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Référendum ce dimanche en Nouvelle-Calédonie

“Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?”, telle sera la question du référendum dont le scrutin est fixé au 4 octobre prochain pour les Néocalédoniens. Ce référendum est le fruit d’un long processus démarré en 1988 avec les accords de Matignon-Oudinot.

Nouvelle-Calédonie : vers l’auto-détermination ?

Suite à la prise d’otage d’Ouvéa qui s’acheva dans un bain de sang, le gouvernement Rocard mis en place une mission de dialogue afin de répondre à l’urgence du moment. C’est dans ce cadre que les premiers accords de Matignon-Oudinot furent signés entre indépendantistes kanaks et loyalistes. Ces premiers accords prévoyaient une période de 10 ans durant laquelle devait se construire de nouvelles institutions et se développer une économie pour la communauté kanak. À l’issue de ces 10 années, l’accord de Nouméa était ratifié en 1998 par un référendum et fixait la perspective de l’indépendance pour la Nouvelle-Calédonie, par la reconnaissance du peuple kanak et de toutes les ethnies installées durant la période coloniale.

C’est également l’accord de Nouméa qui prévoit le processus référendaire actuel. Le premier référendum sur l’indépendance a eu lieu le 4 novembre 2018, lors duquel les Néo-calédoniens ont voté contre à 56 %. Dans le cadre de l’accord, en cas d’une victoire du « non », il est possible d’organiser encore 2 consultations supplémentaires à la demande des membres du Congrès de Nouvelle-Calédonie. La demande pour une seconde consultation avait été formulée en juin 2019 par 2 groupes indépendantistes, l’Union Calédonienne et le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (UC-FLNKS) et l’Union Nationale pour l’Indépendance. En cas de victoire du « oui », l’indépendance sera définitivement prononcée pour la Nouvelle-Calédonie.

Un scrutin sous tensions

Dimanche prochain se joue donc l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, dans un contexte de forte mobilisation depuis le début de la campagne, mais aussi un contexte de tension. La décision du gouvernement français d’autoriser l’usage du drapeau tricolore dans le camp des anti-indépendantistes a notamment été vécue comme un affront pour les indépendantistes, alors que Jean Castex déclarait il y a peu un “Etat impartial”.

Les accords passés ont généré quelques progrès mais trop tardif. La présence des Kanak.e.s dans la vie politique, la vie économique et culturelle de la Nouvelle-Calédonie reste insuffisantes au vu des inégalités qui subsistent sur l’île.

L’archipel concentre à elle seule 9% de la production mondiale de nickel. Pour autant, les inégalités sont importantes sur l’île et reposent sur un clivage ethnique, héritage du passé colonial. Cette distinction ethnico-sociale a particulièrement marqué le référendum de 2018 avec un résultat était fortement corrélé à la répartition géographique des ethnies de l’île. À Nouméa par exemple, là où se situent les habitants les plus aisés, le non à l’indépendance recueillait 73.7%.

Pour les Kanaks, l’accès au logement est plus difficile : 10 000 personnes vivent dans des bidonvilles et avec un coût de la vie 2,5 fois plus élevé qu’en métropole, le salaire minimum équivalent à 1300 € brut ne suffit pas à boucler les fins de mois pour bon nombre des habitants de l’île. Alors que la grande majorité des richesses sont aux mains de grandes familles européennes de l’île, cette concentration de pauvreté est inacceptable : 20% des Calédoniens les plus riches s’accaparent 50% des richesses de l’île, tandis que les 20% les plus pauvres n’en récupèrent que 5%. Il sera donc urgent pour un futur de paix et de justice en Nouvelle-Calédonie de réduire ces inégalités. 

Régler cette question permettra notamment d’apporter plus facilement une réponse à l’enjeu de la présence identitaire et culturelle des Kanak.e.s dans la société Néocalédonienne. 

Ce référendum d’auto-détermination survient donc dans un archipel très fracturé par les disparités économiques et culturelles. Que le “oui” ou le “non” l’emporte, la fin du processus référendaire signera la sortie de l’Accord de Nouméa, mais les objectifs de justice sociale portés par les indépendantistes et intégrés dans cet accord signé en 1998 continueront d’être d’actualité.