Sevy Nebuos | Avant Garde
Vivre ensemble

Rennes, une centaine de sans logements menacés d’expulsion

Depuis le mois d’octobre, une centaine de personnes habitent l’immeuble du 4, allée d’Estrémadure, à Rennes, réquisitionné par des militants. Parmi ces habitants, une dizaine d’enfants. Le 2 avril, Archipel Habitat, propriétaire des lieux, a décidé de les mettre à la rue.

Les décisions inhumaines sont toujours appliquées avec célérité. Ce mardi 2 mars, à 7h30, moins de deux jours après la fin  de la trêve hivernale, l’huissier est arrivé, accompagné par une poignée de policiers. A l’intérieur de l’immeuble, c’est la panique. La peur de l’expulsion.

Depuis le 17 octobre, ils sont une centaine à vivre là, au 4, allée d’Estrémadure, au cœur des quartiers populaires du sud de Rennes. Sans-papiers, demandeurs d’asiles, pour la plupart. Laissés à la rue par les pouvoirs publics qui ont pourtant l’obligation légale de les loger. Mais de cela, l’Etat ne se soucie guère.

Alors, après deux mois d’occupations de lieux publics, environ deux cents militants ont réquisitionné cet immeuble de quatre étages, laissé vacant. Une occupation bientôt légalisée, avec la signature d’une convention avec Archipel Habitat, propriétaire du bâtiment. Celle-ci, reconduite par deux fois, a pris fin le 31 mars.

Sevy Nebuos | Avant Garde

Une dizaine d’enfants vont être mis à la rue

Le bailleur social de la métropole rennaise, désormais, veut se débarrasser de ces habitants. La menace d’une procédure d’expulsion, agitée depuis plusieurs mois, a finalement été mise à exécution. Une assignation de justice devrait être remise aux habitants. Suivie d’une audience en référé. Pour les mettre à la rue, sans le moindre abri.

Parmi les personnes expulsées : trois à quatre familles, avec une dizaine d’enfants. Une femme enceinte de neuf mois. Une femme, âgée, qui doit subir prochainement une opération. Des personnes atteintes de cancer. Des personnes qui, quasi quotidiennement, doivent faire des dialyses à l’hôpital.

Et tant d’autres. Des réfugiés, qui ont traversé la Méditerranée au péril de leur vie, certains qui ont même obtenu des titres d’asile, des personnes âgées, fragilisées par des conditions de vie pénibles, par ce quotidien d’occupation harassant.

Autant de personne qui n’ont aucun autre endroit où se loger.

Sevy Nebuos | Avant Garde

L’Etat livre volontairement les demandeurs d’asile à la rue

L’Etat leur nie ce droit. A la préfecture, on objecte qu’il y a, à leurs yeux, de bons et de mauvais migrants, qu’ils ne veulent pas loger des personnes qui doivent être expulsés vers un autre pays de l’Union Européenne – malgré leurs demandes d’asile. Et qu’il n’y a pas assez de places. Une pénurie organisée, pour livrer les personnes à la rue afin de dissuader les nouveaux venus. Tant pis pour l’humanité.

La mairie, avec, à sa tête, la socialiste Nathalie Appéré, promet de loger les familles avec enfants. Une promesse tenue. En partie. Il en reste qui doivent dormir dehors, ou qui justement ont été sauvés par la réquisition de l’immeuble de l’allée d’Estrémadure – et y vivent toujours.

Pour se donner le bon rôle, elle a promis d’ouvrir un centre d’accueil inconditionnel. Dans ce même bâtiment. Une promesse qui justifie l’expulsion prochaine, une promesse qui, pour l’instant, ne repose que sur des paroles. Aucune décision n’a été prise, comme l’a confirmé aux militants l’adjoint en charge des solidarités, Frédéric Bourcier.

Sevy Nebuos | Avant Garde

Les lettres mortes des habitants

Ne reste donc, face à la menace imminente de l’expulsion, que la peur, l’attente, et les mots. Les habitants de l’immeuble ont adressé des lettres à ceux qui veulent les jeter à la rue.

« S’il vous plaît, aidez-nous, parce que le bâtiment va fermer. Les migrants souffrent énormément ici, s’il vous plaît aidez-nous. Nous avons besoin de votre aide, ne fermez pas notre maison, parce qu’il fait froid, dehors. […] Il fait froid. Nous avons besoin de votre aide. Nous souffrons. […] S’il vous plaît, ne nous expulsez pas. »

Les courriers sont restés lettres mortes.