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Réforme des retraites : les syndicats s’imposent face au gouvernement

La mobilisation a atteint un nouveau pic mardi 17 décembre avec 1,8 million de manifestants. L’occasion pour des syndicats méprisés depuis le début du quinquennat de montrer leur force.

Une mobilisation en hausse

En annonçant la mise en place d’un âge pivot, le gouvernement s’est aliéné une frange supplémentaire des salariés. Ce recul déguisé de l’âge de départ à la retraite a convaincu la CFDT de dénoncer à son tour cette réforme. L’annonce du Premier ministre du recul de la mise en place du système par points n’a pas convaincu grand monde. Le mardi 17 décembre, des centaines de milliers de manifestants ont à nouveau fait savoir leur opposition à la réforme. Une mobilisation massive qui a même surpassé celle du 5 décembre avec 1,8 million contre 1,5 million deux semaines plus tôt.

Le gouvernement déjà fragilisé par la démission de son ministre de la réforme des retraites est désormais dos au mur. Sondage après sondage, l’opinion s’oppose davantage à une réforme devenue aussi illisible que impopulaire. Dans le secteur des transports, les grèves tiennent promettant de perturber les nombreux déplacements liés aux fêtes. Les raffineries connaissent également des blocages qui pourraient à terme provoquer des difficultés dans l’approvisionnement d’essence. La CGT de RTE, le réseau de distribution d’électricité a procédé à plusieurs coupures de courant ciblant des institutions publiques.

Les tentatives de déminage du chef du gouvernement n’ont pas abouti. Aucun syndicat n’est ressorti satisfait des rencontres qui ont eu lieu le mercredi 18. Edouard Philippe n’a d’ailleurs pas grand-chose à leur annoncer si ce n’est une seconde phase de concertation qui s’ouvrirait en janvier. Des discussions sans grande portée, puisque ni le système par points ni l’âge pivot ne seront au débat… Les appels à une « trêve de Noël » ont rencontré qu’un écho limité parmi les syndicats les moins mobilisés et une nouvelle journée nationale de mobilisation interprofessionnelle est déjà prévue pour le 9 janvier à l’appel de l’intersyndicale.

Le retour des syndicats

Désarçonnés par l’arrivée soudaine des ordonnances Macron au milieu de l’été 2017, les syndicats de salariés n’étaient pas parvenus à mobiliser largement. En novembre 2018, ils étaient restés relativement à côté de la mobilisation des gilets jaunes qui s’est faite largement en dehors des entreprises. Une affirmation à tempérer toutefois par la participation nombreuse de syndiqués dans les différentes formes du mouvement des « gilets jaunes ». Ces deux épisodes avaient conduit à l’annonce un peu rapide de la mort des syndicats de salariés avec le « vieux monde politique ».

En mettant plus d’un million de salariés dans les rues à deux reprises en moins de deux semaines, les syndicats ont une nouvelle prouvé leur force de mobilisation. Si la grève est limitée à quelques secteurs à forte capacité de perturbation, les manifestations rassemblent plus largement. On constate un phénomène de grève par procuration, l’opinion publique soutien des grévistes minoritaires (rapportés à l’ensemble des salariés). La collecte autour des caisses de grève est d’ailleurs assez dynamique et témoigne d’une certaine solidarité envers les grévistes.

Les syndicats profitent de cette solidarité et ont vu leur cote de confiance progresser. C’est donc avec une légitimité renforcée que l’intersyndicale rythme la mobilisation à travers ses appels à des journées de mobilisation interprofessionnelle. Le gouvernement après avoir voulu se passer des « corps intermédiaires » avait promis de changer de méthode suite aux « gilets jaunes » et de « prendre le temps de l’écoute ». Pourtant après plus d’un an de concertations, la discussion autour de la réforme des retraites n’a jamais eu lieu. Enfermé dans un projet idéologique le gouvernement a voulu passer en force. Alors que son projet est aujourd’hui largement rejeté, il est condamné à revoir sa copie. 

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Collectif de rédaction d'Avant Garde