plus attractif et garantir le progrès à long terme.